De même qu’il existe une diplomatie profane, nous nous proposons de donner maintenant un aperçu de son correspondant spirituel, la diplomatie sacrée. Récemment un Homme de la Voie, nous disait que la station de l’excellence était toute entière diplomatie. Comment faut-il comprendre ce terme ?
En général, on comprend la diplomatie comme étant un mode de communication imprégné d’une certaine sagesse souvent mal définie. Disons tout de suite que la diplomatie telle qu’on la rencontre communément dans le monde est la diplomatie profane, il s’agit d’une communication essentiellement horizontale, fondée sur une loi de l’intérêt, le plus souvent monétaire.
Dans le monde traditionnel on rencontre un autre type de communication non plus horizontal mais vertical, ou plutôt spirituel pour reprendre le vocabulaire occidental ; une communication empreinte de douceur, une forme de compagnonnage, que seul le terme arabe « Hidaya » peut exprimer, à savoir une forme de guidance.
Cette « Hidaya » obéit à des règles, lesquelles furent l’objet de l’initiation des Prophètes, Paix sur eux, et qui furent exposés dans les ouvrages de René Guénon.
Il s’agit avant tout d’une technologie de Soi, il s’agit d’outiller le Cœur, de fournir à la Grande Intelligence les repères, et les conditions nécessaires à son épanouissement harmonieux. Un principe Taoïste résume ce que nous voulons dire : « Vivre et laisser Vivre ». Ce principe est d’une importance telle que Lao-Tseu fait montre d’une singulière insistance sur ce qu’il nomme « La vertu mystérieuse ».
« Vivre et laisser Vivre », dans le respect de Tout et de Tous, car une des interprétations de l’Unicité Divine, est…la Fraternité Humaine. Il s’agit d’être Sage et de donner à son Prochain les conditions possibles d’atteindre lui aussi la Sagesse.
Le monde traditionnel se présente comme un ensemble cohérent de symboles visant à orienter vers un trésor caché, tout en le protégeant en même temps. La spiritualité seule permet le dialogue inter-religieux et le rapprochement des cultures, car la communication qu’elle restaure est une communication des Ames, un accord de principes, une entente, plutôt qu’une uniformisation. C’est ce que nous avons compris de la lecture d’ « Orient et Occident ».
Dans cette perspective, la Diplomatie spirituelle consiste à rechercher la verticalité tout en assistant ses proches pour en faire autant. Une expression devenue proverbiale dit « Regardez dans la même direction ». On pourrait développer indéfiniment cette idée, mais il semble que ce bref commentaire est suffisant pour faire pressentir l’importance de la « vertu mystérieuse ».
Eduquer sans blesser, redisons le encore, éduquer sans blesser. Le but de la « hidaya » n’est pas d’asservir, mais de libérer, car la Vérité libère, il s’agit de former des humains libres, intérieurement d’abord, puis extérieurement ensuite.
C’est pourquoi dans le respect de toutes les verticalités, la communication des Ames se fait en mode vital, elle prend l’être qui y prend part dans ses conditions d’espace et de temps, et selon les aptitudes qu’il porte en lui, dans le but de les réaliser et de les dépasser. Comme les êtres qui prennent part à la communication des Ames sont en cheminement, en cours de libération, et en cours seulement, il est nécessaire pour que la communication soit complète et englobante, de réserver la part du mystère, idée chère à René Guénon, tout comme à tout être dépositaire d’un trésor dont il est jaloux, jalousie spirituelle car elle rejoint la notion de magnification de ce qui est transmis.
A la fin de ses études sur l’hindouisme, René Guénon énonce un proverbe hindou, une règle diplomatique témoignant du sujet de cet article, « Celui qui sait dix doit enseigner neuf ». Ce qu’un Saint s’est employé à exprimer à la fin d’un traité de métaphysique, « Devine ce qui n’a pas été dit ».
On voit comment notre époque manque d’un tel sens dans les relations humaines, et comment René Guénon, fidèle aux anciens s’est attaché à servir l’injonction « Connais toi toi-même ». Nous venons d’esquisser quelques aperçus sur ce que l’on peut nommer la diplomatie divine, dans une ère qui se veut celle de la communication et de la transparence, et nous espérons avoir montrer l’intérêt d’un tel sujet qui demande d’autres enrichissements.
Noreyni