Commentaires sur la pauvreté spirituelle


 

Dans son ouvrage « Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme », René Guénon a cru bon de consacrer un chapitre exclusivement à une notion courante dans les organisations initiatiques et qui désigne communément d’ailleurs le disciple jusqu’à ne faire qu’un avec sa réalité essentielle, il s’agit d’ « El Faqru », dont la traduction arabe donne « pauvreté spirituelle » ; la même indigence que le Prophète ‘Issa (que la Paix soit sur Lui) évoquait dans le sermon des béatitudes : « Félicité aux pauvres (Fuqaras), car le Royaume des Cieux leur appartient ». On peut déduire par la choix de René Guénon de consacrer un chapitre complet à cette notion, et ce de plus dans un ouvrage consacré spécialement à la doctrine initiatique islamique, et en outre par l’apologie prophétique pré-citée, que cette notion est d’une importance digne d’être mise en valeur et de recevoir un accueil intéressé de la part de tout chercheur en spiritualité, car comme nous venons de le dire, il n’est pas moins question de l’héritage du Royaume des Cieux, dont la magnification résume bien l’ambition du disciple insatisfait par le plan horizontal et matériel.
Pauvreté spirituelle, indigence spirituelle, ou encore absence de protection, les Soufis excellent à faire de la faiblesse une force irrésistible, en cela ils rivalisent même entre eux. L’eau est pour eux l’image par excellence de la Sagesse universelle, qui s’abaisse perpétuellement et épouse le contour des formes, image de piété, source de vie d’après les enseignements coraniques. On sait d’après la lecture de René Guénon, que le plus grand a son reflet inversé dans ce qui est le plus petit dans le monde ici-bas. Les adeptes de la réalisation spirituelle ont fait une exaltation à tous les niveaux, et un privilège rare, de la place de dernier des derniers, les disciples rivalisant dans le service, convaincu que la station du Seigneur trouve son expression la plus parfaite dans la condition du serviteur ; et ce à l’image du dernier des Prophètes (Paix sur eux), premier créé et dernier manifesté.
De quelle indigence s’agit-il ? René Guénon explique clairement qu’il s’agit de l’extinction des attributs du serviteur, qui réalise en même temps les attributs divins, en abandonnant le gouvernement de soi-même au régent universel. Il s’agit aussi du non-attachement aux fruits de l’action qui conduit à une ascension verticale et à la conjonction spirituelle. Que devons-nous comprendre ? Nous ne serions trouver meilleur explication que cette exhortation formulée par un Maître contemporains de la Voie :  » Ne donnez pas d’importance à vos actions, mais prêtez attention à qui vous les offrez ». Remarque qui synthétise admirablement et conformément aux exigences de l’époque contemporaine, les trois voies traditionnelles, margas : l’action, la dévotion, et la connaissance. Car on aime, et on donne sans contre-partie, à la divinité que l’on conçoit avec l’œil du cœur. Seul Dieu est l’agent véritable. Dieu dit au Prophète (SAW) dans le Coran, « la main de Dieu est au-dessus de leurs mains ». Ces considérations peuvent heurter les opinions du croyant ordinaire, mais que l’on ne confonde pas repentir et initiation, car dès lors qu’il y a initiation effective, il y a dépassement des conditions humaines, et comment ne pas le concevoir quand Dieu dit dans le Coran, « celui qui craint Dieu nous lui ouvrons une issue d’où il ne l’attendait pas ». Ainsi les flots médiatiques contemporains mentent sur la véritable nature spirituelle du fils d’Adam tantôt en le réduisant tantôt en le glorifiant en dehors de toutes mesures conformes à la vérité. L’indigence de l’humain doit conduire à une véritable prise en charge par le Divin, car celui qui s’abaisse Dieu l’élève. Une devise pourrait confondre les pragmatiques, « mesurer l’intention pour préciser l’intervention », car contrairement à la mode sécuritaire et au moralisme ambiant, les problèmes ne sont pas à l’extérieur mais à l’intérieur. En effet, dans un Hadith Qudsi, Dieu affirme que le bas-monde est au service de celui qui cherche Sa Face. Un Maître contemporain de la Voie disait à ses disciples : « Si tu domine ta Nafs, tu domine l’univers, sinon c’est lui qui te domine ». Ainsi le pragmatisme est lettre morte pour qui a répudié le bas-monde conformément à l’injonction Divine. C’est ce que nous venons de voir à partir d’une étude de l’article « El Faqru » de René Guénon. Concluons, la connaissance est à portée de l’homme à condition qu’il annihile sa vanité égotique, elle est le véritable bien auquel il doit aspirer, « meilleur et plus durable », la solution à tant de désordres nés de l’obscurcissement contemporains, qui chaque époque est vivifiée par des sources autorisées conformément aux conditions du lieu et du moment, par des héritiers du secret spirituel qui offre à leur disciple une vie large et lumineuse dans la subtile protection de celui qui est à l’origine du texte : « O vous les hommes, vous êtres les pauvres devant Dieu », « Demandez et vous recevrez »…quant à celui qui ne désire pas le bienfait, mais le bienfaiteur,… » dis leur que l’affaire est entièrement à Dieu ».

Noreyni

Share

Mots clés :

, , , , , , , , , ,

, , , , , , , , , ,

  1. Pas encore de commentaire.
(ne sera pas publié)