Nous entendons régulièrement, de nos jours, de la part de Maîtres d’horizons divers, avec une récurrence, une insistance significative ; une injonction dont le bien-fondé est expérimenté par les membres d’organisations traditionnelles, qui voient la sincérité de leur engagement confrontée à des conditions cosmiques qui peuvent décourager une telle initiative et être à l’origine d’un étonnement fécond sur la nature des choses.
Cette injonction dont nous rappelons l’insistance est la suivante, « œuvrez, travaillez, vivez votre modernité, agissez »…
De toutes parts, on entend les représentants de la sagesse non-humaine annoncer que « le temps de l’action est venu », le temps d’une ouverture sur le monde.
Voyons comment les écrits que nous a légué René Guénon peuvent nous rappeler les repères immuables pouvant contribuer à reconnaître, réellement, la permanence de l’esprit traditionnel, éternel dans un tel changement.
Il faut pour cela se référer à la théorie des cycles cosmiques. Nous sommes présentement à la fin du Kali-Yuga, comme énoncé dans « La crise du monde moderne » ; la dernière adaptation de la Tradition Primordiale, la plus récente, est la Tradition Islamique, une tradition dont l’origine, nous entendons ici l’origine historique, car l’origine de toutes traditions se confond avec l’origine de la Tradition Primordiale qui est non-humaine, ceci étant disons le en passant, la condition sine qua non de sa véracité ; nous disions donc que l’origine historique de la tradition islamique est le moyen-orient, l’intermédiaire entre l’orient et l’occident.
Cette position est riche en significations.
Notons que le Prophète, Saw, enseigne ce qu’il nomme « La Voie du Milieu », que les Maîtres Soufis ont par la suite exprimé ainsi « Quand il y a équilibre entre l’intérieur et l’extérieur, c’est le début du bien-être, et le bien-être est le début de la Connaissance Divine ».
La tradition islamique est la tradition par excellence où apparaît cette distinction entre ces deux dimensions, entre la loi révélée, apparente, et la vérité principielle, cachée. Disons tout de suite que le Parfait Réalisé est celui qui marie les deux héritages prophétiques, imitant ainsi l’Homme Universel. En effet, la loi cosmique qui permet d’expliquer ce caractère duel de la réalisation, est celle de la continuité entre le spirituel et le temporel.
Dieu dit dans le Coran « N’ont ils pas vu que la Terre et les Cieux formaient à l’origine une seule masse ? ».
René Guénon nous parle de la fin de la distinction entre intérieur et extérieur pour l’Être Réalisé, qui est ainsi devenu un réceptacle de Lumières au cœur même du monde, qu’il influence spirituellement par une action…de présence. Ne confondons pas. La véritable activité, l’activité suprême, reste toujours le non-agir, c’est-à dire l’activité du ciel, le travail du Cœur pourrait on dire. Mais la présence d’un cœur chaud au sein d’un milieu quelconque contribue à attirer du Ciel la Miséricorde et les Bénédictions dont profitent également l’entourage de ce travailleur moderne, vecteur d’une baraka…au service de l’entreprise, pour citer un frère dans la Voie.
Le temps de l’action est venu, afin que s’accomplisse la Loi Divine, que se manifeste cosmiquement le service de Dieu à travers le service des hommes, dans une fusion sans confusion, dans le total respect de chaque degré d’existence, hiérarchisé selon une harmonie pré-éternelle, au Centre, dans la Présence Seigneuriale où la Somme des déséquilibres partiels contribuent à l’équilibre total, dans une contemplation profonde et sereine.
Noreyni