A propos du Roi du Monde …


Le texte coranique auquel nous nous référons ici, pour un rapprochement entre ce que désigne R.G. par le ‘Roi du monde’ et la notion coranique énigmatique ‘DoulQarnayn’ est lui – même parsemé d’énigmes.

Mais nous sommes invités à aller au-delà de notre ‘raison’ habituelle. Trouver, en nous-mêmes, des perceptions profondes, subtiles, à fin que nous puissions recevoir la parole coranique en tant que message universel transcendantal, en résonance avec le savoir de notre âme et de ses aspirations.

Les énigmes du Coran

Il est possible de classer ces ‘énigmes’ par rubriques : les thèmes énigmatiques, les personnages mystérieux, les notions et les termes énigmatique. A quoi s’ajoutent les chiffres et les lettres, lesquels nous intéressent tout particulièrement : ceux sont des clés pour ‘entrer’ véritablement dans le texte coranique et comprendre la logique de ses énigmes.

Les thèmes coraniques ‘énigmes’ ont un caractère universels puisqu’on y retrouve les étapes de la création en six jours, des cieux et de la terre, le paradis et l’enfer, Adam et Eve, Noé et le déluge, Abraham et la connaissance astrologique de son époque, l’histoire de Joseph et ses multiples prodiges, le bâton de Moïse et les neuf ‘plaies d’Egypte’, le royaume fabuleux de Salomon , la civilisation de Saba avec sa religion solaire et sa reine au trône majestueux, etc.

Ensuite il y a des personnages mentionnés par le texte coranique mais qui demeurent enveloppés de mystère tel est le cas du prophète Saydouna Idris (Hermès ?), d’Al Khadir, de Doulqarnayn (l’homme aux deux cornes), etc.

En ce qui concerne les termes énigmatiques nous pouvons citer des vocables comme fourqan, qariâ, raqim, etc.

Quand aux chiffres et aux lettres, les interprètes soufis du Coran ont en fait toute une science ésotérique assez hermétique. on y retrouve la cosmogonie (les 6 jours de la création), l’astrologie (les 7 cieux, les 12 constellations, etc.), comme on y retrouve bien entendu les fameux lettres isolées du coran, les énigmes des lettres : ALM, YA SIN, etc.

Le processus initiatique

Pour aborder méthodiquement ce système d’énigmes et comprendre son dynamisme il fait passer par un processus composé de trois étapes successives : la première de nature initiatique, la deuxième d’ordre métaphysique et la troisième concerne les applications pratiques. C’est-à-dire qu’il faut d’abord éveiller en soi la perception intérieure, du cœur et de l’esprit, puis recevoir la connaissance directe au-delà des déformations des sens et des limites du mental, puis de s’engager dans l’action pure, débarrassée de toute considération personnelle et libérée des dualismes et des mesquineries habituelles de notre ego.

Ces modalités sont indiquées, d’une façon suggestive, dans la sourate de la Caverne où on y retrouve le niveau initiatique (grotte, mer, puit, compagnonnage), le niveau métaphysique (les chiffres et les lettres en tant que principes métaphysiques, des valeurs, des repères initiatiques et des forces cosmiques) et le niveau des ‘applications’ (contrer l’injustice des tirants, préserver ce qu’il y a de précieux et détruire le mal avant son apparition).

La Sourate du Kahf commence par le récit des ‘compagnons de la grotte’, suivit du récit concernant la rencontre de Moïse avec Al Khidr, puis le récit sur Doul Qarnayn, l’homme aux deux cornes (a).

Cette sourate nous trace en fait le schéma archétype du processus initiatique. Plusieurs auteurs se sont inspirés de ce schéma, René Guénon en particulier, dans son livre intitulé «le Roi du Monde » (b).

Dans ce livre, l’auteur commence par évoquer, à partir de témoignages rapportés par deux voyageurs en Asie, l’existence d’un monde souterrain mystérieux qui aurait des ramifications un peu par tout dans le monde (c).

A partir de là, une sorte d’investigation va commencer et prendre la forme d’un voyage initiatique, guidé par un ensemble de symboles et passant par une succession d’étapes.

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(a) Voir notre livre « Lecture soufi du Coran »

(b) René Guénon « Le Roi du Monde » Gallimard, édition 1958

(c ) Idem, page

Le Roi du monde

Il s’agit tout d’abord d’une quête : chercher un ‘secret’ particulier, un ‘trésor’ lointain ou une connaissance subtile. Dans tous les cas il s’agit de quelque chose de très précieux et, donc rare, occulté, caché ou perdu.

L’aspirant est motivé pour entamer sa recherche par certain mots à résonance ‘magique’ : Secret, Graal, trésor, source de jouvence, parole perdue, etc.

Dans la littérature soufie on a développé des notions comme : sirr, élixir, soufre rouge, ‘madad’. La quête est parfois motivée par la recherche du Nom ineffable de Dieu (Ism Allah aâdam).

René Guénon développe, en guise de symbole activant la recherche, la quête du Graal, en raison notamment de son impact dans la mémoire collective en Occident (a).

Une condition est nécessaire pour se lancer dans ce genre d’aventure : l’aspirant doit avoir ‘l’intention’, être sincèrement motivé. René Guenon utilise ce vocable ‘l’intention’ selon la signification du mot arabe ‘Niya’. C’est l’intention de l’aspirant, son état intérieur qui oriente le déroulement des événements autour de lui.

Voilà donc notre aspirant motivé, prêt pour se lancer dans la recherche de son précieux ‘idéal’. Où va-t-il se diriger ? Comment peut-il être guidé ? Cela commence toujours avec un ‘voyage’, une rupture avec le passé et une aspiration à quelque chose de nouveau. Dans son voyage initiatique Moïse, que le Coran nous donne pour exemple, va faire la traversée du désert. Après quoi il va y avoir une rencontre providentielle avec un sage, un vieillard qui semble bien connaître le cheminement et ses secrets…

Quand l’aspirant trouve son maître, il ne va plus alors rencontrer dans son voyage, que des endroits fabuleux. Quand il arrive à une source ou un puit, c’est la source de jouvence, quand il arrive à une terre c’est « la terre des bien heureux », etc. Comme il s’agit en fait d’une ‘voyage’ intérieur, c’est l’état intérieur qui compte, quant l’état de l’aspirant change, sa perception des choses change également. Quand son cœur devient vivant tout devient ‘spirituel’ autour de lui.

En guise d’exemples d’endroits fabuleux, René Guénon nous cite la ‘montagne polaire’, Alborj, ‘la terre de l’immortalité’ ‘la montagne blanche’ ‘la terre des bien heureux’, la ville de louz, ‘l’île verte’, ‘la terre des vivants’, etc.

Mais cela ne doit pas nous cacher que l’aspirant passe aussi par beaucoup d’épreuves et de perturbations comme cela est illustré, symboliquement par la ‘traversée houleuse’ de ‘la mer des ténèbres’. Mais finalement, avec beaucoup de persévérance d’ailleurs, l’aspiration arrive à destination, à ce ‘fameux monde’, à une caverne à l’intérieur d’une montagne située dans une île. Cette image condensée est symbolisée par les trois lettres isolées du Coran ‘Qaf, Sad, Nùn : La mer ‘bahr Nun’, l’île ‘jazirat Sad’ et la montagne ‘jabal Qaf’.

Ce symbolisme, du point de vue ésotérique, est représentatif de cet ensemble qu’est le cœur de l’homme (Qaf / qalb), sa poitrine ( Sad / sadr) et son corps ( Nùn).

Il renvoie également à l’existence, quelque part, d’un centre spirituel central, une structure occulte qui, tout en étant à l’abri des vicissitudes de ce monde, semble jouer un rôle important pour sa direction et son destin…

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(a) La légende Graal, écrite au XII e siècle, est centrée sur le Graal, lequel serait une coupe (ou un vase) contenant « le sang du Christ ». Le vase, lui, aurait toute une histoire qui remonterait au séjour d’Adam au Paradis. En forme de cœur, ce vase aurait été taillé dans une émeraude originaire du Paradis et aurait appartenu à Adam avant la chute de ce dernier. La légende ne dit pas où et par qui le Graal fut conservé jusqu’à l’époque du Christ, ni comment fut assurée sa transmission. Mais l’histoire du Graal semble se dérouler sous forme de disparitions mystérieuses et de récupérations par un centre spirituel ou même par plusieurs, successivement.

«Après la mort du Christ, le saint Graal fut, d’après la légende, transporté en Grande-Bretagne par Joseph d’Arimathie… Alors commence à se dérouler l’histoire des chevaliers de la Table ronde et leurs exploits (…). La Table ronde était destinée à recevoir le Graal lorsqu’un des chevaliers serait parvenu à le conquérir et l’aurait apporté de Grande-Bretagne en Armorique». Cette Table ronde est un symbole à associer à l’idée de « centre spirituel », sa forme circulaire est liée au cycle zodiacal, quant à la présence des douze personnages (liée, dans la mentalité chrétienne aux douze Apôtres), c’est en fait «une particularité qui se retrouve dans la constitution de tous les centres spirituels».

Derrière cette légende, il est toute une activité d’un ensemble d’organisations : les chevaliers, les templiers, les gardiens du temple, etc. (Voir : René Guénon.’ Symboles de la science sacrée’)

L’homme aux deux cornes (Doul qarnayn)

Il s’agit donc d’une hiérarchie de saints, appelée ‘Diwan’ en arabe, Agarttha selon d’autres traditions, avec au sommet, une autorité suprême appelé ‘le Roi du Monde’ dans le livre de René Guénon.

A ce propos, l’auteur explique que ce titre désigne un Principe, une autorité spirituelle, principe qui peut être assumé par un homme archétype, représentant ce pouvoir dans notre monde terrestre. Ce principe peut être manifesté par un centre spirituel, par une organisation chargée de conserver l’intégrité du dépôt de la tradition sacrée d’origine «non humain ».

‘Le Roi du Monde’ désigne une autorité suprême détenant le double pouvoir, à la fois sacerdotal et royal, le pouvoir politique et pouvoir spirituel. Ce qui nous amène évidement à faire le lien entre la notion tradition de ‘Roi du monde’ et le symbolisme qu’exprime le coran par l’appellation : L’homme aux deux cornes (Doul qarnayn), les deux cornes représentant la réunion en une seule personne des deux pouvoirs, le temporel et l’intemporel.

D’après René Guénon : du témoignage concordant de toutes les traditions, une conclusion se dégage, c’est l’affirmation qu’il existe un centre spirituel par excellence, généralement ‘occulté’, et auquel tous les centres sont subordonnés (a)

«Nous ne prétendons pas avoir dit tout ce qu’il y aurait à dire sur le sujet, conclue René Guénon, (…) mais nous en avons dit bien plus qu’on ne l’avait fait jusqu’ici, et quelques-uns seront tentés de nous le reprocher… » Il reconnaît « qu’il y ait lieu d’envisager une question d’opportunité lorsqu’il s’agit d’exposer publiquement certaines choses d’un caractère quelque peu inaccoutumé » (b).

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(a) René Guénon « Le Roi du Monde » Gallimard, édition 1958, p. 95

(b) Idem p. 97

BR-ER

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