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A propos du Roi du Monde …
Posté dans Références traditionnelles le 25 juillet 2010
Le texte coranique auquel nous nous référons ici, pour un rapprochement entre ce que désigne R.G. par le ‘Roi du monde’ et la notion coranique énigmatique ‘DoulQarnayn’ est lui – même parsemé d’énigmes.
Mais nous sommes invités à aller au-delà de notre ‘raison’ habituelle. Trouver, en nous-mêmes, des perceptions profondes, subtiles, à fin que nous puissions recevoir la parole coranique en tant que message universel transcendantal, en résonance avec le savoir de notre âme et de ses aspirations.
Les énigmes du Coran
Il est possible de classer ces ‘énigmes’ par rubriques : les thèmes énigmatiques, les personnages mystérieux, les notions et les termes énigmatique. A quoi s’ajoutent les chiffres et les lettres, lesquels nous intéressent tout particulièrement : ceux sont des clés pour ‘entrer’ véritablement dans le texte coranique et comprendre la logique de ses énigmes.
Les thèmes coraniques ‘énigmes’ ont un caractère universels puisqu’on y retrouve les étapes de la création en six jours, des cieux et de la terre, le paradis et l’enfer, Adam et Eve, Noé et le déluge, Abraham et la connaissance astrologique de son époque, l’histoire de Joseph et ses multiples prodiges, le bâton de Moïse et les neuf ‘plaies d’Egypte’, le royaume fabuleux de Salomon , la civilisation de Saba avec sa religion solaire et sa reine au trône majestueux, etc.
Ensuite il y a des personnages mentionnés par le texte coranique mais qui demeurent enveloppés de mystère tel est le cas du prophète Saydouna Idris (Hermès ?), d’Al Khadir, de Doulqarnayn (l’homme aux deux cornes), etc.
En ce qui concerne les termes énigmatiques nous pouvons citer des vocables comme fourqan, qariâ, raqim, etc.
Quand aux chiffres et aux lettres, les interprètes soufis du Coran ont en fait toute une science ésotérique assez hermétique. on y retrouve la cosmogonie (les 6 jours de la création), l’astrologie (les 7 cieux, les 12 constellations, etc.), comme on y retrouve bien entendu les fameux lettres isolées du coran, les énigmes des lettres : ALM, YA SIN, etc.
Le processus initiatique
Pour aborder méthodiquement ce système d’énigmes et comprendre son dynamisme il fait passer par un processus composé de trois étapes successives : la première de nature initiatique, la deuxième d’ordre métaphysique et la troisième concerne les applications pratiques. C’est-à-dire qu’il faut d’abord éveiller en soi la perception intérieure, du cœur et de l’esprit, puis recevoir la connaissance directe au-delà des déformations des sens et des limites du mental, puis de s’engager dans l’action pure, débarrassée de toute considération personnelle et libérée des dualismes et des mesquineries habituelles de notre ego.
Ces modalités sont indiquées, d’une façon suggestive, dans la sourate de la Caverne où on y retrouve le niveau initiatique (grotte, mer, puit, compagnonnage), le niveau métaphysique (les chiffres et les lettres en tant que principes métaphysiques, des valeurs, des repères initiatiques et des forces cosmiques) et le niveau des ‘applications’ (contrer l’injustice des tirants, préserver ce qu’il y a de précieux et détruire le mal avant son apparition).
La Sourate du Kahf commence par le récit des ‘compagnons de la grotte’, suivit du récit concernant la rencontre de Moïse avec Al Khidr, puis le récit sur Doul Qarnayn, l’homme aux deux cornes (a).
Cette sourate nous trace en fait le schéma archétype du processus initiatique. Plusieurs auteurs se sont inspirés de ce schéma, René Guénon en particulier, dans son livre intitulé «le Roi du Monde » (b).
Dans ce livre, l’auteur commence par évoquer, à partir de témoignages rapportés par deux voyageurs en Asie, l’existence d’un monde souterrain mystérieux qui aurait des ramifications un peu par tout dans le monde (c).
A partir de là, une sorte d’investigation va commencer et prendre la forme d’un voyage initiatique, guidé par un ensemble de symboles et passant par une succession d’étapes.
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(a) Voir notre livre « Lecture soufi du Coran »
(b) René Guénon « Le Roi du Monde » Gallimard, édition 1958
(c ) Idem, page
Le Roi du monde
Il s’agit tout d’abord d’une quête : chercher un ‘secret’ particulier, un ‘trésor’ lointain ou une connaissance subtile. Dans tous les cas il s’agit de quelque chose de très précieux et, donc rare, occulté, caché ou perdu.
L’aspirant est motivé pour entamer sa recherche par certain mots à résonance ‘magique’ : Secret, Graal, trésor, source de jouvence, parole perdue, etc.
Dans la littérature soufie on a développé des notions comme : sirr, élixir, soufre rouge, ‘madad’. La quête est parfois motivée par la recherche du Nom ineffable de Dieu (Ism Allah aâdam).
René Guénon développe, en guise de symbole activant la recherche, la quête du Graal, en raison notamment de son impact dans la mémoire collective en Occident (a).
Une condition est nécessaire pour se lancer dans ce genre d’aventure : l’aspirant doit avoir ‘l’intention’, être sincèrement motivé. René Guenon utilise ce vocable ‘l’intention’ selon la signification du mot arabe ‘Niya’. C’est l’intention de l’aspirant, son état intérieur qui oriente le déroulement des événements autour de lui.
Voilà donc notre aspirant motivé, prêt pour se lancer dans la recherche de son précieux ‘idéal’. Où va-t-il se diriger ? Comment peut-il être guidé ? Cela commence toujours avec un ‘voyage’, une rupture avec le passé et une aspiration à quelque chose de nouveau. Dans son voyage initiatique Moïse, que le Coran nous donne pour exemple, va faire la traversée du désert. Après quoi il va y avoir une rencontre providentielle avec un sage, un vieillard qui semble bien connaître le cheminement et ses secrets…
Quand l’aspirant trouve son maître, il ne va plus alors rencontrer dans son voyage, que des endroits fabuleux. Quand il arrive à une source ou un puit, c’est la source de jouvence, quand il arrive à une terre c’est « la terre des bien heureux », etc. Comme il s’agit en fait d’une ‘voyage’ intérieur, c’est l’état intérieur qui compte, quant l’état de l’aspirant change, sa perception des choses change également. Quand son cœur devient vivant tout devient ‘spirituel’ autour de lui.
En guise d’exemples d’endroits fabuleux, René Guénon nous cite la ‘montagne polaire’, Alborj, ‘la terre de l’immortalité’ ‘la montagne blanche’ ‘la terre des bien heureux’, la ville de louz, ‘l’île verte’, ‘la terre des vivants’, etc.
Mais cela ne doit pas nous cacher que l’aspirant passe aussi par beaucoup d’épreuves et de perturbations comme cela est illustré, symboliquement par la ‘traversée houleuse’ de ‘la mer des ténèbres’. Mais finalement, avec beaucoup de persévérance d’ailleurs, l’aspiration arrive à destination, à ce ‘fameux monde’, à une caverne à l’intérieur d’une montagne située dans une île. Cette image condensée est symbolisée par les trois lettres isolées du Coran ‘Qaf, Sad, Nùn : La mer ‘bahr Nun’, l’île ‘jazirat Sad’ et la montagne ‘jabal Qaf’.
Ce symbolisme, du point de vue ésotérique, est représentatif de cet ensemble qu’est le cœur de l’homme (Qaf / qalb), sa poitrine ( Sad / sadr) et son corps ( Nùn).
Il renvoie également à l’existence, quelque part, d’un centre spirituel central, une structure occulte qui, tout en étant à l’abri des vicissitudes de ce monde, semble jouer un rôle important pour sa direction et son destin…
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(a) La légende Graal, écrite au XII e siècle, est centrée sur le Graal, lequel serait une coupe (ou un vase) contenant « le sang du Christ ». Le vase, lui, aurait toute une histoire qui remonterait au séjour d’Adam au Paradis. En forme de cœur, ce vase aurait été taillé dans une émeraude originaire du Paradis et aurait appartenu à Adam avant la chute de ce dernier. La légende ne dit pas où et par qui le Graal fut conservé jusqu’à l’époque du Christ, ni comment fut assurée sa transmission. Mais l’histoire du Graal semble se dérouler sous forme de disparitions mystérieuses et de récupérations par un centre spirituel ou même par plusieurs, successivement.
«Après la mort du Christ, le saint Graal fut, d’après la légende, transporté en Grande-Bretagne par Joseph d’Arimathie… Alors commence à se dérouler l’histoire des chevaliers de la Table ronde et leurs exploits (…). La Table ronde était destinée à recevoir le Graal lorsqu’un des chevaliers serait parvenu à le conquérir et l’aurait apporté de Grande-Bretagne en Armorique». Cette Table ronde est un symbole à associer à l’idée de « centre spirituel », sa forme circulaire est liée au cycle zodiacal, quant à la présence des douze personnages (liée, dans la mentalité chrétienne aux douze Apôtres), c’est en fait «une particularité qui se retrouve dans la constitution de tous les centres spirituels».
Derrière cette légende, il est toute une activité d’un ensemble d’organisations : les chevaliers, les templiers, les gardiens du temple, etc. (Voir : René Guénon.’ Symboles de la science sacrée’)
L’homme aux deux cornes (Doul qarnayn)
Il s’agit donc d’une hiérarchie de saints, appelée ‘Diwan’ en arabe, Agarttha selon d’autres traditions, avec au sommet, une autorité suprême appelé ‘le Roi du Monde’ dans le livre de René Guénon.
A ce propos, l’auteur explique que ce titre désigne un Principe, une autorité spirituelle, principe qui peut être assumé par un homme archétype, représentant ce pouvoir dans notre monde terrestre. Ce principe peut être manifesté par un centre spirituel, par une organisation chargée de conserver l’intégrité du dépôt de la tradition sacrée d’origine «non humain ».
‘Le Roi du Monde’ désigne une autorité suprême détenant le double pouvoir, à la fois sacerdotal et royal, le pouvoir politique et pouvoir spirituel. Ce qui nous amène évidement à faire le lien entre la notion tradition de ‘Roi du monde’ et le symbolisme qu’exprime le coran par l’appellation : L’homme aux deux cornes (Doul qarnayn), les deux cornes représentant la réunion en une seule personne des deux pouvoirs, le temporel et l’intemporel.
D’après René Guénon : du témoignage concordant de toutes les traditions, une conclusion se dégage, c’est l’affirmation qu’il existe un centre spirituel par excellence, généralement ‘occulté’, et auquel tous les centres sont subordonnés (a)
«Nous ne prétendons pas avoir dit tout ce qu’il y aurait à dire sur le sujet, conclue René Guénon, (…) mais nous en avons dit bien plus qu’on ne l’avait fait jusqu’ici, et quelques-uns seront tentés de nous le reprocher… » Il reconnaît « qu’il y ait lieu d’envisager une question d’opportunité lorsqu’il s’agit d’exposer publiquement certaines choses d’un caractère quelque peu inaccoutumé » (b).
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(a) René Guénon « Le Roi du Monde » Gallimard, édition 1958, p. 95
(b) Idem p. 97
BR-ER
Considérations ésotériques sur la métaphysique
Posté dans Références traditionnelles le 28 mars 2010
Il est une parole de René Guénon tirée de son livre Initiation et Réalisation Spirituelle qui est une véritable invitation au seuil de la porte Divine, qui synthétise avec clarté nombre de considérations sur la métaphysique, et qui confronte le lecteur à l’orthodoxie de la doctrine traditionnelle d’une façon abrupte et sans équivoque possible ; en effet, René Guénon nous dit qu’aucune conception métaphysique n’est possible sans entrer dans la « Grande Solitude ».
Arrêtons-nous sur cette notion de « Grande Solitude » en précisant tout de suite qu’il ne s’agit pas d’isolement, car l’ascèse, loin d’être le fait de se réfugier sur une montagne, consiste au contraire à vivre notre modernité tout en conservant notre authenticité, et c’est un point très important à souligner, que le cheminant sur une voie spirituelle a une participation active au sein de la société dans laquelle il se trouve, « le corps dans la boutique, le cœur chez Dieu » disent les Soufis.
Alors de quelle solitude s’agit-il ? Disons tout de suite que le Soufi est intérieurement avec Dieu et extérieurement avec les hommes, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une solitude intérieure et non extérieure, et donc ce que l’on peut dire de la « Grande Solitude » est très exactement lié à la doctrine de l’unicité Divine, at-Tawhid. Précisons en quoi la doctrine de l’unicité Divine peut et même doit conduire l’être humain à un tel état, mais avant, souvenons-nous de l’insistance avec laquelle René Guénon a indiqué que le but final de l’initiation était la Délivrance vis-à-vis de la manifestation, Moksha, ou encore cette parole énigmatique relevée dans Aperçus sur l’ésotérisme Islamique et Taoïsme, « Le Soufi n’est pas une créature », pour nous arrêter là et montrer à l’internaute l’élévation de la sphère dans laquelle est invité le lecteur guénonien.
Toutes les doctrines traditionnelles possèdent cette notion d’unicité Divine, et l’Islam est la forme qui insiste le plus sur cette affirmation, pour des raisons tenant à l’obscurcissement de la vision spirituelle des hommes durant notre période critique. Or selon la doctrine de l’unicité Divine, les créatures sont dénuées de force, ne peuvent ni nuire ni profiter, et ne possèdent pas d’existence autonome. Nombreuses sont les traditions prophétiques qui invitent à la sagesse, par la prise de conscience de l’indigence des créatures, et donc le détachement et l’autonomie vis-à-vis de celles-ci. Les Saints disent : « Les créatures sont la porte et le voile ». Ce qui est voilé, c’est l’agent unique, tel la conscience universelle trônant au centre d’un royaume peuplé de marionnettes qui tiendraient d’elle à la fois leur existence et leur activité. Il n’y a donc que Lui qui est Allah, et la Nafs, l’âme en tant qu’elle croit être séparée, se pose en contre-pouvoir, mais bien-sûr de façon illusoire. En d’autres termes, l’être humain est éternellement seul face à son Seigneur, mais seule l’initiation peut lui restaurer la conscience de cet état, qui en même temps est libération, purification, unification, et dépouillement intérieur.
Ce qui vient d’être dit est précisément ce qui a fait dire à des Saints : « Mon ambition est de devenir l’unique esclave de Dieu », « Voir autre que Dieu revient à apostasier », « Quiconque tu détestes, tu ne détestes que Ton Seigneur » ou « Mes yeux n’ont jamais vu que Toi ». René Guénon précise dans son livre « La métaphysique orientale » : « La connaissance métaphysique n’est pas quelque chose de nouveau », « elle n’est pas le produit de quoi que ce soit », et dit qu’il s’agit de la prise de conscience de « ce qui est ». Voici donc, le fameux retournement. Ce n’est pas en tant qu’être humain que l’homme peut avoir cette connaissance. Ce point est essentiel. La Voie amène celui qui la parcourt à réaliser que lui et le monde ne sont pas ce qu’il croyait être, qu’il est, selon l’expression d’un Saint, « là où il a toujours été après n’être plus, là où il n’a jamais été » ; ou encore : « après qu’a disparu ce qui n’a jamais été, et que soit apparu ce qui n’a jamais disparu », « Dieu était seul, et aucune chose avec Lui, Il est maintenant tel qu’Il a toujours été ». Un Maître de la Voie de nos jours, dit en ces termes : « Celui qui est arrivé à voir l’Unité, ne voit plus qu’Elle. Il s’aperçoit que les formes humaines ne sont qu’illusions. Chaque étape est plus belle que la précédente . »
C’est l’état intérieur de celui qui est éveillé dans la Vérité, tandis que les autres êtres humains le perçoivent comme ils se perçoivent eux-même, c’est-à dire dans le monde. Cet état, qui en même temps est félicité, n’est pas descriptible et est à peine perceptible et réclame une grande vigilance, car il faut s’adresser à chacun selon son niveau, et mettre chaque chose à sa place. Jésus ne disait-il pas à Ses disciples : « Ne vous souciez pas de se que vous répondrez à vos accusateurs, car à ce moment-là ce n’est pas vous qui parlerez mais le Saint-Esprit ». Comprenons-que pour l’Homme qui est retourné au Centre du Monde, le souci est d’y demeurer et de s’y enraciner, et de laisser les évènements suivre leur cours sans les rechercher, ni les esquiver, ni s’y identifier. Le non –agir est en fait l’activité suprême, la plénitude de l’être, pour qui un « cœur chaud » et « voyant la lumière Mohamédienne en toute chose » n’est pas lettre morte.
Pourquoi de telles considérations dans un site internet qui se veut ancré dans l’actualité de l’œuvre de René Guénon ? C’est que l’humanité est actuellement dans une période critique, et ce à tous les niveaux. Il semble de plus que les solutions proposées sont le plus souvent destinées à aggraver l’état de confusion général, ne procédant jamais de l’intérieur mais de l’extérieur, ne consistant qu’en vaines réformes contingentes, écrans de fumée qui aggrave sans cesse cette myopie ambiante qui tend à solidifier et dissoudre ce monde, et qui fait apparaître l’autre monde au mieux comme un rêve lointain quand on est pas encore gagné par cette cécité générale et contagieuse. « Dieu ne change pas un peuple tant que celui-là ne change pas ce qu’il porte en lui-même » nous dit le Coran. Nous voyons maintenant pourquoi les considérations préliminaires sur la connaissance métaphysique ne sont pas déconnectées de notre préoccupation actuelle. La clé de la compréhension de cela est ce qui fut dit précédemment à propos de l’éveil de cet être engagé dans une voie spirituelle, qui comprend que lui et le monde ne sont pas ce qu’il croyait être. Pourquoi lutter quand on sait que la vie est un rêve, que l’éveil est meilleur et plus profitable, et qu’en plus il procure la Paix, qui elle par contre est le régulateur des activités le plus efficace ; le connaisseur de l’unité agit de la meilleure façon, impartial, sa volonté étant identifiée à celle du Divin. Nous voyons aujourd’hui des sages resplendissant de joie dans des conditions de vie difficile, or cette joie est justement, le médicament, la bonne santé, la guérison,…ce médecin qui est la lumière qui luit dans les ténèbres. «Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et Sa Justice, le reste vous sera donné de surcroît » dit l’Evangile, avertissant, « Celui qui cherche à conserver sa vie, la perdra ». La Solution vient donc toujours d’en haut, et il ne peut en être autrement, si ce n’est que illusoirement et temporairement. Mais n’est-ce pas cette emprise de l’illusion qui est condamné à disparaître ? Le triomphe de l’erreur si éclatant soit-il n’a qu’un temps, celui de la Vérité est pour toujours. Les Sages ont toujours cherché à tranquiliser les Cœurs en rappelant à l’Homme le caractère illusoire du Monde et en les guidant dans le chemin de restauration de leur perception de la Divinité. Ainsi, c’est à un changement d’orientation auquel est invitée l’humanité entière, et nous venons de voir à partir de l’œuvre de René Guénon pourquoi il ne peut pas en être autrement.
A quoi peut bien servir la lecture de René Guénon ?
Posté dans Références traditionnelles le 7 mars 2010
Il y a des écrits qui ne meurent jamais. Qui, en n’importe quel lieu et à n’importe quel moment où l’on s’y penche, nourrissent nos perceptions, affinent notre jugement et répondent aux multiples perplexités que provoque en nous ce monde.
L’œuvre, ô combien magistrale, de René Guénon s’inscrit dans cette lignée.
Né à Blois en 1886, René Guénon n’aura de cesse toute sa vie de mettre en garde contre les dérives de la modernité et d’appeler à revenir à la civilisation traditionnelle, selon la définition qu’il en donne dans Orient et Occident: « Une civilisation qui repose sur des principes au vrai sens du mot, où l’ordre intellectuel domine tous les autres, où tout en procède directement ou indirectement, et qu’il s’agisse de sciences ou d’institutions sociales, n’est en définitive qu’applications contingentes, secondaires et subordonnées de vérités purement intellectuelles ».
A contre-courant des modernistes et de leurs idées de progrès, René Guénon s’attache à démontrer que la civilisation occidentale est en crise. Détachée de la conscience de Dieu depuis bien trop longtemps déjà, ignorante de la connaissance même d’une Tradition primordiale, elle est en plein déclin. L’œuvre de cet auteur est cependant bien plus qu’une simple critique de la modernité à laquelle on a eu trop tendance à la cantonner. Bien plus que cela, elle est un véritable support à la quête d’une élévation intérieure.
Ainsi à la question si souvent posée: « A quoi peut bien servir la lecture des ouvrages de Guénon, si ce n’est à satisfaire un besoin intellectuel ? », la réponse paraît si évidente qu’il semble presque futile de l’énoncer: à justement se libérer de cette héritage rationaliste, à en mesurer l’absurdité afin de tenter de revenir à la religion, la sacralisation du quotidien. Celui qui prévaut par rapport à tout.
Est-il utile de le rappeler ? Les écrits de Guénon ne sont pas une finalité en soi. Ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. René Guénon l’a d’ailleurs martelé: il n’est pas un maître spirituel et ne peut en aucun cas se substituer à l’enseignement de ce dernier. Il se veut un simple éveilleur des consciences. Un éveilleur qui fournit un guide pratique à destination de celui ou celle qui désire ardemment cheminer. En s’attachant à lever les voiles qui obscurcissent la vraie connaissance de ceux nés au sein d’une civilisation anti-traditionnelle, nourris au lait du rationalisme et de l’individualisme, à ceux qui ont oubliés la solidarité dans le lien social, familial, la vertu, la noblesse du comportement, René Guénon prépare l’esprit à embrasser une quête spirituelle, un cheminement qui mène à la liberté.
De la naissance de la philosophie (profane), en passant par la désagrégation de la chrétienté, jusqu’à la Renaissance et la Réforme qui « consomment la rupture définitive avec l’esprit traditionnel », ou encore la proclamation de l’agnosticisme au XIXe siècle, cet auteur (de génie) passe en revue les phases successives qui ont conduit à l’état de déchéance actuelle de la civilisation occidentale.
Une partie de son œuvre représente ainsi une véritable entreprise de démystification. Démystification en premier lieu des schémas de l’intellectualité occidentaux: le rationalisme, le matérialisme et l’individualisme, héritage direct de l’humanisme. Démystification aussi des thèses de ceux qui par « inaptitude métaphysique » sous-estiment la vérité des doctrines ésotériques orientales. Démystification enfin de l’interprétation de certains termes volontairement ou non galvaudés (« initiation », « ésotérisme », « mystique » etc.) auxquels il s’attache à redonner leurs sens véritables.
René Guénon amène, ensuite, aussi le lecteur à comprendre ce qu’est la Tradition, dans son sens le plus profond et l’invite à se tourner vers l’Orient, là où demeure « le véritable esprit traditionnel ». Son jugement est d’ailleurs sans appel: le redressement de l’Occident ne pourra se faire qu’au contact de l’Orient, seule dépositaire du secret spirituel, de l’Islam dans sa plénitude.
Au-delà de tout cela, Guénon fournit surtout une direction doctrinale et dresse les conditions d’une initiation effective: le rattachement à une organisation initiatique authentique, sous la guidance d’un maître spirituel qui a reçu l’autorisation divine de transmettre son enseignement et est détenteur de l’influence spirituelle. Une réalité vivante quand ce Guide s’inscrit dans une chaîne remontant à un Envoyé, comme il a lui même pris le pacte des mains d’un Shaykh d’une Tariqâ (organisation initiatique authentique et vivante), comme il en existe de nos jours en occident.
Que de temps gagné à la lecture de ses ouvrages ! Une lumière dans les dédales des pseudo-traditions et autres mouvances « néospiritualistes » si nombreuses à notre époque; un support pour se libérer de nos barrières mentales et pour progresser vers les états supérieurs de notre être en connaissant les fondements de toute quête spirituelle authentique et en mesurant enfin toute la préciosité. Voilà ce à quoi, entre autres, peut servir la lecture de René Guénon.
Au final, cet homme qui se voulait simple nous offre une œuvre, multiple et complexe, au sein de laquelle il a su disparaître et effacer toute trace d’individualité pour laisser place à l’émergence de la doctrine traditionnelle. La seule qui puisse conduire à la réalisation spirituelle.
e.LF
L’Islam en France, un peu de douceur dans une société déshumanisée …
Posté dans Références traditionnelles le 7 janvier 2010
Chaque musulman est responsable de sa religion, devant Dieu, devant les hommes selon sa nature et sa place assignée. Sans prétendre me substituer aux savants, mon opinion aura une valeur de témoignage. Je suis français, occidental par ma naissance bien que né en Afrique du nord, musulman par choix.
Certains parlent de « conversion », je dirais mon « orientation » s’est opérée il y a quelques années déjà …
Serais-je un détraqué, masochiste ? Un faible d’esprit me retranchant derrière une communauté ? A lire les commentaires des médias, je ne peux me retrouver dans des descriptions issues de rumeurs, nourries par la crainte, la peur, le rejet ou la haine. L’ignorance, tant décriée par les journalistes ou intellectuels de tous bords, règne et impose sa loi en ce qui concerne la compréhension de l’Islam.
Cette situation dans une société « laïque », terme à définitions variables selon les circonstances, mène à des aberrations d’autant plus ennuyeuses qu’elles touchent à la capacité de compréhension dans la communauté musulmane elle même … ! Une frange des musulmans français, occidentaux, pensent en effet qu’il faut justifier notre religion par rapport à ce tissu d’erreurs … Transformant ainsi la Révélation divine en une sucrerie issue de l’imagination humaine, toute empreinte d’un affectif dommageable, vidant de son contenu la parole divine n’en laissant qu’une image déformée. Un peu comme un maquillage cachant maladroitement un visage abimé par l’outrage du temps alors que l’Islam est d’une éternelle jeunesse n’ayant besoin que de cœurs sincères pour être relayé dans ce monde.
La rigueur nécessaire à l’application, selon sa compréhension, des règles pour gouter à l’absolu est alors taxé d’ « intégrisme » ou « d’obscurantisme » de la même façon que peut l’être l’approche contraignante, manichéenne, prosélyte d’une faction intégriste de la communauté ou de certaines sectes qui se parent des couleurs de l’islam comme elles auraient pu se parer en d’autres temps des couleurs du christianisme ou du judaïsme.
Le secret réside certainement dans l’idée de « compréhension selon sa nature ». Pour comprendre et gouter aux secrets de l’Islam, une part de recherche, d’étude, d’apprentissage du dogme est requise, sans cela l’imagination remplace le savoir et l’opinion se croit connaissance. Un effort conséquent est demandé aux croyant : l’étude de sa religion. Lecture du Coran, de la Sîra, du hadith, de la biographie des compagnons, des textes de nos pieux savants, des maîtres … Ce savoir illuminera le mental. Cet étude renforcée par les obligations cultuelles : prières, jeûne, aumônes, pèlerinage à la Mecque, profession de foi et par les invocations surérogatoires deviendra vivante, sera actualisée en permanence.
D’autre part, penser que l’Islam fait peur est un non sens … Un croyant peut-il penser que Dieu fait peur ? Que le Coran fait peur ? Que le Prophète fait peur ? ……Une incompréhension, née de la confusion et de l’ignorance associées à des réactions égotiques de rejet de l’effort nécessaire à se conformer aux obligations sacrées, mène à l’inversion.
S’appliquer à l’imitation du Prophète Mohammed (p.s.l) est le processus (transmis par une chaîne ininterrompue identifiable …) qui permet de vivre au quotidien le Coran. La méthode en est prophétique : Le Prophète a invoqué avec les premiers disciples pendant 13 ans dans la maison d’Al Arkam avant d’avoir l’autorisation de divulguer le Coran. L’invocation est la clef de l’Islam. Nouveau et dernier message de Dieu, celui-ci a été enseigné avec une admirable douceur et pédagogie dans un milieux des plus hostiles et ignorants sans aucune concession aux ordres divins.
Un noyau d’invocateurs a été, dans un premier temps, imbibé, transformé, le cœur de chacun des compagnons s’illuminant, avant de pouvoir communiquer à « l’extérieur ». Le comportement devenant le porte-parole de la bonne nouvelle. Le support de la communication « horizontale » étant une modalité enfouie au fond des êtres, recouvertes du tissu des sens. Pour libérer cette « énergie » clairvoyante, seule en mesure de « percuter » les consciences, le Prophète nous indique la méthode purificatrice: le dhikr, répétition de la formule : La ilaha illa Allah.
L’Homme ne devient pas pour cela « plus intelligent » dans le sens moderne du terme mais plus aimant dans le sens traditionnel. Sa conscience se tourne (s’oriente) vers Dieu. Les épousailles commencent dés lors ; l’Unité, pour le moins la conscience de l’Unité, remplace progressivement la qualité « réflexive » du mental. Mental court-circuité par la fulgurance de l’Intellect directement relié à la Vérité. L’Homme goûte ainsi à l’Amour totalisant l’ensemble des vertus, la plus haute des stations spirituelles dans l’Hagiographie.
Comprenons bien que nous ne sommes pas dans le concept, mais dans un changement comportemental. Nous percevons maintenant l’inanité de cette théorie d’un Islam particularisé (par exemple « de France »). La fausseté de cette thèse repose sur une incompréhension profonde. L’extérieur procédant de l’intérieur, il y a impossibilité de conformer le sacré par rapport au profane, le moins ne peut que se résorber dans le plus. L’Islam, Universel par nature, ne peut que couler sans entraves, épousant toutes les formes qui se résorbent en lui.
Vivifié en permanence, l’Islam ne peut que rendre meilleur, au sens de sacralisé, l’individu qui devient ainsi une force positive dans son environnement, une valeur ajoutée à la société qui l’accueille. Le suc qui coule en lui se diffuse par capillarité et non par prosélytisme. Pour cela le dogme ne peut être transigé, garant de la véracité de la Révélation divine. Il en devient le cadre nécessaire non négociable. Position comprise (du latin : comprehendo, unir ou lier; comprehendere, saisir, embrasser par l’intelligence) par l’invocateur musulman au centre, dans le cœur, de sa tradition, il en devient un fruit, les règles assimilées par lui seul, il ne les imposent pas. Le croyant, Homme de foi, sera un vecteur de la pollinisation divine.
La sève coulant de son cœur imprègnera toutes formes, leur donnant un goût différent. L’Homme d’invocations n’impose rien, il est protégé du profane.
De cette analyse, il en ressort que l’Islam en France est une notion plus juste traditionnellement que l’Islam de France qui peut s’avérer être une porte ouverte à toutes les inversions.
M.p
La Tradition
Posté dans Références traditionnelles le 11 juin 2009
La tradition, ce terme dont le sens originel a tellement été galvaudé par son usage dans le discours actuel, René Guénon nous réconcilie pleinement avec la dimension profonde à laquelle il renvoie. Un recours à l’étymologie(du latin traditio, tradere, de trans « à travers » et dare « donner », « faire passer à un autre, remettre ») s’avère d’ailleurs à ce titre particulièrement intéressant pour la compréhension du mot tradition comme héritage immatériel que les écrits de René Guenon ont vocation à situer sur le plan spirituel. En dénommant « tradition » ce que communément nous appelons « religion », il transcende l’ambivalence du lien auquel le terme « religion » renvoie (a la fois lien avec le divin et lien communautaire entre les hommes) pour envisager dans un même élan les formes multiples avec lesquelles Dieu a choisi de rendre possible à l’homme Sa connaissance dans la contingence que représente pour celui- ci les données de l’époque dans laquelle il vit. Abstraction faite de ces contingences, c’est donc à l’appréhension de l’unité fondamentale des traditions que nous invite René Guénon, manifestations de cette Tradition primordiale que notre père Adam a reçue comme legs de son Seigneur.
Ainsi, loin, très loin de la célébration de la survivance de pratiques ou croyances populaires, car il nous faudrait alors selon toute rigueur étymologique parler de superstition et non de tradition, c’est à la contemplation d’un dépôt sacré universel que nous sommes appelés.
N.h