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Témoignage sur l’art

Dans un article nommé « Sur la ‘Glorification du travail’ » tiré de l’ouvrage « Initiation et réalisation spirituelle », René Guénon part de la définition de l’art comme « l’imitation de la nature dans son mode d’opération », unissant ainsi les arts et les métiers dans un point de vue unique de « conformité à l’ordre ». L’ordre, c’est Rita, c’est-à-dire que pour parler de tradition on doit envisager le point de vue rituel dans lequel moyen et fin sont fondus sans confusion. Dans un article sur le symbolisme de l’épée en Islam, René Guénon affirme en effet que l’effort personnel, le Djihad Nafs,  est à la fois le moyen d’atteindre la Paix mais aussi l’activité propre de celle-ci. En d’autres termes, si on devait dire que la participation à un rite consiste à être au seuil de la porte, il convient de signaler que le seuil se suffit à lui-même. C’est à dire que l’on ne se tourne pas vers le Divin nécessairement pour atteindre un but, mais que le simple fait de se tourner vers le Divin est en soi le but.

Nous venons de voir que la conception traditionnelle de l’art est liée à celle du rituel, de Rita, c’est à dire de l’ordre. Par cette conformité, l’artisan humain cherche à imiter l’Artisan Divin, non pas dans ses effets, mais dans ses causes, c’est à dire par « un verbe conçu dans l’intellect ». On voit que l’art est indissociable de la vie contemplative dont elle tire ses principes et son inspiration. L’œuvre d’art est ainsi l’expression de « l’acte propre » de l’être par lequel la nature passe de la puissance à l’acte, il ne s’agit de rien d’autre que la recherche de l’union avec le Divin Créateur. Nous sommes bien loin ici de la conception profane de l’art et de son florilège de notions mondaines telles l’esthétisme ou les préoccupations d’ordre économique. N’oublions pas que les anciens identifiaient purement et simplement le Beau avec le Vrai. On pourrait dire en faisant un raccourci, que l’art dans sa compréhension originelle est un Yoga, ou encore qu’il est une recherche de la Vérité.

A l’image d’un centre spirituel, une école de musique, tout comme un centre d’arts martiaux, se présente non pas comme une école où on dispense un savoir livresque, mais comme une école de vie, où s’enseigne avant tout l’humilité, par le travail sur soi, et la recherche d’une discipline. « Le Maître est le dernier des disciples » disent les Soufis. Ici, Maître et disciples sont les visages multiples d’une seule réalité, les miroirs multiples conduisant l’âme à son éveil et son éducation. Le Maître d’arts martiaux dira que l’on doit chercher la Vérité d’un geste quand le Maître de Musique professera que la technique doit servir le goût. Ici comme là, c’est la quête de justesse et de profondeur qui est centrale. Sincérité et Authenticité sont la clé de voûte de l’accomplissement de l’œuvre d’art. Les moyens utilisés sont la concentration et la maîtrise de Soi. Sans oublier la présence d’une science particulière, directement liée au processus alchimique, à savoir la science du Rythme, la répétition d’une technique en vue de sa Maîtrise et de la compréhension de son sens profond.

On ne pourrait traiter exhaustivement tous les développements que ce sujet comporte en lui-même. Ces quelques lignes tentent de faire voir en quoi l’origine non-humaine de l’art pouvait être le garant d’un support à la transformation de soi, tout en montrant l’unité de fond des formes traditionnelles à partir de l’œuvre de René Guénon, son défenseur  compétent.

Y.P

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