Archives de la catégorie Arts et spectacles
L’italien, my name is Khan!
Posté dans Arts et spectacles le 10 août 2010
My name is Khan, film indien de Karan Johar avec Shahrukh Khan, Kajol et Jimmy Shergill (2010)
L’Italien, film français d’Olivier Baroux avec Kad Merad,Valérie Benguigui, Roland Giraud (2010)
La sortie de deux films récents sur nos écrans tend à démontrer une certaine tendance à l’adoucissement des mœurs dans la perception de l’Islam malgré un relais médiatique contraire tout de même assez persistant. Cela nous permet tout au moins de constater que la formation d’idées objectives est encore possible, ce qui permet d’avoir quelques raisons d’espoir d’échapper à la manœuvre hypnoïde émanant d’une volonté politique claire et délibérée.
Ces deux films se rejoignent par l’accent mis sur la religiosité de leurs deux protagonistes respectifs à savoir la sincérité spirituelle qui est la racine de leur engagement religieux. Bien sûr, cette sincérité correspond à un certain mode d’existence de la personne au moment où celle-ci décide de s’engager c’est-à-dire que la sincérité d’engagement d’un vendeur de voitures chez Maserati vivant en union libre comme dans le cas de L’italien variera somme toute assez considérablement de celui étant parvenu à la formulation consciente d’accéder à la connaissance de Dieu bien que la concentration et l’intensité dans la démarche du premier puisse tout à fait à terme pallier la distance qui les sépare à un point de départ donné.
Dans ce film, la question religieuse est aussi intrinsèquement liée à la question de l’identité puisque le vendeur en question, fils d’algérien, est issu de l’immigration. Néanmoins, il fait le choix de prendre un patronyme italien ainsi que tous les traits caractéristiques étant sensés aller avec. C’est ainsi l’injonction de son père victime d’une attaque cardiaque de faire le ramadan qui l’amène sur le chemin d’une rédemption intérieure au terme de laquelle, par le biais du jeûne et de la prière, il parvient à la fois à se faire confirmer l’amitié de son patron chez Maserati et l’amour de sa compagne qu’il finit par épouser. Les méandres qu’il doit traverser pour revenir à cette forme d’état primordial sont très bien résumées par une phrase de son autre ami, juif et artiste-peintre très porté dans son art sur les passeports et cartes d’identité de grandes personnalités : « C’est vrai que faire semblant d’être italien tout en faisant semblant de ne pas faire le ramadan, çà fait beaucoup… ».
Dans My name is Khan, on trouve une problématique similaire traitée sur le mode américain puisque il s’agit de l’histoire d’un immigré indien à San Francisco avec cette nuance que notre protagoniste est atteint du Syndrome d’Asperger, trouble du comportement lié à l’autisme. Par le paradoxe, ce procédé narratif permet de donner au personnage une sensibilité exacerbée et brute puisque non-inhibée par la facticité et la superficialité que revêtent beaucoup de nos interactions dans l’échange social.
Son histoire revêt deux aspects consécutifs, avant et après le 11 septembre 2001. Avant, sa vie est enjouée. Sa foi éclairée en partie par un enfance passée en Inde auprès d’une mère qui lui a appris à fuir le manichéisme auquel les conflits ethniques parviennent à contraindre beaucoup de ses compatriotes, son éducation et le caractère modéré de son handicap lui permettent d’épouser une indienne déracinée tout comme lui, coiffeuse de profession et indoue de confession. Ici, le purisme nous permettra de noter qu’une personne juridiquement incapable, comme notre héros a toutes les chances de l’être, possède toutes les justifications possibles pour ne pas épouser de femme issue d’une religion abrahamique.
La survenue des évènements du 11 septembre 2001 à New-York marque une rupture dans l’itinéraire de Khan puisque le traumatisme ressenti dans la population américaine va avoir des conséquences directes sur sa vie personnelle. Le fils d’un premier mariage de sa femme sera en effet battu à mort parce qu’il est indien et donc comme telle assimilé à un musulman alors qu’en fait, fils d’une indoue, il n’est que la victime d’un amalgame poussé à son extrême à savoir un aveuglement meurtrier.
La mort de ce fils séparera le couple jusqu’à ce que notre héros, après moult glorieuses péripéties, parvienne à remplir le défi qu’avait imposé sa femme pour qu’ils puissent un jour dépasser le drame qui leur était arrivé. Ce défi, représentatif des échelons qu’il nous reste à gravir avant que le discernement dont fait preuve Khan lui-même par sa foi à l’égard de ses coreligionnaires ou pseudo-coreligionnaire soit l’apanage de ceux qui nous gouvernent, c’est rencontrer le président ( Barack Obama, symbole d’une nouvelle donne mondiale) et lui dire : « My name is Khan and I am not a terrorist ».
N.h
Témoignage sur l’art
Posté dans Arts et spectacles le 7 mars 2010
Dans un article nommé « Sur la ‘Glorification du travail’ » tiré de l’ouvrage « Initiation et réalisation spirituelle », René Guénon part de la définition de l’art comme « l’imitation de la nature dans son mode d’opération », unissant ainsi les arts et les métiers dans un point de vue unique de « conformité à l’ordre ». L’ordre, c’est Rita, c’est-à-dire que pour parler de tradition on doit envisager le point de vue rituel dans lequel moyen et fin sont fondus sans confusion. Dans un article sur le symbolisme de l’épée en Islam, René Guénon affirme en effet que l’effort personnel, le Djihad Nafs, est à la fois le moyen d’atteindre la Paix mais aussi l’activité propre de celle-ci. En d’autres termes, si on devait dire que la participation à un rite consiste à être au seuil de la porte, il convient de signaler que le seuil se suffit à lui-même. C’est à dire que l’on ne se tourne pas vers le Divin nécessairement pour atteindre un but, mais que le simple fait de se tourner vers le Divin est en soi le but.
Nous venons de voir que la conception traditionnelle de l’art est liée à celle du rituel, de Rita, c’est à dire de l’ordre. Par cette conformité, l’artisan humain cherche à imiter l’Artisan Divin, non pas dans ses effets, mais dans ses causes, c’est à dire par « un verbe conçu dans l’intellect ». On voit que l’art est indissociable de la vie contemplative dont elle tire ses principes et son inspiration. L’œuvre d’art est ainsi l’expression de « l’acte propre » de l’être par lequel la nature passe de la puissance à l’acte, il ne s’agit de rien d’autre que la recherche de l’union avec le Divin Créateur. Nous sommes bien loin ici de la conception profane de l’art et de son florilège de notions mondaines telles l’esthétisme ou les préoccupations d’ordre économique. N’oublions pas que les anciens identifiaient purement et simplement le Beau avec le Vrai. On pourrait dire en faisant un raccourci, que l’art dans sa compréhension originelle est un Yoga, ou encore qu’il est une recherche de la Vérité.
A l’image d’un centre spirituel, une école de musique, tout comme un centre d’arts martiaux, se présente non pas comme une école où on dispense un savoir livresque, mais comme une école de vie, où s’enseigne avant tout l’humilité, par le travail sur soi, et la recherche d’une discipline. « Le Maître est le dernier des disciples » disent les Soufis. Ici, Maître et disciples sont les visages multiples d’une seule réalité, les miroirs multiples conduisant l’âme à son éveil et son éducation. Le Maître d’arts martiaux dira que l’on doit chercher la Vérité d’un geste quand le Maître de Musique professera que la technique doit servir le goût. Ici comme là, c’est la quête de justesse et de profondeur qui est centrale. Sincérité et Authenticité sont la clé de voûte de l’accomplissement de l’œuvre d’art. Les moyens utilisés sont la concentration et la maîtrise de Soi. Sans oublier la présence d’une science particulière, directement liée au processus alchimique, à savoir la science du Rythme, la répétition d’une technique en vue de sa Maîtrise et de la compréhension de son sens profond.
On ne pourrait traiter exhaustivement tous les développements que ce sujet comporte en lui-même. Ces quelques lignes tentent de faire voir en quoi l’origine non-humaine de l’art pouvait être le garant d’un support à la transformation de soi, tout en montrant l’unité de fond des formes traditionnelles à partir de l’œuvre de René Guénon, son défenseur compétent.
REC et Solomon Kane
Posté dans Arts et spectacles le 7 janvier 2010
Considérations traditionnelles sur les rapports du microcosme et du macrocosme à travers REC et Solomone Kane
REC (1 et 2), Films espagnols de Jaume Balagueró et Paco Plaza avec Manuela Velasco, Javier Botet (2007, 2009)
Solomon Kane, Film américain du cinéaste britannique Michael J. Basset avec James Purefoy, Max Von Sydow (2009)
Ces deux films, en apparence très différents, peuvent néanmoins être interprétés dans une perspective commune à cause de la possibilité qu’ils offrent d’établir une correspondance entre le macrocosme et le microcosme. D’un point de vue traditionnel, le premier domaine, par le caractère sensible qu’il revêt sert de support à l’interprétation d’une phénoménologie subtile dont l’appréhension tangible, réservée au second, est exclusivement intelligible. C’est ainsi que le voyage sensible à travers l’enfer, le purgatoire et le paradis que décrit Dante dans sa Divine comédie peut et doit être transposé sur le plan intérieur du cheminement spirituel individuel si l’on veut restituer cette œuvre, sur laquelle on se basera, dans sa pleine dimension initiatique.
REC
Dans Rec, ce rapport du macrocosme au microcosme peut être perçu de manière assez explicite puisque la quasi-totalité du film se passe dans un immeuble du centre de Barcelone, ce qui facilite l’analogie avec le corps social. Par extension cette analogie peut aussi s’appliquer à la partie profane d’un individu, sa dimension terrestre qui est le domaine privilégié des aspects infernaux de cette individualité au sens étymologique du latin ‘infernus’ qui désigne un lieu bas.
Ici il s’agit surtout de la manière conceptuelle dont cette tendance individuelle ou sociale est représentée (aussi bien dans le premier que dans le second épisode) qui donne principalement la matière à une perspective interprétative traditionnelle, beaucoup plus que son orientation esthétique car il s’agit tout de même d’un film d’épouvante. Néanmoins, au-delà du sensationnalisme inhérent au genre, cette option conserve une certaine cohérence dans la mesure où elle permet de prendre littéralement ce corps social « au corps » justement, c’est-à-dire l’individualité dans son aspect le plus bassement matériel.
C’est donc dans cet immeuble qu’est envoyé un duo composé d’une journaliste et de son caméraman (à travers la caméra duquel tout le film est filmé) pour suivre l’intervention d’une équipe de pompiers. C’est du moins le cas dans le premier épisode. Cette équipe de sauvetage, envoyée pour maîtriser un mystérieux cas de rage détectée chez une des habitantes de l’immeuble, va elle-même être contaminée (puisqu’il suffit d’être mordu pour l’être) ainsi que toutes les personnes présentes dans un immeuble que l’on finit par mettre en quarantaine, procédé narratif qui permet de mieux focaliser l’attention du spectateur sur ce qui se passe dans ces tendances cachées de l’âme humaine.
La seule survivante au terme du premier épisode est la journaliste. Celle-ci entrevoit, alors qu’elle est montée dans l’attique pour échapper à une contamination qui avait progressivement gagné tous les étages, que la «rage » qui s’est répandu dans l’immeuble est la cause d’une femme à l’âge avancée et au patronyme portugais (Medeiros), dont l’intensité de la possession satanique a été largement relayée par la presse alors qu’elle était encore une jeune fille. La bande magnétique alarmante laissée là par un prêtre qui jadis tenta de la soigner en souligne la gravité et le danger pour l’humanité.
La mention de son origine portugaise permet de souligner l’inversion que représente ce personnage par rapport aux enfants qui, dans ce même pays à Fátima en 1917, ont vu leur apparaître la Vierge Marie qui leur indiquait la nécessité d’un changement d’orientation des préoccupations de l’humanité afin d’éviter les foudres de la colère divine. Le sens de son nom peut également être souligné puisque ‘madeiro’ n’est autre en portugais qu’une des pièces majeures dans le travail du charpentier qu’était notamment Jésus, le madrier
Le deuxième volet de REC prend d’ailleurs un tour plus ouvertement religieux dans la mesure où l’équivalent espagnol du GIGN est envoyé en mission dans le même immeuble sous la direction d’un prêtre (cette fois-ci ce sont les casques des gendarmes mobiles qui sont équipés de caméras). Le scénario, dans ses grandes lignes, y est similaire mais il permet de fixer le sens que l’on peut donner à ces deux épisodes de REC. Les morsures que subissent les habitants de l’immeuble y sont directement assimilées à l’empreinte du diable. L’accent est également mis sur le fait que les jeunes générations, enfants y compris, n’en sont pas exempts. Il met également l’accent sur le fait qu’une religion dont les représentants manquent de conviction dans leur foi n’est plus qu’une coquille vide inapte à permettre aux fidèles d’échapper efficacement à l’emprise du mal. C’est ainsi que la personne possédée à l’origine de la contamination tue le prêtre à la fin de ce deuxième volet, à ce détail prêt que cette incarnation du Malin est à présent la journaliste que les scénaristes ont laissé vivante à la fin du premier volet.
Ici, on constate que REC se veut l’illustration d’un retournement des valeurs au sens traditionnel, et donc spirituel, du terme. La scène où Niña Medeiros transmet le Mal qui est en elle à la jolie et fringante journaliste (elle déverse de sa bouche ce qui s’apparente à un serpent dans la bouche de la journaliste) n’est pas sans rappeler, mais de manière inversée, la manière dont le secret spirituel se transmet de maître en maître dans le soufisme. Ce n’est pas d’influx spirituel dont il s’agit ici mais d’influx psychique. Cette inversion de la notion de transmission est clairement ce que le vocabulaire guénonien nomme contre-tradition et c’est ce dépôt psychique qui permet à Niña Medeiros de parler à travers la bouche de chacun des habitants contaminés dans l’immeuble. La scène dans laquelle, pour répondre aux interrogations du prêtre sur l’endroit où elle se trouve exactement, elle parle à travers la bouche d’un adolescent qui s’est introduit avec des amis dans l’immeuble par curiosité mal placée (et qui entre donc métaphoriquement dans l’âge où il commence à être le sujet de basses suggestions), est le paroxysme de cette représentation de l’inversion des hiérarchies. Pour dire qu’elle est se trouve dans l’attique, elle répond, alors qu’elle est la dépositaire d’un dessein satanique : « Je suis auprès du Très-Haut ».
Dans la perspective du soufisme, on pense ici, et ce afin de mieux illustrer notre propos, à cette anecdote évoquant une vision d’un des pionniers du soufisme confrérique, Sidi ‘Abd Al-Qâdir Al-Jîlâni. Ce grand maître soufi des 11è-12è siècles vit donc un jour une apparition d’une grande beauté de laquelle une voix émanait lui suggérant qu’il s’agissait là d’Allah qui se manifestait à lui. L’illumination intérieure et la promptitude spirituelle de ce maître, qui était à la mesure de la subtilité de l’épreuve qu’il subissait, lui permit d’avoir la clairvoyance d’une transfiguration par le truchement de laquelle Satan cherchait à l’atteindre.
Enfin, pour revenir à notre film, il est significatif que ce soit une journaliste qui soit amenée à succéder à Niña Medeiros pour la continuation de ce dessein. Cette dernière pourra en effet utiliser son outil de travail, les médias, pour donner libre cours à la diffusion de suggestions toutes aussi hardies et mensongères les unes que les autres. Elle illustre également dans cet ordre d’idées le danger de la passivité et de l’intégration à tout-venant d’informations diverses. La journaliste est d’ailleurs le personnage privilégié, dans le premier volet surtout, pour la formulation de l’injonction à toujours tout enregistrer, véritable leitmotiv du film. REC, c’est cette fonction d’enregistrement que l’on trouve entre autres sur les caméras. Cependant, l’homme n’est pas une machine et sa conscience intime, même si elle ne peut être activée automatiquement, a la possibilité d’être éduquée pour atteindre l’état d’éveil suffisant à l’activation de la touche ‘pause’ quand cela est nécessaire.
Solomon Kane
C’est précisément cet état de latence qu’incarne le personnage de Solomon Kane dans le film au titre éponyme. Il s’agit donc davantage ici d’une illustration du purgatoire pour continuer sur notre référence à Dante. Mises à part les scènes initiales et finales, le film, tiré d’un roman au titre identique de Robert E. Howard (1906-1936), illustre un passage transitoire au cours duquel le personnage principal, mercenaire violent et sanguinaire, se transmue progressivement en véritable bras armé de Dieu.
La correspondance que l’on peut établir entre le microcosme et le macrocosme peut être lue à plusieurs niveaux. Ainsi les états transitoires sur le chemin de la rédemption que connaît Solomon Kane sont à chaque fois marqués par un cadre saisonnier illustrant en propre la spécificité de la disposition intérieure de notre protagoniste à ce moment-là du film. Celui-ci s’ouvre sur une scène où la chaleur moite d’une nuit d’Afrique du Nord de l’an 1600 n’a d’égale que les brasiers que l’escadron dirigé par Solomon Kane a déclenchés afin de pénétrer une forteresse au sein de laquelle se trouve un trésor convoité. C’est ainsi qu’en plein cœur de l’été, alors que nos assaillants pénètrent la salle du trésor, Solomone Kane se voit proposer un pacte avec le Diable représenté par un dénommé Malachie, figure représentant de manière inversée un autre type de pontificat que son homonyme connu pour sa prophétie des papes, pontificat ténébreux celui-ci. Or c’est précisément ce moment-là qui fait prendre conscience à Solomon Kane de l’extrémité à laquelle il se trouve rendu, de la même manière que Dante aperçoit la montagne du purgatoire après que sa rencontre avec Lucifer au degré le plus bas de l’enfer a marqué sa sortie de l’autre côté du globe terrestre.
Il est remarquable ici que ce qui correspond dans le cheminement de Solomon Kane aux derniers degrés de l’enfer soit identifié à une bataille qui l’oppose manifestement à des arabes (Solomon Kane demande où se trouve la salle du trésor en arabe à ses opposants qu’il a soumis). Il semble que le romancier ait ici eu l’intention d’assimiler le paroxysme de l’égarement avec la division ultime à laquelle peuvent se livrer des êtres humains, celle liée à la culture et à la race, dans la négation des principes fondamentalement universaux et unificateurs des traditions authentiques quelles qu’elles soient. Notons sur ce point que Robert E. Howard a eu une production littéraire conséquente sur le thème des croisades notamment.
Ensuite, de la même façon que Dante entame l’ascension du mont du purgatoire, Solomon Kane, refusant la damnation éternelle, retourne à son Angleterre natale afin de reprendre ses esprits au sein d’un monastère (pour rassembler ce qui est épars pourrait dire René Guénon). Nous sommes alors en plein hiver, ce qui marque une opposition nette avec la saison précédente. C’est ce contraste qui indique le changement radical de disposition intérieure chez le personnage principal.
Sur le plan narratif, l’indication à Solomon Kane de la part du prieur de quitter le monastère possède une valeur significative très profonde. On peut déjà y voir une incitation à s’affranchir d’un mode de vie caractérisé par la réclusion et donc impropre à constituer la base d’une renaissance spirituelle. En effet, dans l’optique du personnage principal, il ne s’agit pas de préserver des acquis déjà notablement mis à mal par la marche du monde mais de trouver l’élan d’un souffle nouveau susceptible de lui faire gravir cette montagne de la rédemption à la base de laquelle il se trouve à ce moment-là du film. Le prieur lui indique d’ailleurs de partir pour le ‘Nouveau Monde’, expression ambivalente dans le contexte qui nous concerne puisque ce nouveau monde renvoie à la fois à la perspective de la fortune sur un continent américain qui ouvre les bras aux puissances européennes sur le plan macrocosmique et qui, sur le plan microcosmique, renvoie aux contrées inexplorées et prometteuses de l’individualité de Solomon Kane.
A l’orée de ce double voyage, ces deux plans de perception se rejoignent. En effet comme pour matérialiser cette nouvelle disposition dans laquelle il se trouve, Solomon Kane prend route pour rejoindre le continent américain. C’est à ce moment-là du film que son prénom, reflet onomastique de la sagesse du roi (et prophète) Salomon prend tout son sens. Non seulement Solomon Kane a pris la résolution de faire corps avec le Roi de son royaume intérieur mais il met en œuvre cette résolution avec toute la sagesse qu’il sied d’associer à la noblesse d’un tel dessein. Aussi, comme pour mieux illustrer ce que l’on appelle communément cet état d’esprit, Solomon Kane fait la rencontre d’une famille de Puritains faisant également route pour ce nouveau monde. L’expression de ‘puritains’ est ici à prendre dans ce qu’elle dénote et non dans ce qu’elle connote c’est-à-dire que l’on doit l’entendre dans ce qu’elle implique comme attitude dans la réforme radicale d’éléments viciés (en l’occurrence l’Eglise anglicane sur un plan historique) et non dans l’accentuation d’une dégénérescence que de nombreuses positions de l’Eglise catholique avaient déjà bien entamées par rapport au christianisme primitif.
Dans notre film, l’heure est alors à la convivialité et à l’équilibre. Mais c’est sans compter sur les turbulences que la sacralité d’un tel cheminement se doit de surmonter. A cette étape, les suggestions sataniques ne sont encore jamais très loin et la promptitude dans la résolution est certainement bonne conseillère. Néanmoins, Solomon Kane se trouve aidé dans sa résolution par le lien complice et subtil qui se noue avec la fille aînée de sa famille d’adoption, Mérédith. C’est d’ailleurs à travers celle-ci, car elle représente un support d’élévation privilégié, que Satan a choisi d’œuvrer pour décourager notre protagoniste. C’est Malachie, que l’on retrouve ici, qui prend la forme d’une petite fille sur laquelle s’apitoie notre famille mais qui, parce qu’elle refuse de prier, incite Solomon Kane à lui présenter le crucifix dont la puissance symbolique redonne sa véritable forme au personnage maléfique. Entre temps celui-ci a littéralement piqué de son venin la main de Mérédith.
A la suite de cet épisode, notre famille est décimée par les hommes de Malachie qui enlèvent Mérédith. On entre alors dans une période de déséquilibre qui doit permettre au personnage principal d’enraciner de manière plus profonde encore les sources de sa motivation à se réformer. On est alors en automne. Les scènes se passent alors continuellement sous les auspices de la pluie qui possède les vertus propres à permettre à la terre de renaître de plus belle à condition qu’un influx solaire agisse en complément. Ce rôle lumineux incombe à Mérédith, tout comme Béatrice accompagne Dante lorsqu’il entre au paradis. On pense aussi à la manière dont Ibn ‘Arabi, dans son livre Le fabuleux griffon, traite symboliquement de l’union du Prophète Muhammad (salla Allah ‘alayhi wa sallam) avec sa femme ‘Aisha comme étant celle de la réalisation de l’union supérieure de l’intellect et de l’âme. Il est aussi à noter ici que Mérédith est un nom gallois signifiant la splendeur de Dieu, splendeur entachée dans notre film par l’empreinte que Satan y a laissé et qu’il convient à présent de blanchir.
A ce moment de notre histoire, Solomon Kane reprend les armes afin de délivrer Mérédith comme celle-ci l’a conjuré de le faire. Il n’est plus alors le mercenaire sanguinaire n’ayant en vue qu’une rétribution pécuniaire mais il a opéré une transmutation intérieure qui donne à ses actes guerriers une toute autre dimension, celle du service à une cause des plus nobles.
Il faut encore s’arrêter ici sur ce que l’on a appelé ces ‘hommes de Malachie’ qui règnent sur un territoire que Solomon Kane a désormais vocation à purifier. On apprend, par le truchement de ressorts de la narration, que ceux-ci sont dirigés par le frère aîné de Solomon Kane. On comprend, par l’utilisation de flash-backs, que celui-ci est un personnage rustre et violent que Solomon Kane a laissé pour mort lorsqu’il le fait chuter accidentellement du haut d’une falaise alors qu’il s’interposait entre son frère et une jeune fille que celui-ci tentait d’abuser. La référence à Abel et Caïn est ici explicite. Le frère déchu, défiguré par sa chute, a rejoint le camp du diable. Mais ici c’est Abel qui finit par avoir raison de Caïn dans le combat comme pour mieux signifier la victoire de Solomon Kane sur les tendances contraires de son égo pour arriver à la pacification de son âme. Celle-acquiert une dimension supérieure lorsqu’il a la fois raison de Malachie et de la puissance ténébreuse par laquelle il agissait incarnée par cette bête dont l’assimilation avec l’Antéchrist apparaît évidente.
Ainsi, finalement, les données eschatologiques se fondent avec l’accession de Solomon Kane aux degrés paradisiaques de l’apaisement intérieur symbolisé par les retrouvailles avec une Mérédith libérée des forces ténébreuses et cette scène finale où Solomon Kane surplombe l’étendue de la mer sous la lumière d’un soleil de printemps.
N.h
Le soliste
Posté dans Arts et spectacles le 24 décembre 2009
Film américain du cinéaste britannique Joe Wright avec Jamie Foxx, Robert Downey Jr (2009)
Le cinéma est un art qui se prête particulièrement bien à des interprétations faisant écho à un point de vue traditionnel. Les raisons à cela pourraient certainement à elles seules faire l’objet d’un article mais disons, pour faire bref, qu’il est sans doute l’art qui est le plus en phase avec notre époque puisque c’est celle-ci même qui l’a vu naître. Or notre époque, en raison de la confusion apparente qui la caractérise, appelle comme par nécessité un questionnement spirituel.
Pour revenir au film auquel nous nous intéressons, c’est précisément à ce type de questionnement que nous avons à faire sous le voile de la thématique musicale. Nathaniel Ayers, afro-américain ayant depuis son plus jeune âge les meilleures dispositions et la plus grande passion pour la musique classique (Beethoven en particulier) se trouve dans l’impossibilité de développer tout le potentiel dont il est doué à cause des délires schizophréniques qui le contraignent à quitter la prestigieuse école musicale dans laquelle il exerce son talent alors qu’il est encore un jeune adulte. Devenu SDF, un journaliste du Los Angeles Times décident de le prendre sous son aile, interpellé qu’il est de l’avoir vu, non sans talent, s’exercer sur un violon ne possédant que deux cordes.
Au vu des données du scénario, on pourrait croire que le soliste qu’évoque le titre n’est autre que ce musicien avorté. Or il faut plutôt comprendre que chacun des protagonistes de l’histoire (une histoire vraie éditée par Steve Lopez, le journaliste en question dans un livre) l’est en fait à sa façon. Mais le soliste n’est tel que par rapport à un orchestre sans lequel sa partition perd tout son relief. C’est ainsi que Steve, par le biais de la musique, ramène Nathaniel à la vie sociale en le forçant à venir jouer d’un violoncelle qu’une ancienne violoncelliste atteinte d’arthrite lui a légué en lisant l’article que Steve a écrit su lui dans son journal. De même, la rencontre de Nathaniel a permis à Steve de nouer un lien avec les laissés-pour-compte de Los Angeles, de donner de la matière à son activité de journaliste qui se tarissait d’autant plus que sa rédactrice en chef, mais aussi ex-femme (future?) et mère de son fils, ne trouvait rien de mieux à lui conseiller que de se faire pomper le sang pour mieux en étudier les conditions dans lequel on le donne ce sang. Le portrait de cette relation de couple est d’ailleurs intéressant car c’est la dimension asexuée qui en ressort et, dans l’inexistence de la prédominance d’une satisfaction égoïstement charnelle, la complicité de ces deux personnages est finement distinguée de leur divergence dans leur perception respective de la relation d’amitié qui se crée entre Nathaniel et Steve. Paradoxalement, c’est lorsque leurs échanges renvoient le plus à l’image sclérosé du couple moderne (dîner mondain, jalousie mal placée) que la divergence de leurs points de vue apparaît le plus nettement. Néanmoins la femme ici apporte le surcroît de lucidité qui manque à Steve lorsqu’il croit qu’il peut sortir Nathaniel de la folie, et Steve apporte à la femme ce surcroît d’empathie lorsque celle-ci voit dans Nathaniel un moyen de faire les choux gras d’un journaliste.
On voit donc que chaque personnage a ainsi vocation à mettre en accord le solo d’autrui à un orchestre, à reléguer son individualité au second plan afin de favoriser l’harmonie de l’ensemble. C’est ce rôle éminent que Joe Wright veut mettre en relief lorsque Nathaniel pointe du doigt et que le silence se fait autour de l’entrée du chef d’orchestre lors de la répétition d’un orchestre philarmonique à laquelle il assiste avec Steve. Ce chef d’orchestre, c’est celui chez qui, par excellence, l’individualité s’est annihilée pour laisser place au souffle du créateur que Beethoven incarne dans le cadre du film. Mais c’est bien à la moindre injonction de celui dont le cœur est le dépositaire des effluves divines, le maître éducateur, qu’il convient de se soumettre pour la réalisation de l’harmonie dans la perspective traditionnelle du soufisme. Lui seul a les clés permettant de réconcilier, dans le meilleur respect des partitions que l’on a à jouer, la pénétration des vérités principielles (la haqiqa) avec le respect de formes instituées (la sharia). C’est ainsi d’une certaine manière la haqiqa que représente la scène dans laquelle l’effet que la musique procure à Nathaniel est formalisé par des jaillissements lumineux ou cette même haqiqa à laquelle fait écho la manière dont chaque lettre de son nom est épelée avec insistance par lui-même ou par Steve comme pour évoquer la détermination principielle que la science des lettres permet de tracer. Quant à la sharia, on peut la percevoir dans les injonctions que fait Steve à son ami de fréquenter le foyer social, de dormir sous un toit ou encore de suivre un traitement médicamenteux.
Mais donc, si l’on est tous un soliste à notre façon, qui est LE soliste, seul et unique, que le titre du film évoque. La réponse est sans doute dans cette scène de nuit où tous les « solistes » de la multitude humaine qui foisonne dans la rue sur laquelle donne le foyer social sont filmés en surimpression de Nathaniel couché dans cette même rue et qui, alors qu’il est sur le point de s’endormir et que Steve se trouve assis à ses côtés, récite le Notre Père.
N.h
300 , le film
Posté dans Arts et spectacles le 11 juin 2009
300 est un film américain réalisé par Zack Snyder, sorti en 2007.
En dehors de tout aspect historique, politique ou esthétique….permettons nous un point de vue traditionnel sur ce film.
Ce qui semble être une vision irréaliste, esthétisante, d’une certaine violence rabâchée par les séries télés et films actuels,dans un excès d’effets spéciaux et un choix critiquable de la mise en scène, est en fait la description d’un fait traditionnel comportemental. Cela semble avoir complètement et pratiquement échappé au réalisateur…comme fait à son insu, suggéré……
Les 300, dans ce film, ont réalisé le but ultime : l’unité en dehors de toute uniformité..rien de sentimental ou de moral dans leur attitude. Chacun des protagonistes a dépassé son égo et donc pacifié son âme pour un intérêt supérieur…C’est le processus d’un cheminant qui ,ayant maitrisé ses passions et mis au service de Dieu, atteint la liberté, pas celle toute illusoire qui permet à l’égo, « nafs » en arabe, de faire ce qui lui plait au service du monde mais bien celle qui permet au coeur de s’échapper vers les prairies de la seule réalité divine.
Ainsi pacifié, le moi se dissout. Il n’y a plus toi et moi, le nous de majesté existe. Un seul regard suffit à se comprendre, les règles de la communication des sens s’efface devant le face à face des cœurs.
Les 300 ne sont qu’Un.
Seule leur mission a de l’importance….seul le droit divin a sa place, je fais ce que Tu décides et non ce que je veux, alors les miracles s’accomplissent, peu importe la mort , qui gagne ou perd…le plan divin a ses lois que nous ne pouvons comprendre …
Chacun d’entre nous a la possibilité de parvenir à cela en unifiant son âme, en la pacifiant, combattant ses propres ennemis qui sont ….en lui. Le tassawuf par les voix et la Voie des maîtres en donne les moyens…
M.p