Exoterisme ..Ou «  La charia » pour « le soufisme »

Nous abordons ce sujet par un point de vue contemporain. Les différentes modes pseudos-spirituelles importées en occident moderne nous vantent les « bienfaits » du « sans forme », prônant le détachement de ces « vieilleries » sclérosantes que sont les règles du culte. Affichant un dédain de bon alois, les aficionados, à défaut d’être des disciples, de l’Union oublient qu’avant d’arriver, il faut démarrer et cheminer ….

S’ils avaient lu les écrits de S. Abd al-Wahid Yahya (René Guénon); ils sauraient qu’exotérisme et ésotérisme sont indissociables puisque ce sont les deux faces de la Tradition. S’ils l’ont lu, alors ils se méprennent sur le sens des ses propos. Ce qui est plus ennuyeux, c’est que leur « école » a de quoi plaire à beaucoup d’impétrants, nous pouvons dire que pour « recruter » ils utilisent la méthode de la publicité : séduire … En effet, quoi de plus tentant que croire être Réalisé, avoir atteint l’Union avec son Seigneur, pensant se mouvoir dans ce monde sans attaches. Arriver avant d’être partis, très infantile tout cela !

L’erreur schuonnienne a également marqué nos contemporains sur d’autres points puisque la plupart de ces « libres penseurs » confond l’Unité transcendante des formes avec un syncrétisme bien sentimental.

Nous devons réaffirmer que l’initiation au Tassawuf (soufisme) implique l’adhésion totale à l’Islam et à ses règles. « Beaucoup semble douter de la necessité, pour qui aspire à l’initiation, de se rattacher tout d’abord à une forme traditionnelle d’ordre exotérique et d’en observer toutes les prescriptions …. ». Ces propos de R.Guénon ne sont que le rappel des recommandations des Maîtres ,et notament d’un des plus grands, demandant à leurs disciples l’application de la charî’a selon leurs capacités à le faire.

« …L’existence uniquement profane, dont tout élément traditionnel est exclu, n’est réellement à cet égard que vide et néant. », la mise en oeuvre de la charî’a dans son quotidien permet d’abandonner le point de vue profane en obéissant dans chacun de ses actes à l’Ordre Divin. Même si des concessions « sont indispensables pour vivre dans ce milieu [occidental],encore faudrait il qu’elles soient réduites au strict minimum….. », il convient « …de réagir sous tous les rapports… ».

Le Shaykh dispensant les pratiques rituelles permet aux disciples de goûter à la sacralité si douce au Coeur et si pénible pour l’ego, la nafs (l’âme passionnelle). L’initiation effective nous projette dans cette sacralité dont est exclu « …un point de vue profane, qui n’est que le produit d’une dégénerescence spirituelle de l’humanité, et qui, par conséquent, est entièrement illégitime. ».

Exoterisme et esoterisme ne sont qu’UN. « …le noyau ne peut être atteint que par l’écorce ». Parvenu au noyau, « …il ne faudrait pas croire que cet exotérisme puisse être rejeté… ». Un Maître contemporain a dit : « ….Si vous me voyez ne pas appliquer la charia, fuyez …. ».

La clef de cette adéquation est pourtant simple. Le rattachement au Shaykh permet de « transformer » la charîa « ..dans une mesure correspondant au degré (station ou maqam) atteint par l’initié, puisque celui ci devient de plus en plus apte à en comprendre les raisons profondes, et que, par suite, ses formules doctrinales et ses rites prennent pour lui une signification beaucoup plus réellement importante que celle qu’elles peuvent avoir pour le simple exotériste, qui en somme est toujours réduit, par définition même, à n’en voir que l’apparence extérieure, c’est à dire ce qui compte le moins quant à la « vérité » de la tradition envisagée dans son intégralité. ».

La difficulté dans nos sociétés modernes où toutes traces de la tradition a disparu dans le quotidien est d’appliquer ce comportement dont nous ‘imprègne l’Islam malgré « ….les anomalies inhérentes aux conditions de notre époque… », l’abandon des habitudes profanes que certains nomment « culture occidentale » est requis pour passer de l’initiation virtuelle à l’initiation effective.

Atteindre l’Ihsan, le comportement noble, est à ce prix pour espérer se joindre à Lui. « Vous avez dans le Messager de Dieu un modèle excellent pour celui qui aspire à Dieu et au Jour dernier et qui invoque Dieu abondamment » nous dit Dieu dans Sa Révélation. Or le Messager de Dieu était la charî’a vivante …

M.p

Les passages en italique sont extraits de « Initiation et Réalisation Spirituelle » de René Guénon. Ch.VII, édit.Traditionnelles.

La dernière phrase en gras est le verset 21 de la sourate 33 du Qôran.

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L’italien, my name is Khan!

My name is Khan, film indien de Karan Johar avec Shahrukh Khan, Kajol et Jimmy Shergill (2010)

L’Italien, film français d’Olivier Baroux avec Kad Merad,Valérie Benguigui, Roland Giraud (2010)

La sortie de deux films récents sur nos écrans tend à démontrer une certaine tendance à l’adoucissement des mœurs dans la perception de l’Islam malgré un relais médiatique contraire tout de même assez persistant. Cela nous permet tout au moins de constater que la formation d’idées objectives est encore possible, ce qui permet d’avoir quelques raisons d’espoir d’échapper à la manœuvre hypnoïde émanant d’une volonté politique claire et délibérée.

Ces deux films se rejoignent par l’accent mis sur la religiosité de leurs deux protagonistes respectifs à savoir la sincérité spirituelle qui est la racine de leur engagement religieux. Bien sûr, cette sincérité correspond à un certain mode d’existence de la personne au moment où celle-ci décide de s’engager c’est-à-dire que la sincérité d’engagement d’un vendeur de voitures chez Maserati vivant en union libre comme dans le cas de L’italien variera somme toute assez considérablement de celui étant parvenu à la formulation consciente d’accéder à la connaissance de Dieu bien que la concentration et l’intensité dans la démarche du premier puisse tout à  fait à terme pallier la distance qui les sépare à un point de départ donné.

Dans ce film, la question religieuse est aussi intrinsèquement liée à la question de l’identité puisque le vendeur en question, fils d’algérien,  est issu de l’immigration. Néanmoins, il fait le choix de prendre un patronyme italien ainsi que tous les traits caractéristiques étant sensés aller avec. C’est ainsi l’injonction de son père victime d’une attaque cardiaque de faire le ramadan qui l’amène sur le chemin d’une rédemption intérieure au terme de laquelle, par le biais du jeûne et de la prière, il parvient à la fois à se faire confirmer l’amitié de son patron chez Maserati et l’amour de sa compagne qu’il finit par épouser. Les méandres qu’il doit traverser pour revenir à cette forme d’état primordial sont très bien résumées par une phrase de son autre ami, juif et artiste-peintre très porté dans son art sur les passeports et cartes d’identité de grandes personnalités : « C’est vrai que faire semblant d’être italien tout en faisant semblant de ne pas faire le ramadan, çà fait beaucoup… ».

Dans My name is Khan, on trouve une problématique similaire traitée sur le mode américain puisque il s’agit de l’histoire d’un immigré indien à San Francisco avec cette nuance que notre protagoniste est atteint du Syndrome d’Asperger, trouble du comportement lié à l’autisme. Par le paradoxe, ce procédé narratif permet de donner au personnage une sensibilité exacerbée et brute puisque non-inhibée par la facticité et la superficialité que revêtent beaucoup de nos interactions dans l’échange social.

Son histoire revêt deux aspects consécutifs, avant et après le 11 septembre 2001. Avant, sa vie est enjouée. Sa foi éclairée en partie par un enfance passée en Inde auprès d’une mère qui lui a appris à fuir le manichéisme auquel les conflits ethniques parviennent à contraindre beaucoup de ses compatriotes, son éducation et le caractère modéré de son handicap lui permettent d’épouser une indienne déracinée tout comme lui, coiffeuse de profession  et indoue de confession. Ici, le purisme nous permettra de noter qu’une personne juridiquement incapable, comme notre héros a toutes les chances de l’être, possède toutes les justifications possibles pour ne pas épouser de femme issue d’une religion abrahamique.

La survenue des évènements du 11 septembre 2001 à New-York marque une rupture dans l’itinéraire de Khan puisque le traumatisme ressenti dans la population américaine va avoir des conséquences directes sur sa vie personnelle. Le fils d’un premier mariage de sa femme sera en effet battu à mort parce qu’il est indien et donc comme telle assimilé à un musulman alors qu’en fait, fils d’une indoue, il n’est que la victime d’un amalgame poussé à son extrême à savoir un aveuglement meurtrier.

La mort de ce fils séparera le couple jusqu’à ce que notre héros, après moult glorieuses péripéties, parvienne à remplir le défi qu’avait imposé sa femme pour qu’ils puissent un jour dépasser le drame qui leur était arrivé. Ce défi, représentatif des échelons qu’il nous reste à gravir avant que le discernement dont fait preuve Khan lui-même par sa foi à l’égard de ses coreligionnaires ou pseudo-coreligionnaire soit l’apanage de ceux qui nous gouvernent, c’est rencontrer le président ( Barack Obama, symbole d’une nouvelle donne mondiale) et lui dire : « My name is Khan and I am not a terrorist ».

N.h

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La diplomatie divine

De même qu’il existe une diplomatie profane, nous nous proposons de donner maintenant un aperçu de son correspondant spirituel, la diplomatie sacrée. Récemment un Homme de la Voie, nous disait que la station de l’excellence était toute entière diplomatie. Comment faut-il comprendre ce terme ?

En général, on comprend la diplomatie comme étant un mode de communication imprégné d’une certaine sagesse souvent mal définie. Disons tout de suite que la diplomatie telle qu’on la rencontre communément dans le monde est la diplomatie profane, il s’agit d’une communication essentiellement horizontale, fondée sur une loi de l’intérêt, le plus souvent monétaire.

Dans le monde traditionnel on rencontre un autre type de communication non plus horizontal mais vertical, ou plutôt spirituel pour reprendre le vocabulaire occidental ; une communication empreinte de douceur, une forme de compagnonnage, que seul le terme arabe « Hidaya » peut exprimer, à savoir une forme de guidance.

Cette « Hidaya » obéit à des règles, lesquelles furent l’objet de l’initiation des Prophètes, Paix sur eux, et qui furent exposés dans les ouvrages de René Guénon.

Il s’agit avant tout d’une technologie de Soi, il s’agit d’outiller le Cœur, de fournir à la Grande Intelligence les repères, et les conditions nécessaires à son épanouissement harmonieux. Un principe Taoïste résume ce que nous voulons dire : « Vivre et laisser Vivre ». Ce principe est d’une importance telle que Lao-Tseu fait montre d’une singulière insistance sur ce qu’il nomme « La vertu mystérieuse ».

« Vivre et laisser Vivre », dans le respect de Tout et de Tous, car une des interprétations de l’Unicité Divine, est…la Fraternité Humaine. Il s’agit d’être Sage et de donner à son Prochain les conditions possibles d’atteindre lui aussi la Sagesse.

Le monde traditionnel se présente comme un ensemble cohérent de symboles visant à orienter vers un trésor caché, tout en le protégeant en même temps. La spiritualité seule permet le dialogue inter-religieux et le rapprochement des cultures, car la communication qu’elle restaure est une communication des Ames, un accord de principes, une entente, plutôt qu’une uniformisation. C’est ce que nous avons compris de la lecture d’ « Orient et Occident ».

Dans cette perspective, la Diplomatie spirituelle consiste à rechercher la verticalité tout en assistant ses proches pour en faire autant. Une expression devenue proverbiale dit « Regardez dans la même direction ». On pourrait développer indéfiniment cette idée, mais il semble que ce bref commentaire est suffisant pour faire pressentir l’importance de la « vertu mystérieuse ».

Eduquer sans blesser, redisons le encore, éduquer sans blesser. Le but de la « hidaya » n’est pas d’asservir, mais de libérer, car la Vérité libère, il s’agit de former des humains libres, intérieurement d’abord, puis extérieurement ensuite.

C’est pourquoi dans le respect de toutes les verticalités, la communication des Ames se fait en mode vital, elle prend l’être qui y prend part dans ses conditions d’espace et de temps, et selon les aptitudes qu’il porte en lui, dans le but de les réaliser et de les dépasser. Comme les êtres qui prennent part à la communication des Ames sont en cheminement, en cours de libération, et en cours seulement, il est nécessaire pour que la communication soit complète et englobante, de réserver la part du mystère, idée chère à René Guénon, tout comme à tout être dépositaire d’un trésor dont il est jaloux, jalousie spirituelle car elle rejoint la notion de magnification de ce qui est transmis.

A la fin de ses études sur l’hindouisme, René Guénon énonce un proverbe hindou, une règle diplomatique témoignant du sujet de cet article, « Celui qui sait dix doit enseigner neuf ». Ce qu’un Saint s’est employé à exprimer à la fin d’un traité de métaphysique, « Devine ce qui n’a pas été dit ».

On voit comment notre époque manque d’un tel sens dans les relations humaines, et comment René Guénon, fidèle aux anciens s’est attaché à servir l’injonction « Connais toi toi-même ». Nous venons d’esquisser quelques aperçus sur ce que l’on peut nommer la diplomatie divine, dans une ère qui se veut celle de la communication et de la transparence, et nous espérons avoir montrer l’intérêt d’un tel sujet qui demande d’autres enrichissements.

Y.P

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L’illusion de la vie ordinaire

Parmi les illusions que relève René Guénon et qui sont induites par le point de vue profane lui-même, il nous semble important de nous arrêter sur une qui est suffisamment caractéristique de ce point de vue pour lui consacrer un article afin de mieux faire sentir , toujours par la voie négative, ce que peut être le point de vue sacré.

Les ouvrages de René Guénon abondent en analyses du point de vue profane, et nombre de remarques de leur auteur ont pour dénominateur commun l’illusion de la vie ordinaire. Cette vie ordinaire est celle qui est le plus répandue dans notre époque, et les efforts du Cheikh furent d’en montrer l’illégitimité du point de vue traditionnel. La vie ordinaire, il s’agit de l’existence humaine dénuée de référence à un principe supérieur, en d’autres termes, le quotidien le plus insignifiant et faisant une part non-négligeable aux renversements des valeurs. C’est le day-to-day dans toute son horizontalité, où l’intelligence du Cœur, si précieuse pour les ésotéristes, est sacrifiée pour la recherche de l’action pour l’action, vivre pour manger, en ne caricaturant qu’un peu. La contemplation est subordonnée au reste des activités humaines au lieu d’en être le principe. Dans cet perspective, c’est la logique de l’extérieur, c’est-à-dire du paraître et de l’avoir, qui domine sur la logique de l’intérieur, c’est-à-dire de l’être, oubliant que pour agir il faut être. Cette vie ordinaire est la plus vaine des illusions selon René Guénon car elle n’est autre que le suicide de l’intelligence, entendue dans son acception transcendante, le sacrifice de l’essentiel et du permanent au profit du contingent et de l’accidentel. Déjà les psaumes de David nous mettaient en garde contre ce renversement des valeurs, « Jusqu’à quand cette course au mensonge, ce goût de néant ».

Selon la perspective Soufie au contraire, il ne s’agit pas d’avoir pour être, mais d’être avant toute chose. L’âme est un dépôt sacré engagé dans un voyage sacré, dont les répercussions sont cosmiques. Car ce qui caractérise le point de vue profane, c’est la perte de vue de l’interdépendance du microcosme avec le macrocosme de même que l’unicité de l’existence. Lors de sa création, cette âme fut interpellée par son producteur, « Ne suis-je pas votre Seigneur ? », témoignage qu’aucune âme n’a nié. « J’ai tout réalisé pour votre vie ici-bas, votre sort dans l’au-delà vous incombe ».

L’illusion de la vie ordinaire, est à l’origine et ne fait qu’un avec la crise du monde moderne, car elle est l’expression du point de vue profane. Elle engendre l’illusion d’une sécurité factice, et une moralité dénuée de fondement. Disons-le tout de suite, il n’y a de sécurité que dans le principe suprême si toutefois il est permis de s’exprimer ainsi. Un Saint est allé jusqu’à dire : « La certitude me tient lieu de canon », ou encore « Mon bouclier contre les impies est que le Créateur est mon voisin ». Les Soufis disent : « Ne cherche pas ce qui t’est garanti, mais ce qui t’est demandé ». Le monde moderne cherche à se protéger car il se sent menacé sans se rendre compte qu’il est son pire ennemi à cause des tendances qu’il porte en lui-même. Pour le croyant, l’idée de perdre la foi est une chose plus répugnante que celle de perdre une subsistance ou une réputation. Le Coran nous dit : « Ce n’est que le diable qui veut vous faire craindre ses adeptes ».

L’Etre Humain est oublieux par nature, et a besoin de la compagnie des Sages réalisés pour se rappeler la réalité divine. Dans la beauté du visage du Saint, on a la certitude que tous nos problèmes sont déjà résolus d’avance, et que nos efforts doivent tendre à gagner notre véritable demeure, « là où il n’y a ni poussière, ni voleur », nous dit l’Evangile. Le résumé de cet article pourrait être le suivant : ne cherchons pas la solution à nos problèmes car nous n’avons pas de problèmes. Le Cheikh Abd-El-Qader al Jilani avait coutume de dire : « Je ne connais qu’un seul remède, tout remettre entre les mains de Dieu ». Or cet état de confiance, est un don, c’est une grâce, qui ne peut être transmise pleinement que par l’initiation.

Une fois de plus, les ouvrages de René Guénon nous ont servi à comprendre que la véritable vocation de l’Homme est d’entreprendre un pèlerinage spirituel, et qu’au cours de ce voyage, il n’y a pas lieu de craindre quoi que soit sinon de dévier, car tout ce qui est en Dieu est meilleur et durable.

Y.P

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A propos du Roi du Monde …

Le texte coranique auquel nous nous référons ici, pour un rapprochement entre ce que désigne R.G. par le ‘Roi du monde’ et la notion coranique énigmatique ‘DoulQarnayn’ est lui – même parsemé d’énigmes.

Mais nous sommes invités à aller au-delà de notre ‘raison’ habituelle. Trouver, en nous-mêmes, des perceptions profondes, subtiles, à fin que nous puissions recevoir la parole coranique en tant que message universel transcendantal, en résonance avec le savoir de notre âme et de ses aspirations.

Les énigmes du Coran

Il est possible de classer ces ‘énigmes’ par rubriques : les thèmes énigmatiques, les personnages mystérieux, les notions et les termes énigmatique. A quoi s’ajoutent les chiffres et les lettres, lesquels nous intéressent tout particulièrement : ceux sont des clés pour ‘entrer’ véritablement dans le texte coranique et comprendre la logique de ses énigmes.

Les thèmes coraniques ‘énigmes’ ont un caractère universels puisqu’on y retrouve les étapes de la création en six jours, des cieux et de la terre, le paradis et l’enfer, Adam et Eve, Noé et le déluge, Abraham et la connaissance astrologique de son époque, l’histoire de Joseph et ses multiples prodiges, le bâton de Moïse et les neuf ‘plaies d’Egypte’, le royaume fabuleux de Salomon , la civilisation de Saba avec sa religion solaire et sa reine au trône majestueux, etc.

Ensuite il y a des personnages mentionnés par le texte coranique mais qui demeurent enveloppés de mystère tel est le cas du prophète Saydouna Idris (Hermès ?), d’Al Khadir, de Doulqarnayn (l’homme aux deux cornes), etc.

En ce qui concerne les termes énigmatiques nous pouvons citer des vocables comme fourqan, qariâ, raqim, etc.

Quand aux chiffres et aux lettres, les interprètes soufis du Coran ont en fait toute une science ésotérique assez hermétique. on y retrouve la cosmogonie (les 6 jours de la création), l’astrologie (les 7 cieux, les 12 constellations, etc.), comme on y retrouve bien entendu les fameux lettres isolées du coran, les énigmes des lettres : ALM, YA SIN, etc.

Le processus initiatique

Pour aborder méthodiquement ce système d’énigmes et comprendre son dynamisme il fait passer par un processus composé de trois étapes successives : la première de nature initiatique, la deuxième d’ordre métaphysique et la troisième concerne les applications pratiques. C’est-à-dire qu’il faut d’abord éveiller en soi la perception intérieure, du cœur et de l’esprit, puis recevoir la connaissance directe au-delà des déformations des sens et des limites du mental, puis de s’engager dans l’action pure, débarrassée de toute considération personnelle et libérée des dualismes et des mesquineries habituelles de notre ego.

Ces modalités sont indiquées, d’une façon suggestive, dans la sourate de la Caverne où on y retrouve le niveau initiatique (grotte, mer, puit, compagnonnage), le niveau métaphysique (les chiffres et les lettres en tant que principes métaphysiques, des valeurs, des repères initiatiques et des forces cosmiques) et le niveau des ‘applications’ (contrer l’injustice des tirants, préserver ce qu’il y a de précieux et détruire le mal avant son apparition).

La Sourate du Kahf commence par le récit des ‘compagnons de la grotte’, suivit du récit concernant la rencontre de Moïse avec Al Khidr, puis le récit sur Doul Qarnayn, l’homme aux deux cornes (a).

Cette sourate nous trace en fait le schéma archétype du processus initiatique. Plusieurs auteurs se sont inspirés de ce schéma, René Guénon en particulier, dans son livre intitulé «le Roi du Monde » (b).

Dans ce livre, l’auteur commence par évoquer, à partir de témoignages rapportés par deux voyageurs en Asie, l’existence d’un monde souterrain mystérieux qui aurait des ramifications un peu par tout dans le monde (c).

A partir de là, une sorte d’investigation va commencer et prendre la forme d’un voyage initiatique, guidé par un ensemble de symboles et passant par une succession d’étapes.

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(a) Voir notre livre « Lecture soufi du Coran »

(b) René Guénon « Le Roi du Monde » Gallimard, édition 1958

(c ) Idem, page

Le Roi du monde

Il s’agit tout d’abord d’une quête : chercher un ‘secret’ particulier, un ‘trésor’ lointain ou une connaissance subtile. Dans tous les cas il s’agit de quelque chose de très précieux et, donc rare, occulté, caché ou perdu.

L’aspirant est motivé pour entamer sa recherche par certain mots à résonance ‘magique’ : Secret, Graal, trésor, source de jouvence, parole perdue, etc.

Dans la littérature soufie on a développé des notions comme : sirr, élixir, soufre rouge, ‘madad’. La quête est parfois motivée par la recherche du Nom ineffable de Dieu (Ism Allah aâdam).

René Guénon développe, en guise de symbole activant la recherche, la quête du Graal, en raison notamment de son impact dans la mémoire collective en Occident (a).

Une condition est nécessaire pour se lancer dans ce genre d’aventure : l’aspirant doit avoir ‘l’intention’, être sincèrement motivé. René Guenon utilise ce vocable ‘l’intention’ selon la signification du mot arabe ‘Niya’. C’est l’intention de l’aspirant, son état intérieur qui oriente le déroulement des événements autour de lui.

Voilà donc notre aspirant motivé, prêt pour se lancer dans la recherche de son précieux ‘idéal’. Où va-t-il se diriger ? Comment peut-il être guidé ? Cela commence toujours avec un ‘voyage’, une rupture avec le passé et une aspiration à quelque chose de nouveau. Dans son voyage initiatique Moïse, que le Coran nous donne pour exemple, va faire la traversée du désert. Après quoi il va y avoir une rencontre providentielle avec un sage, un vieillard qui semble bien connaître le cheminement et ses secrets…

Quand l’aspirant trouve son maître, il ne va plus alors rencontrer dans son voyage, que des endroits fabuleux. Quand il arrive à une source ou un puit, c’est la source de jouvence, quand il arrive à une terre c’est « la terre des bien heureux », etc. Comme il s’agit en fait d’une ‘voyage’ intérieur, c’est l’état intérieur qui compte, quant l’état de l’aspirant change, sa perception des choses change également. Quand son cœur devient vivant tout devient ‘spirituel’ autour de lui.

En guise d’exemples d’endroits fabuleux, René Guénon nous cite la ‘montagne polaire’, Alborj, ‘la terre de l’immortalité’ ‘la montagne blanche’ ‘la terre des bien heureux’, la ville de louz, ‘l’île verte’, ‘la terre des vivants’, etc.

Mais cela ne doit pas nous cacher que l’aspirant passe aussi par beaucoup d’épreuves et de perturbations comme cela est illustré, symboliquement par la ‘traversée houleuse’ de ‘la mer des ténèbres’. Mais finalement, avec beaucoup de persévérance d’ailleurs, l’aspiration arrive à destination, à ce ‘fameux monde’, à une caverne à l’intérieur d’une montagne située dans une île. Cette image condensée est symbolisée par les trois lettres isolées du Coran ‘Qaf, Sad, Nùn : La mer ‘bahr Nun’, l’île ‘jazirat Sad’ et la montagne ‘jabal Qaf’.

Ce symbolisme, du point de vue ésotérique, est représentatif de cet ensemble qu’est le cœur de l’homme (Qaf / qalb), sa poitrine ( Sad / sadr) et son corps ( Nùn).

Il renvoie également à l’existence, quelque part, d’un centre spirituel central, une structure occulte qui, tout en étant à l’abri des vicissitudes de ce monde, semble jouer un rôle important pour sa direction et son destin…

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(a) La légende Graal, écrite au XII e siècle, est centrée sur le Graal, lequel serait une coupe (ou un vase) contenant « le sang du Christ ». Le vase, lui, aurait toute une histoire qui remonterait au séjour d’Adam au Paradis. En forme de cœur, ce vase aurait été taillé dans une émeraude originaire du Paradis et aurait appartenu à Adam avant la chute de ce dernier. La légende ne dit pas où et par qui le Graal fut conservé jusqu’à l’époque du Christ, ni comment fut assurée sa transmission. Mais l’histoire du Graal semble se dérouler sous forme de disparitions mystérieuses et de récupérations par un centre spirituel ou même par plusieurs, successivement.

«Après la mort du Christ, le saint Graal fut, d’après la légende, transporté en Grande-Bretagne par Joseph d’Arimathie… Alors commence à se dérouler l’histoire des chevaliers de la Table ronde et leurs exploits (…). La Table ronde était destinée à recevoir le Graal lorsqu’un des chevaliers serait parvenu à le conquérir et l’aurait apporté de Grande-Bretagne en Armorique». Cette Table ronde est un symbole à associer à l’idée de « centre spirituel », sa forme circulaire est liée au cycle zodiacal, quant à la présence des douze personnages (liée, dans la mentalité chrétienne aux douze Apôtres), c’est en fait «une particularité qui se retrouve dans la constitution de tous les centres spirituels».

Derrière cette légende, il est toute une activité d’un ensemble d’organisations : les chevaliers, les templiers, les gardiens du temple, etc. (Voir : René Guénon.’ Symboles de la science sacrée’)

L’homme aux deux cornes (Doul qarnayn)

Il s’agit donc d’une hiérarchie de saints, appelée ‘Diwan’ en arabe, Agarttha selon d’autres traditions, avec au sommet, une autorité suprême appelé ‘le Roi du Monde’ dans le livre de René Guénon.

A ce propos, l’auteur explique que ce titre désigne un Principe, une autorité spirituelle, principe qui peut être assumé par un homme archétype, représentant ce pouvoir dans notre monde terrestre. Ce principe peut être manifesté par un centre spirituel, par une organisation chargée de conserver l’intégrité du dépôt de la tradition sacrée d’origine «non humain ».

‘Le Roi du Monde’ désigne une autorité suprême détenant le double pouvoir, à la fois sacerdotal et royal, le pouvoir politique et pouvoir spirituel. Ce qui nous amène évidement à faire le lien entre la notion tradition de ‘Roi du monde’ et le symbolisme qu’exprime le coran par l’appellation : L’homme aux deux cornes (Doul qarnayn), les deux cornes représentant la réunion en une seule personne des deux pouvoirs, le temporel et l’intemporel.

D’après René Guénon : du témoignage concordant de toutes les traditions, une conclusion se dégage, c’est l’affirmation qu’il existe un centre spirituel par excellence, généralement ‘occulté’, et auquel tous les centres sont subordonnés (a)

«Nous ne prétendons pas avoir dit tout ce qu’il y aurait à dire sur le sujet, conclue René Guénon, (…) mais nous en avons dit bien plus qu’on ne l’avait fait jusqu’ici, et quelques-uns seront tentés de nous le reprocher… » Il reconnaît « qu’il y ait lieu d’envisager une question d’opportunité lorsqu’il s’agit d’exposer publiquement certaines choses d’un caractère quelque peu inaccoutumé » (b).

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(a) René Guénon « Le Roi du Monde » Gallimard, édition 1958, p. 95

(b) Idem p. 97

BR-ER

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Psychanalyse, psychologie et autres sectes pour la contre-initiation

La psychanalyse est l’inverse de la religion. En effet, elle présente la conscience comme un état se développant uniquement vers le bas; ainsi, le « subconscient » devient il un tout avec le « moi », le « surmoi », jusqu’à devenir même « inconscient » dans le vocabulaire des psychanalystes, donc la négation de la conscience.

Rappellons que la conscience est lié à l’état humain (c’est une des modalités de l’individualité liée au mental), « s’étendant »  indéfiniment . Il est remarquable que la psychanalyse ne considère que le « bas ».

« ….c’est à dire du côté qui correspond, ici dans l’être humain comme d’ailleurs dans le milieu cosmique, aux « fissures » par lesquelles pénètrent les influences les plus « maléfiques » du monde subtil, nous pourrions même dire celles qui ont un caractère véritablement et littéralement « infernal ». [règne de la quantité …. page 223.RG.Gallimard].

La psychologie, aujourd’hui intimement liée à la psychanalyse, adopte les mêmes théories.

Nous pouvons dire également que la philosophie profane participe à ce « renversement » des valeurs.

Notre première constatation est qu’il y a un « réseau » d’influences participant à la coupure de l’homme d’avec les états supérieurs de l’Etre, coupure qui permet de plonger l’homme dans « le bourbier » ne lui laissant aucune issue pour s’extraire de ses possibilités les plus basses pour cheminer vers Dieu.

Notre deuxième constatation est que ces influences sont si répandues qu’elles imprègnent également certaines sociétés initiatiques « tabaruks » (qui n’ont pas la vivification de l’influence spirituelle par un maître vivant). Ces sociétés initiatiques tabaruks tiennent légitimement le dépôt initiatique par une chaîne authentifiée remontant de Maîtres en Maîtres, de Prophètes en Prophètes jusqu’à la source Divine.

Notre troisième constatation est que notre monde est imbibé de ces suggestions par le biais de « pseudos » vérités (donc d’erreurs, puisque la Vérité est exclusive) diffusées par tous les médias relayant les milieux « scientifiques » et institutionnels, confinant l’homme à s’enfermer dans ses illusions.

Certains, au comble du désespoir, tentent de s’échapper de cette prison avec des moyens qui tuent : drogue, alcool pour « oublier »; d’autres tentent de s’enfuir par la spiritualité. Leur état d’ignorance est tel que la plupart sont récupérés par des sectes, elles mêmes outils relais de ce réseau maléfique, leur offrant une parodie de spiritualité.

René Guénon nous a donné les clefs de compréhension des codes de fonctionnement de cette véritable « armée contre initiatique ».

N’oublions pas que sans Maître vivant « nous voyageons avec satan » nous dit la Tradition, logiquement celui ci éduque par les codes de la dernière révélation : l’Islam.

M.P

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Considérations ésotériques sur la métaphysique

Il est une parole de René Guénon tirée de son livre  Initiation et Réalisation Spirituelle qui est une véritable invitation au seuil de la porte Divine, qui synthétise avec clarté nombre de considérations sur la métaphysique, et qui confronte le lecteur à l’orthodoxie de la doctrine traditionnelle d’une façon abrupte et sans équivoque possible ; en effet, René Guénon nous dit qu’aucune conception métaphysique n’est possible sans entrer dans la « Grande Solitude ».

Arrêtons-nous sur cette notion de « Grande Solitude » en précisant tout de suite qu’il ne s’agit pas d’isolement, car l’ascèse, loin d’être le fait de se réfugier sur une montagne, consiste au contraire à vivre notre modernité tout en conservant notre authenticité, et c’est un point très important à souligner, que le cheminant sur une voie spirituelle a une participation active au sein de la société dans laquelle il se trouve, « le corps dans la boutique, le cœur chez Dieu » disent les Soufis.

Alors de quelle solitude s’agit-il ? Disons tout de suite que le Soufi est intérieurement avec Dieu et extérieurement avec les hommes, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une solitude intérieure et non extérieure, et donc ce que l’on peut dire de la « Grande Solitude » est très exactement lié à la doctrine de l’unicité Divine, at-Tawhid. Précisons en quoi la doctrine de l’unicité Divine peut et même doit conduire l’être humain à un tel état, mais avant, souvenons-nous de l’insistance avec laquelle René Guénon a indiqué que le but final de l’initiation était la Délivrance vis-à-vis de la manifestation, Moksha, ou encore cette parole énigmatique relevée dans  Aperçus sur l’ésotérisme Islamique et Taoïsme, « Le Soufi n’est pas une créature », pour nous arrêter là et montrer à l’internaute l’élévation de la sphère dans laquelle est invité le lecteur guénonien.

Toutes les doctrines traditionnelles possèdent cette notion d’unicité Divine, et l’Islam est la forme qui insiste le plus sur cette affirmation, pour des raisons tenant à l’obscurcissement de la vision spirituelle des hommes durant notre période critique. Or selon la doctrine de l’unicité Divine, les créatures sont dénuées de force, ne peuvent ni nuire ni profiter, et ne possèdent pas d’existence autonome. Nombreuses sont les traditions prophétiques qui invitent à la sagesse, par la prise de conscience de l’indigence des créatures, et donc le détachement et l’autonomie vis-à-vis de celles-ci. Les Saints disent : « Les créatures sont la porte et le voile ». Ce qui est voilé, c’est l’agent unique, tel la conscience universelle trônant au centre d’un royaume peuplé de marionnettes qui tiendraient d’elle à la fois leur existence et leur activité. Il n’y a donc que Lui qui est Allah, et la Nafs, l’âme en tant qu’elle croit être séparée,  se pose en contre-pouvoir, mais bien-sûr de façon illusoire. En d’autres termes, l’être humain est éternellement seul face à son Seigneur, mais seule l’initiation peut lui restaurer la conscience de cet état, qui en même temps est libération, purification, unification, et dépouillement intérieur.

Ce qui vient d’être dit est précisément ce qui a fait dire à des Saints : « Mon ambition est de devenir l’unique esclave de Dieu », « Voir autre que Dieu revient à apostasier », « Quiconque tu détestes, tu ne détestes que Ton Seigneur » ou « Mes yeux n’ont jamais vu que Toi ».  René Guénon précise dans son livre « La métaphysique orientale » : « La connaissance métaphysique n’est pas quelque chose de nouveau », « elle n’est pas le produit de quoi que ce soit », et dit qu’il s’agit de la prise de conscience de « ce qui est ».  Voici donc, le fameux retournement. Ce n’est pas en tant qu’être humain que l’homme peut avoir cette connaissance. Ce point est essentiel. La Voie amène celui qui la parcourt à réaliser que lui et le monde ne sont pas ce qu’il croyait être, qu’il est, selon l’expression d’un Saint, « là où il a toujours été après n’être plus, là où il n’a jamais été » ; ou encore : « après qu’a disparu ce qui n’a jamais été, et que soit apparu ce qui n’a jamais disparu », « Dieu était seul, et aucune chose avec Lui, Il est maintenant tel qu’Il a toujours été ». Un Maître de la Voie de nos jours, dit en ces termes : « Celui qui est arrivé à voir l’Unité, ne voit plus qu’Elle. Il s’aperçoit que les formes humaines ne sont qu’illusions. Chaque étape est plus belle que la précédente . »

C’est l’état intérieur de celui qui est éveillé dans la Vérité, tandis que les autres êtres humains le perçoivent comme ils se perçoivent eux-même, c’est-à dire dans le monde. Cet état, qui en même temps est félicité, n’est pas descriptible et est à peine perceptible et réclame une grande vigilance, car il faut s’adresser à chacun selon son niveau, et mettre chaque chose à sa place. Jésus ne disait-il pas à Ses disciples : « Ne vous souciez pas de se que vous répondrez à vos accusateurs, car à ce moment-là ce n’est pas vous qui parlerez mais le Saint-Esprit ». Comprenons-que pour l’Homme qui est retourné au Centre du Monde, le souci est d’y demeurer et de s’y enraciner, et de laisser les évènements suivre leur cours sans les rechercher, ni les esquiver, ni s’y identifier. Le non –agir est en fait l’activité suprême, la plénitude de l’être, pour qui un « cœur chaud » et « voyant la lumière Mohamédienne en toute chose » n’est pas lettre morte.

Pourquoi de telles considérations dans un site internet qui se veut ancré dans l’actualité de l’œuvre de René Guénon ? C’est que l’humanité est actuellement dans une période critique, et ce à tous les niveaux. Il semble de plus que les solutions proposées sont le plus souvent destinées à aggraver l’état de confusion général, ne procédant jamais de l’intérieur mais de l’extérieur, ne consistant qu’en vaines réformes contingentes, écrans de fumée qui aggrave sans cesse cette myopie ambiante qui tend à solidifier et dissoudre ce monde, et qui fait apparaître l’autre monde au mieux comme un rêve lointain quand on est pas encore gagné par cette cécité générale et contagieuse. « Dieu ne change pas un peuple tant que celui-là ne change pas ce qu’il porte en lui-même » nous dit le Coran. Nous voyons maintenant pourquoi les considérations préliminaires sur la connaissance métaphysique ne sont pas déconnectées de notre préoccupation actuelle. La clé de la compréhension de cela est ce qui fut dit précédemment à propos de l’éveil de cet être engagé dans une voie spirituelle, qui comprend que lui et le monde ne sont pas ce qu’il croyait être. Pourquoi lutter quand on sait que la vie est un rêve, que l’éveil est meilleur et plus profitable, et qu’en plus il procure la Paix, qui elle par contre est le régulateur des activités le plus efficace ; le connaisseur de l’unité agit de la meilleure façon, impartial, sa volonté étant identifiée à celle du Divin. Nous voyons aujourd’hui des sages resplendissant de joie dans des conditions de vie difficile, or cette joie est justement, le médicament, la bonne santé, la guérison,…ce médecin qui est la lumière qui luit dans les ténèbres. «Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et Sa Justice, le reste vous sera donné de surcroît » dit l’Evangile, avertissant, « Celui qui cherche à conserver sa vie, la perdra ». La Solution vient donc toujours d’en haut, et il ne peut en être autrement, si ce n’est que illusoirement et temporairement. Mais n’est-ce pas cette emprise de l’illusion qui est condamné à disparaître ? Le triomphe de l’erreur si éclatant soit-il n’a qu’un temps, celui de la Vérité est pour toujours. Les Sages ont toujours cherché à tranquiliser les Cœurs en rappelant à l’Homme le caractère illusoire du Monde et en les guidant dans le chemin de restauration de leur perception de la Divinité. Ainsi, c’est à un changement d’orientation auquel est invitée l’humanité entière, et nous venons de voir à partir de l’œuvre de René Guénon pourquoi il ne peut pas en être autrement.

Y.P

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Témoignage sur l’art

Dans un article nommé « Sur la ‘Glorification du travail’ » tiré de l’ouvrage « Initiation et réalisation spirituelle », René Guénon part de la définition de l’art comme « l’imitation de la nature dans son mode d’opération », unissant ainsi les arts et les métiers dans un point de vue unique de « conformité à l’ordre ». L’ordre, c’est Rita, c’est-à-dire que pour parler de tradition on doit envisager le point de vue rituel dans lequel moyen et fin sont fondus sans confusion. Dans un article sur le symbolisme de l’épée en Islam, René Guénon affirme en effet que l’effort personnel, le Djihad Nafs,  est à la fois le moyen d’atteindre la Paix mais aussi l’activité propre de celle-ci. En d’autres termes, si on devait dire que la participation à un rite consiste à être au seuil de la porte, il convient de signaler que le seuil se suffit à lui-même. C’est à dire que l’on ne se tourne pas vers le Divin nécessairement pour atteindre un but, mais que le simple fait de se tourner vers le Divin est en soi le but.

Nous venons de voir que la conception traditionnelle de l’art est liée à celle du rituel, de Rita, c’est à dire de l’ordre. Par cette conformité, l’artisan humain cherche à imiter l’Artisan Divin, non pas dans ses effets, mais dans ses causes, c’est à dire par « un verbe conçu dans l’intellect ». On voit que l’art est indissociable de la vie contemplative dont elle tire ses principes et son inspiration. L’œuvre d’art est ainsi l’expression de « l’acte propre » de l’être par lequel la nature passe de la puissance à l’acte, il ne s’agit de rien d’autre que la recherche de l’union avec le Divin Créateur. Nous sommes bien loin ici de la conception profane de l’art et de son florilège de notions mondaines telles l’esthétisme ou les préoccupations d’ordre économique. N’oublions pas que les anciens identifiaient purement et simplement le Beau avec le Vrai. On pourrait dire en faisant un raccourci, que l’art dans sa compréhension originelle est un Yoga, ou encore qu’il est une recherche de la Vérité.

A l’image d’un centre spirituel, une école de musique, tout comme un centre d’arts martiaux, se présente non pas comme une école où on dispense un savoir livresque, mais comme une école de vie, où s’enseigne avant tout l’humilité, par le travail sur soi, et la recherche d’une discipline. « Le Maître est le dernier des disciples » disent les Soufis. Ici, Maître et disciples sont les visages multiples d’une seule réalité, les miroirs multiples conduisant l’âme à son éveil et son éducation. Le Maître d’arts martiaux dira que l’on doit chercher la Vérité d’un geste quand le Maître de Musique professera que la technique doit servir le goût. Ici comme là, c’est la quête de justesse et de profondeur qui est centrale. Sincérité et Authenticité sont la clé de voûte de l’accomplissement de l’œuvre d’art. Les moyens utilisés sont la concentration et la maîtrise de Soi. Sans oublier la présence d’une science particulière, directement liée au processus alchimique, à savoir la science du Rythme, la répétition d’une technique en vue de sa Maîtrise et de la compréhension de son sens profond.

On ne pourrait traiter exhaustivement tous les développements que ce sujet comporte en lui-même. Ces quelques lignes tentent de faire voir en quoi l’origine non-humaine de l’art pouvait être le garant d’un support à la transformation de soi, tout en montrant l’unité de fond des formes traditionnelles à partir de l’œuvre de René Guénon, son défenseur  compétent.

Y.P

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A quoi peut bien servir la lecture de René Guénon ?

Il y a des écrits qui ne meurent jamais. Qui, en n’importe quel lieu et à n’importe quel moment où l’on s’y penche, nourrissent nos perceptions, affinent notre jugement et répondent aux multiples perplexités que provoque en nous ce monde.

L’œuvre, ô combien magistrale, de René Guénon s’inscrit dans cette lignée.

Né à Blois en 1886, René Guénon n’aura de cesse toute sa vie de mettre en garde contre les dérives de la modernité et d’appeler à revenir à la civilisation traditionnelle, selon la définition qu’il en donne dans Orient et Occident: « Une civilisation qui repose sur des principes au vrai sens du mot, où l’ordre intellectuel domine tous les autres, où tout en procède directement ou indirectement, et qu’il s’agisse de sciences ou d’institutions sociales, n’est en définitive qu’applications contingentes, secondaires et subordonnées de vérités purement intellectuelles ».

A contre-courant des modernistes et de leurs idées de progrès, René Guénon s’attache à démontrer que la civilisation occidentale est en crise. Détachée de la conscience de Dieu depuis bien trop longtemps déjà, ignorante de la connaissance même d’une Tradition primordiale, elle est en plein déclin. L’œuvre de cet auteur est cependant bien plus qu’une simple critique de la modernité à laquelle on a  eu trop tendance à la cantonner. Bien plus que cela, elle est un véritable support à la quête d’une élévation intérieure.

Ainsi à la question si souvent posée: « A quoi peut bien servir la lecture des ouvrages de Guénon, si ce n’est à satisfaire un besoin intellectuel ? », la réponse paraît si évidente qu’il semble presque futile de l’énoncer: à justement se libérer de cette héritage rationaliste, à en mesurer l’absurdité afin de tenter de revenir à la religion, la sacralisation du quotidien. Celui qui prévaut par rapport à tout.

Est-il utile de le rappeler ? Les écrits de Guénon ne sont pas une finalité en soi. Ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. René Guénon l’a d’ailleurs martelé: il n’est pas un maître spirituel et ne peut en aucun cas se substituer à l’enseignement de ce dernier. Il se veut un simple éveilleur des consciences. Un éveilleur qui fournit un guide pratique à destination de celui ou celle qui désire ardemment cheminer. En s’attachant à lever les voiles qui obscurcissent la vraie connaissance de ceux nés au sein d’une civilisation anti-traditionnelle, nourris au lait du rationalisme et de l’individualisme, à ceux qui ont oubliés la solidarité dans le lien social, familial, la vertu, la noblesse du comportement, René Guénon prépare l’esprit à embrasser une quête spirituelle, un cheminement qui mène à la liberté.

De la naissance de la philosophie (profane), en passant par la désagrégation de la chrétienté, jusqu’à la Renaissance et la Réforme qui « consomment la rupture définitive avec l’esprit traditionnel », ou encore la proclamation de l’agnosticisme au XIXe siècle, cet auteur (de génie) passe en revue les phases successives qui ont conduit à l’état de déchéance actuelle de la civilisation occidentale.

Une partie de son œuvre représente ainsi une véritable entreprise de démystification. Démystification en premier lieu des schémas  de l’intellectualité occidentaux: le rationalisme, le matérialisme et l’individualisme, héritage direct de l’humanisme. Démystification aussi des thèses de ceux qui par « inaptitude métaphysique » sous-estiment la vérité des doctrines ésotériques orientales. Démystification enfin de l’interprétation de certains termes volontairement ou non galvaudés (« initiation », « ésotérisme », « mystique » etc.) auxquels  il s’attache à redonner leurs sens véritables.

René Guénon amène, ensuite, aussi le lecteur à comprendre ce qu’est la Tradition, dans son sens le plus profond et l’invite à se tourner vers l’Orient, là où demeure « le véritable esprit traditionnel ». Son jugement est d’ailleurs sans appel: le redressement de l’Occident ne pourra se faire qu’au contact de l’Orient, seule dépositaire du secret spirituel, de l’Islam dans sa plénitude.

Au-delà de tout cela, Guénon fournit surtout une direction doctrinale et dresse les conditions d’une initiation effective: le rattachement à une organisation initiatique authentique,  sous la guidance d’un maître spirituel qui a reçu l’autorisation divine de transmettre son enseignement et est détenteur de l’influence spirituelle. Une réalité vivante quand ce Guide s’inscrit dans une chaîne remontant à un Envoyé, comme il a lui même pris le pacte des mains d’un Shaykh d’une Tariqâ (organisation initiatique authentique et vivante), comme il en existe de nos jours en occident.

Que de temps gagné à la lecture de ses ouvrages ! Une lumière dans les dédales des pseudo-traditions et autres mouvances « néospiritualistes » si nombreuses à notre époque; un support pour se libérer de nos barrières mentales et pour progresser vers les états supérieurs de notre être en connaissant les fondements de toute quête spirituelle authentique et en mesurant enfin toute la préciosité. Voilà ce à quoi, entre autres, peut servir la lecture de René Guénon.

Au final, cet homme qui se voulait simple nous offre une œuvre, multiple et complexe, au sein de laquelle il a su disparaître et effacer toute trace d’individualité pour laisser place à l’émergence de la doctrine traditionnelle. La seule qui puisse conduire à la réalisation spirituelle.

e.LF

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La modernité, religion et initiation

Face aux amalgames de plus en plus fréquents concernant la problématique « exotérisme et ésotérisme », pourtant très clairement expliquée par René Guénon, nous tenterons d’expliquer, dans une suite d’articles, la nécessite d’une compréhension profonde de la Tradition (dont l’Islam est la synthèse) dans son intégralité. Nous nous adressons aux cherchants, fuyant le prosélytisme.

Ce phénomène s’exprime différemment selon les lieux où il sévit, nous l’analyserons pour l’Europe à travers l’Islam.

Ces errements intellectuels, nous pouvons écrire égotiques car l’âme tourmentée et passionnée, nafs en arabe ou égo, se rebellera toujours devant la simplicité de la vérité,  sont le fruit d’une sentimentalité, d’une imagination caractérisant notre époque. La tentation est grande de rejeter la religion et son contenu rituel et comportemental en l’opposant au cheminement initiatique dont la technique en est justement la compréhension « intime ».

L’exemple du fruit reste la meilleure illustration, la Tradition est un fruit dont l’aspect religieux est l’écorce (exotérisme),  les techniques initiatiques la pulpe qui entourent un noyau (ésotérisme), véritable cœur du fruit. Pour atteindre ce cœur, le passage par l’écorce est une nécessité.

La perversion, par certains pseudo disciples ou news penseurs ou rénovateurs, des méthodes d’éducation des Maîtres véritables de notre temps qui tous, sans exceptions, insistent sur l’absolue nécessité de l’application des règles religieuses (sharia’a et Qôran), est née de la peur du « choc des civilisations », du manque de discernement également concernant les méthodes pédagogiques et d’ un besoin sectaire du pouvoir car le remplacement des règles communes connues par tous par des règles inventées par quelques uns est un moyen de s’improviser « maître » à bon compte, tentant de diriger ainsi la conscience des plus faibles parmi les cherchants.

Les Maîtres véritables se reconnaissent à l’effectivité de leur « enseignement », donc au changement profond des disciples qu’ils guident accédant à l’excellence comportementale (l’Ihsan), caractère propre au Prophète (p.s.l) dont les cheminants suivent l’exemple (sunna). les Maîtres en sont justement les héritiers reconnus par une chaîne de transmission (silsilla) attestée.

La confusion sur laquelle s’appuient les défenseurs de la culture du pays dans lequel prend racines l’Islam par l’enseignement des  confréries soufies provient de la différence, de formes, flagrante entre orient et occident.

Qu’est ce que la culture ? Pour un musulman c’est l’acquisition et la mise en pratique de l’ensemble des recommandations de Dieu, révélées par le Qôran et introduite dans le monde par la « pédagogie » prophétique en son temps et vivifiées aujourd’hui par les Maîtres, actualisées dans le contexte par les savants (le savant traditionnel a suivi un cursus complet dans les sciences religieuses, il s’appuie sur l’ensemble de la communauté des savants reconnus des différentes écoles).

Nous pouvons écrire la « culture musulmane », culture sacrée, universelle.

Cette culture, d’origine divine, est le remède au point de vue profane. Elle s’adapte à tous les contextes environnementaux, le musulman ‘inuit peut continuer à manger du phoque, le français de la poule au pot et le syrien de la kefta, l’egyptien s’habiller en djellaba, l’italien en vêtements sportwears décents!

La confusion est de croire que le point de vue profane est un modèle culturel à suivre.

Les particularités de chaque pays, contrées, n’entraînent que des différences de formes entre individus. Seules les formes habitées par la pureté de l’intention débarrassée des sugestions égotiques sont vivantes, cette pureté est le résultat de l’orientation vers Dieu. Les croyants (la Tradition nous indique qu’ils ne disent pas « je crois » mais obéissent) de tous pays et de toutes époques se rejoignent dans l’unité des coeurs, pas de l’uniformité.

En conclusion de cette introduction, nous dirons que le changement comportemental ne se fait pas dans la douceur pour les âmes rebelles et très facilement pour celles assoifées qui suivent avec patience les prescriptions des Maîtres autorisés, vivificateurs de leur temps. Un d’entre eux, considéré comme un homme réalisé, à ainsi formulé aux disciples de sa tariqâ : « La Voie est mohamédienne, suivez la sharia’a, la sunna, c’est la garantie de votre réussite…. ».  Le vin ésotérique ne peut être contenu que dans un flacon propre.

Faire l’amalgame entre l’exotérisme et l’ésotérisme, le profane et le sacré, la culture et la religion est une erreur, pour ne pas écrire un procédé malhonnête, qui tente d’introduire la division entre croyants. La culture de l’orient est le fruit du sacré toujours vivant, la culture de la modernité est forgée par la mort de la Tradition en occident. Même si des excès et des déviances entachent la visibilité des traces divines dans le quotidien de nos « grands frères orientaux », nous préfèrerons toujours la base de ce modèle à celui proposé par les piliers des débats culturels, « maîtres » de la culture occidentale, de la machine à diviser par l’opinion, nous entraînant hors du champs de la concentration nécessaire au dépouillement de l’âme. Les musulmans  français ou indonésiens sont facilement identifiables, reconnaissables comme croyants. Davantage de points communs subsistent entre eux qu’entre un français musulman et un français athée. Les athées de tous les pays fonctionnent dans la culture mondialiste, l’uniformisation, ils sont facilement repérables… Alors, oui, nous choisissons ces jeunes de banlieue avec leurs maladresses et leur potentiel, sans oublier que l’homme est le frère de l’homme,  que la patience et le respect vainquent toutes les résistances  ….

M.p

A suivre …..

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