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Psychanalyse, psychologie et autres sectes pour la contre-initiation
Posté dans Société le 19 avril 2010
La psychanalyse est l’inverse de la religion. En effet, elle présente la conscience comme un état se développant uniquement vers le bas; ainsi, le « subconscient » devient il un tout avec le « moi », le « surmoi », jusqu’à devenir même « inconscient » dans le vocabulaire des psychanalystes, donc la négation de la conscience.
Rappellons que la conscience est lié à l’état humain (c’est une des modalités de l’individualité liée au mental), « s’étendant » indéfiniment . Il est remarquable que la psychanalyse ne considère que le « bas ».
« ….c’est à dire du côté qui correspond, ici dans l’être humain comme d’ailleurs dans le milieu cosmique, aux « fissures » par lesquelles pénètrent les influences les plus « maléfiques » du monde subtil, nous pourrions même dire celles qui ont un caractère véritablement et littéralement « infernal ». [règne de la quantité …. page 223.RG.Gallimard].
La psychologie, aujourd’hui intimement liée à la psychanalyse, adopte les mêmes théories.
Nous pouvons dire également que la philosophie profane participe à ce « renversement » des valeurs.
Notre première constatation est qu’il y a un « réseau » d’influences participant à la coupure de l’homme d’avec les états supérieurs de l’Etre, coupure qui permet de plonger l’homme dans « le bourbier » ne lui laissant aucune issue pour s’extraire de ses possibilités les plus basses pour cheminer vers Dieu.
Notre deuxième constatation est que ces influences sont si répandues qu’elles imprègnent également certaines sociétés initiatiques « tabaruks » (qui n’ont pas la vivification de l’influence spirituelle par un maître vivant). Ces sociétés initiatiques tabaruks tiennent légitimement le dépôt initiatique par une chaîne authentifiée remontant de Maîtres en Maîtres, de Prophètes en Prophètes jusqu’à la source Divine.
Notre troisième constatation est que notre monde est imbibé de ces suggestions par le biais de « pseudos » vérités (donc d’erreurs, puisque la Vérité est exclusive) diffusées par tous les médias relayant les milieux « scientifiques » et institutionnels, confinant l’homme à s’enfermer dans ses illusions.
Certains, au comble du désespoir, tentent de s’échapper de cette prison avec des moyens qui tuent : drogue, alcool pour « oublier »; d’autres tentent de s’enfuir par la spiritualité. Leur état d’ignorance est tel que la plupart sont récupérés par des sectes, elles mêmes outils relais de ce réseau maléfique, leur offrant une parodie de spiritualité.
René Guénon nous a donné les clefs de compréhension des codes de fonctionnement de cette véritable « armée contre initiatique ».
N’oublions pas que sans Maître vivant « nous voyageons avec satan » nous dit la Tradition, logiquement celui ci éduque par les codes de la dernière révélation : l’Islam.
M.P
Considérations ésotériques sur la métaphysique
Posté dans Références traditionnelles le 28 mars 2010
Il est une parole de René Guénon tirée de son livre Initiation et Réalisation Spirituelle qui est une véritable invitation au seuil de la porte Divine, qui synthétise avec clarté nombre de considérations sur la métaphysique, et qui confronte le lecteur à l’orthodoxie de la doctrine traditionnelle d’une façon abrupte et sans équivoque possible ; en effet, René Guénon nous dit qu’aucune conception métaphysique n’est possible sans entrer dans la « Grande Solitude ».
Arrêtons-nous sur cette notion de « Grande Solitude » en précisant tout de suite qu’il ne s’agit pas d’isolement, car l’ascèse, loin d’être le fait de se réfugier sur une montagne, consiste au contraire à vivre notre modernité tout en conservant notre authenticité, et c’est un point très important à souligner, que le cheminant sur une voie spirituelle a une participation active au sein de la société dans laquelle il se trouve, « le corps dans la boutique, le cœur chez Dieu » disent les Soufis.
Alors de quelle solitude s’agit-il ? Disons tout de suite que le Soufi est intérieurement avec Dieu et extérieurement avec les hommes, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une solitude intérieure et non extérieure, et donc ce que l’on peut dire de la « Grande Solitude » est très exactement lié à la doctrine de l’unicité Divine, at-Tawhid. Précisons en quoi la doctrine de l’unicité Divine peut et même doit conduire l’être humain à un tel état, mais avant, souvenons-nous de l’insistance avec laquelle René Guénon a indiqué que le but final de l’initiation était la Délivrance vis-à-vis de la manifestation, Moksha, ou encore cette parole énigmatique relevée dans Aperçus sur l’ésotérisme Islamique et Taoïsme, « Le Soufi n’est pas une créature », pour nous arrêter là et montrer à l’internaute l’élévation de la sphère dans laquelle est invité le lecteur guénonien.
Toutes les doctrines traditionnelles possèdent cette notion d’unicité Divine, et l’Islam est la forme qui insiste le plus sur cette affirmation, pour des raisons tenant à l’obscurcissement de la vision spirituelle des hommes durant notre période critique. Or selon la doctrine de l’unicité Divine, les créatures sont dénuées de force, ne peuvent ni nuire ni profiter, et ne possèdent pas d’existence autonome. Nombreuses sont les traditions prophétiques qui invitent à la sagesse, par la prise de conscience de l’indigence des créatures, et donc le détachement et l’autonomie vis-à-vis de celles-ci. Les Saints disent : « Les créatures sont la porte et le voile ». Ce qui est voilé, c’est l’agent unique, tel la conscience universelle trônant au centre d’un royaume peuplé de marionnettes qui tiendraient d’elle à la fois leur existence et leur activité. Il n’y a donc que Lui qui est Allah, et la Nafs, l’âme en tant qu’elle croit être séparée, se pose en contre-pouvoir, mais bien-sûr de façon illusoire. En d’autres termes, l’être humain est éternellement seul face à son Seigneur, mais seule l’initiation peut lui restaurer la conscience de cet état, qui en même temps est libération, purification, unification, et dépouillement intérieur.
Ce qui vient d’être dit est précisément ce qui a fait dire à des Saints : « Mon ambition est de devenir l’unique esclave de Dieu », « Voir autre que Dieu revient à apostasier », « Quiconque tu détestes, tu ne détestes que Ton Seigneur » ou « Mes yeux n’ont jamais vu que Toi ». René Guénon précise dans son livre « La métaphysique orientale » : « La connaissance métaphysique n’est pas quelque chose de nouveau », « elle n’est pas le produit de quoi que ce soit », et dit qu’il s’agit de la prise de conscience de « ce qui est ». Voici donc, le fameux retournement. Ce n’est pas en tant qu’être humain que l’homme peut avoir cette connaissance. Ce point est essentiel. La Voie amène celui qui la parcourt à réaliser que lui et le monde ne sont pas ce qu’il croyait être, qu’il est, selon l’expression d’un Saint, « là où il a toujours été après n’être plus, là où il n’a jamais été » ; ou encore : « après qu’a disparu ce qui n’a jamais été, et que soit apparu ce qui n’a jamais disparu », « Dieu était seul, et aucune chose avec Lui, Il est maintenant tel qu’Il a toujours été ». Un Maître de la Voie de nos jours, dit en ces termes : « Celui qui est arrivé à voir l’Unité, ne voit plus qu’Elle. Il s’aperçoit que les formes humaines ne sont qu’illusions. Chaque étape est plus belle que la précédente . »
C’est l’état intérieur de celui qui est éveillé dans la Vérité, tandis que les autres êtres humains le perçoivent comme ils se perçoivent eux-même, c’est-à dire dans le monde. Cet état, qui en même temps est félicité, n’est pas descriptible et est à peine perceptible et réclame une grande vigilance, car il faut s’adresser à chacun selon son niveau, et mettre chaque chose à sa place. Jésus ne disait-il pas à Ses disciples : « Ne vous souciez pas de se que vous répondrez à vos accusateurs, car à ce moment-là ce n’est pas vous qui parlerez mais le Saint-Esprit ». Comprenons-que pour l’Homme qui est retourné au Centre du Monde, le souci est d’y demeurer et de s’y enraciner, et de laisser les évènements suivre leur cours sans les rechercher, ni les esquiver, ni s’y identifier. Le non –agir est en fait l’activité suprême, la plénitude de l’être, pour qui un « cœur chaud » et « voyant la lumière Mohamédienne en toute chose » n’est pas lettre morte.
Pourquoi de telles considérations dans un site internet qui se veut ancré dans l’actualité de l’œuvre de René Guénon ? C’est que l’humanité est actuellement dans une période critique, et ce à tous les niveaux. Il semble de plus que les solutions proposées sont le plus souvent destinées à aggraver l’état de confusion général, ne procédant jamais de l’intérieur mais de l’extérieur, ne consistant qu’en vaines réformes contingentes, écrans de fumée qui aggrave sans cesse cette myopie ambiante qui tend à solidifier et dissoudre ce monde, et qui fait apparaître l’autre monde au mieux comme un rêve lointain quand on est pas encore gagné par cette cécité générale et contagieuse. « Dieu ne change pas un peuple tant que celui-là ne change pas ce qu’il porte en lui-même » nous dit le Coran. Nous voyons maintenant pourquoi les considérations préliminaires sur la connaissance métaphysique ne sont pas déconnectées de notre préoccupation actuelle. La clé de la compréhension de cela est ce qui fut dit précédemment à propos de l’éveil de cet être engagé dans une voie spirituelle, qui comprend que lui et le monde ne sont pas ce qu’il croyait être. Pourquoi lutter quand on sait que la vie est un rêve, que l’éveil est meilleur et plus profitable, et qu’en plus il procure la Paix, qui elle par contre est le régulateur des activités le plus efficace ; le connaisseur de l’unité agit de la meilleure façon, impartial, sa volonté étant identifiée à celle du Divin. Nous voyons aujourd’hui des sages resplendissant de joie dans des conditions de vie difficile, or cette joie est justement, le médicament, la bonne santé, la guérison,…ce médecin qui est la lumière qui luit dans les ténèbres. «Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et Sa Justice, le reste vous sera donné de surcroît » dit l’Evangile, avertissant, « Celui qui cherche à conserver sa vie, la perdra ». La Solution vient donc toujours d’en haut, et il ne peut en être autrement, si ce n’est que illusoirement et temporairement. Mais n’est-ce pas cette emprise de l’illusion qui est condamné à disparaître ? Le triomphe de l’erreur si éclatant soit-il n’a qu’un temps, celui de la Vérité est pour toujours. Les Sages ont toujours cherché à tranquiliser les Cœurs en rappelant à l’Homme le caractère illusoire du Monde et en les guidant dans le chemin de restauration de leur perception de la Divinité. Ainsi, c’est à un changement d’orientation auquel est invitée l’humanité entière, et nous venons de voir à partir de l’œuvre de René Guénon pourquoi il ne peut pas en être autrement.
Témoignage sur l’art
Posté dans Arts et spectacles le 7 mars 2010
Dans un article nommé « Sur la ‘Glorification du travail’ » tiré de l’ouvrage « Initiation et réalisation spirituelle », René Guénon part de la définition de l’art comme « l’imitation de la nature dans son mode d’opération », unissant ainsi les arts et les métiers dans un point de vue unique de « conformité à l’ordre ». L’ordre, c’est Rita, c’est-à-dire que pour parler de tradition on doit envisager le point de vue rituel dans lequel moyen et fin sont fondus sans confusion. Dans un article sur le symbolisme de l’épée en Islam, René Guénon affirme en effet que l’effort personnel, le Djihad Nafs, est à la fois le moyen d’atteindre la Paix mais aussi l’activité propre de celle-ci. En d’autres termes, si on devait dire que la participation à un rite consiste à être au seuil de la porte, il convient de signaler que le seuil se suffit à lui-même. C’est à dire que l’on ne se tourne pas vers le Divin nécessairement pour atteindre un but, mais que le simple fait de se tourner vers le Divin est en soi le but.
Nous venons de voir que la conception traditionnelle de l’art est liée à celle du rituel, de Rita, c’est à dire de l’ordre. Par cette conformité, l’artisan humain cherche à imiter l’Artisan Divin, non pas dans ses effets, mais dans ses causes, c’est à dire par « un verbe conçu dans l’intellect ». On voit que l’art est indissociable de la vie contemplative dont elle tire ses principes et son inspiration. L’œuvre d’art est ainsi l’expression de « l’acte propre » de l’être par lequel la nature passe de la puissance à l’acte, il ne s’agit de rien d’autre que la recherche de l’union avec le Divin Créateur. Nous sommes bien loin ici de la conception profane de l’art et de son florilège de notions mondaines telles l’esthétisme ou les préoccupations d’ordre économique. N’oublions pas que les anciens identifiaient purement et simplement le Beau avec le Vrai. On pourrait dire en faisant un raccourci, que l’art dans sa compréhension originelle est un Yoga, ou encore qu’il est une recherche de la Vérité.
A l’image d’un centre spirituel, une école de musique, tout comme un centre d’arts martiaux, se présente non pas comme une école où on dispense un savoir livresque, mais comme une école de vie, où s’enseigne avant tout l’humilité, par le travail sur soi, et la recherche d’une discipline. « Le Maître est le dernier des disciples » disent les Soufis. Ici, Maître et disciples sont les visages multiples d’une seule réalité, les miroirs multiples conduisant l’âme à son éveil et son éducation. Le Maître d’arts martiaux dira que l’on doit chercher la Vérité d’un geste quand le Maître de Musique professera que la technique doit servir le goût. Ici comme là, c’est la quête de justesse et de profondeur qui est centrale. Sincérité et Authenticité sont la clé de voûte de l’accomplissement de l’œuvre d’art. Les moyens utilisés sont la concentration et la maîtrise de Soi. Sans oublier la présence d’une science particulière, directement liée au processus alchimique, à savoir la science du Rythme, la répétition d’une technique en vue de sa Maîtrise et de la compréhension de son sens profond.
On ne pourrait traiter exhaustivement tous les développements que ce sujet comporte en lui-même. Ces quelques lignes tentent de faire voir en quoi l’origine non-humaine de l’art pouvait être le garant d’un support à la transformation de soi, tout en montrant l’unité de fond des formes traditionnelles à partir de l’œuvre de René Guénon, son défenseur compétent.
A quoi peut bien servir la lecture de René Guénon ?
Posté dans Références traditionnelles le 7 mars 2010
Il y a des écrits qui ne meurent jamais. Qui, en n’importe quel lieu et à n’importe quel moment où l’on s’y penche, nourrissent nos perceptions, affinent notre jugement et répondent aux multiples perplexités que provoque en nous ce monde.
L’œuvre, ô combien magistrale, de René Guénon s’inscrit dans cette lignée.
Né à Blois en 1886, René Guénon n’aura de cesse toute sa vie de mettre en garde contre les dérives de la modernité et d’appeler à revenir à la civilisation traditionnelle, selon la définition qu’il en donne dans Orient et Occident: « Une civilisation qui repose sur des principes au vrai sens du mot, où l’ordre intellectuel domine tous les autres, où tout en procède directement ou indirectement, et qu’il s’agisse de sciences ou d’institutions sociales, n’est en définitive qu’applications contingentes, secondaires et subordonnées de vérités purement intellectuelles ».
A contre-courant des modernistes et de leurs idées de progrès, René Guénon s’attache à démontrer que la civilisation occidentale est en crise. Détachée de la conscience de Dieu depuis bien trop longtemps déjà, ignorante de la connaissance même d’une Tradition primordiale, elle est en plein déclin. L’œuvre de cet auteur est cependant bien plus qu’une simple critique de la modernité à laquelle on a eu trop tendance à la cantonner. Bien plus que cela, elle est un véritable support à la quête d’une élévation intérieure.
Ainsi à la question si souvent posée: « A quoi peut bien servir la lecture des ouvrages de Guénon, si ce n’est à satisfaire un besoin intellectuel ? », la réponse paraît si évidente qu’il semble presque futile de l’énoncer: à justement se libérer de cette héritage rationaliste, à en mesurer l’absurdité afin de tenter de revenir à la religion, la sacralisation du quotidien. Celui qui prévaut par rapport à tout.
Est-il utile de le rappeler ? Les écrits de Guénon ne sont pas une finalité en soi. Ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. René Guénon l’a d’ailleurs martelé: il n’est pas un maître spirituel et ne peut en aucun cas se substituer à l’enseignement de ce dernier. Il se veut un simple éveilleur des consciences. Un éveilleur qui fournit un guide pratique à destination de celui ou celle qui désire ardemment cheminer. En s’attachant à lever les voiles qui obscurcissent la vraie connaissance de ceux nés au sein d’une civilisation anti-traditionnelle, nourris au lait du rationalisme et de l’individualisme, à ceux qui ont oubliés la solidarité dans le lien social, familial, la vertu, la noblesse du comportement, René Guénon prépare l’esprit à embrasser une quête spirituelle, un cheminement qui mène à la liberté.
De la naissance de la philosophie (profane), en passant par la désagrégation de la chrétienté, jusqu’à la Renaissance et la Réforme qui « consomment la rupture définitive avec l’esprit traditionnel », ou encore la proclamation de l’agnosticisme au XIXe siècle, cet auteur (de génie) passe en revue les phases successives qui ont conduit à l’état de déchéance actuelle de la civilisation occidentale.
Une partie de son œuvre représente ainsi une véritable entreprise de démystification. Démystification en premier lieu des schémas de l’intellectualité occidentaux: le rationalisme, le matérialisme et l’individualisme, héritage direct de l’humanisme. Démystification aussi des thèses de ceux qui par « inaptitude métaphysique » sous-estiment la vérité des doctrines ésotériques orientales. Démystification enfin de l’interprétation de certains termes volontairement ou non galvaudés (« initiation », « ésotérisme », « mystique » etc.) auxquels il s’attache à redonner leurs sens véritables.
René Guénon amène, ensuite, aussi le lecteur à comprendre ce qu’est la Tradition, dans son sens le plus profond et l’invite à se tourner vers l’Orient, là où demeure « le véritable esprit traditionnel ». Son jugement est d’ailleurs sans appel: le redressement de l’Occident ne pourra se faire qu’au contact de l’Orient, seule dépositaire du secret spirituel, de l’Islam dans sa plénitude.
Au-delà de tout cela, Guénon fournit surtout une direction doctrinale et dresse les conditions d’une initiation effective: le rattachement à une organisation initiatique authentique, sous la guidance d’un maître spirituel qui a reçu l’autorisation divine de transmettre son enseignement et est détenteur de l’influence spirituelle. Une réalité vivante quand ce Guide s’inscrit dans une chaîne remontant à un Envoyé, comme il a lui même pris le pacte des mains d’un Shaykh d’une Tariqâ (organisation initiatique authentique et vivante), comme il en existe de nos jours en occident.
Que de temps gagné à la lecture de ses ouvrages ! Une lumière dans les dédales des pseudo-traditions et autres mouvances « néospiritualistes » si nombreuses à notre époque; un support pour se libérer de nos barrières mentales et pour progresser vers les états supérieurs de notre être en connaissant les fondements de toute quête spirituelle authentique et en mesurant enfin toute la préciosité. Voilà ce à quoi, entre autres, peut servir la lecture de René Guénon.
Au final, cet homme qui se voulait simple nous offre une œuvre, multiple et complexe, au sein de laquelle il a su disparaître et effacer toute trace d’individualité pour laisser place à l’émergence de la doctrine traditionnelle. La seule qui puisse conduire à la réalisation spirituelle.
e.LF
La religion dans la démocratie
Posté dans Société le 10 janvier 2010
Lecture critique de La religion dans la démocratie : Parcours de la laïcité de Marcel Gauchet, Gallimard, Paris, 1998
Pistes de réflexions politiques à partir de la pensée de René Guénon
Cette note critique, tout en se basant sur la réflexion de Marcel Gauchet, en prendra volontairement le contre-pied. Cette orientation ne procède pas d’un entêtement délibéré mais plutôt de la volonté d’ouvrir des pistes de cheminement possible sur le sujet de la place de la religion dans la démocratie. Le cadre de référence choisi est identique à celui de Marcel Gauchet et épousera donc surtout les mouvements d’un parcours historique perçu à partir de la France. Bien sûr, il ne faut y voir aucune prétention à égaler la qualité des constructions théoriques du philosophe mais simplement la perspective de desserrer l’étau dans lequel la densité de son texte est susceptible de nous enfermer. Il pourrait en effet être préjudiciable d’y voir un outil d’appréhension infaillible des rapports entre religion et démocratie dans le contexte de la modernité. La pertinence et la cohérence des enchaînements de la réflexion doivent pouvoir laisser des interstices dont l’investissement est la condition même d’une possible compréhension de cette marche future de la démocratie qui échappe aux développements présents dans le livre.
Marcel Gauchet oriente sa démonstration dans le sens d’une déperdition progressive du sens de l’absolu. L’hétéronomie qui présidait au destin d’une société d’ancien régime, où l’Eglise qui tenait lieu de délégation du royaume divin sur terre incarnait la référence ultime dans le jugement des affaires humaines, a laissé la place à l’autonomie du gouvernement de l’homme par l’homme. Cette formulation elle-même laisse entrevoir les écueils d’un dispositif qui cristallise de la sorte, sous l’étendard de l’idéal démocratique, les aspirations les plus élevées de l’homme dans l’au-delà républicain de la recherche de l’intérêt général.
Cependant, parce que selon lui cette recherche de l’intérêt général revêt encore quelque chose de l’ordre de la transcendance, une certaine nostalgie de l’idée originelle de la démocratie en France, celle qui pour le philosophe connaît son aboutissement en même temps que sa naissance avec la Révolution Française, semble poindre en filigrane chez Marcel Gauchet. Pour lui en effet ni la dimension eschatologique des idéologies postérieures qui s’inscrivent dans le déploiement historique, ni les prétentions de l’Art à atteindre l’objectivité à partir des manifestations d’une subjectivité n’ont pu faire perdurer ce qui subsistait d’une dimension pseudo-sacrée dans le profane.
On peut alors se demander si l’évolution actuelle que décrit Marcel Gauchet ne serait pas tout simplement la tentative d’une inversion de cette tendance plutôt qu’une dégénérescence. Si, comme il le dit, l’Etat n’est plus capable de se faire le chantre des aspirations du peuple en élevant la substance de leur revendication à l’universalité, on peut d’une part se demander si il l’a déjà véritablement été et d’autre part si la structure cyclique de la gestion des affaires humaines n’est pas entrée, après avoir été dissociée du pseudo-sacré qui subsistait en elle après sa dissociation du sacré, dans une nouvelle phase où le tout, en l’occurrence l’Etat, serait le catalyseur immanent plutôt que la projection distante de ses parties.
Une des réserves qui peut être formulée à l’encontre de la capacité de l’Etat-Nation à être le porteur de l’intérêt général réside dans la nature même des conditions de sa naissance. L’universalisme républicain hérité de la position d’arbitre d’un Etat absolutiste qui se situe au-delà des particularismes confessionnels constitue une construction culturelle inscrite dans un contexte historique bien précis. Il s’agissait alors d’arbitrer, entre catholiques et protestants, des expressions divergentes d’un même substrat issu du christianisme. Il paraît difficile, dans le contexte multiculturel actuel de demeurer sur un postulat que Marcel Gauchet étend à la Révolution française et à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais là aussi, la prise en compte d’évènements historiques considérables, omis par Marcel Gauchet, peut venir contrarier la cohérence de sa démonstration.
Il en va ainsi de la révolution industrielle. Le XIXè siècle qui la voit éclore est aussi précisément celui qui voit naître les idéologies socialistes de la libération de l’homme dans le déploiement du temps historique. Ce siècle est aussi celui de l’apparition d’une discipline nouvelle dans le champ scientifique, la sociologie. Or celle-ci se donne précisément pour objet d’étudier les lignes de fracture dynamiques au sein d’une société qui jusqu’alors n’avait véritablement pu se penser autrement que comme un tout homogène régulé de manière indiscutable par la diffusion, à partie de son sommet, d’orientations qui ne pouvaient que satisfaire tout à chacun. Mais peut-être faut-il s’interroger sur les conditions d’élaborations de ces orientations.
La révolution industrielle consacre l’émergence d’un pouvoir économique qui se développe dans le même temps que l’essor du capitalisme. Et c’est bien ce pouvoir que va s’attacher à dénoncer le marxisme. La dérive oligarchique récente, que dénonce Marcel Gauchet dans la gestion étatique des affaires publiques, peut bien prendre racine dans l’émergence nouvelle d’une conscience de classe dominante. Il est alors facile de comprendre son incapacité à porter la voix populaire. Si, comme l’affirme Marcel Gauchet, la dislocation sociétale autour de crispations identitaires, que celles-ci soit strictement religieuses comme dans le cas de l’islam, plus largement politiques comme dans le cas du christianisme ou plus directement culturelles, doit être perçue comme l’évidement de l’idéal démocratique, c’est aussi en raison de la constitution originelle d’un Etat qui repose sur la formulation, sous couvert d’intérêt général, d’intentions particulières propres à une élite sociale qui pourra dorénavant asseoir la pérennisation de sa position par le biais de l’économique. Autrement dit, l’impossibilité constitutive, quasiment ontologique de la démocratie à représenter clairement les intérêts d’une communauté nationale, provient de ce que celle-ci, si tôt qu’elle a délégué la représentation de ses revendications, s’en voit déposséder par la reformulation dénaturée que ces dernières vont subir dans les mains de responsables politiques qui ne sont pas mus par les seuls impératifs vertueux de la recherche de l’intérêt général. Car les collusions du politique et de l’économique ne sont plus à démontrer et l’indépendance théorique du pouvoir judiciaire ne saurait suffire à corriger la subtilité du processus de conversion en intérêts particuliers, au sommet de l’Etat, de l’expression illusoire de l’intérêt général.
Dans le même ordre d’idées, on peut noter que l’étape décisive de l’apparition de l’Etat-Providence au milieu du XXè siècle n’est autre que la manifestation politique de l’élaboration dans le champ de l’économie des théories keynésiennes de relance par la demande. Ces dernières avaient par ailleurs été élaborées dans la perspective de la modalisation d’une synthèse entre interventionnisme étatique et libéralisme économique, synthèse qui se voulait être le rempart aux déstabilisations anarchiques dont le capitalisme sauvage avait fait les frais au moment de la crise économique de 1929.
Enfin, la période post-colonialiste dans laquelle nous nous trouvons permet de porter un regard objectif sur la décolonisation. Celle-ci, dont une des motivations majeures était la diffusion par la force des valeurs civilisatrices de la démocratie a connu un cinglant échec. Elle a d’abord révélé l’incapacité de l’Etat à assurer une régulation qui se justifierait par le seul fait qu’il soit le dépositaire attesté d’une raison supérieure mais elle a également sonné le glas de sa prétention à rendre effective dans le champ politique la délégation de pouvoir que les citoyens lui reconnaissaient.
L’échec de la colonisation a ainsi pu constituer un véritable laboratoire pour l’émergence d’expressions politiques plurielles au sein de la communauté nationale. Non seulement il y avait ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre mais elle a également mis a jour une multiplicité d’actions hostiles à l’Etat dans les territoires colonisés. Et cet état de fait s’est ressenti avec d’autant plus d’acuité que les populations jadis colonisées se sont retrouvées, aux alentours de ce tournant des années 70 dont parle Marcel Gauchet, sur le territoire national actualisé lui-même. Pour le philosophe, ce tournant matérialise la fin de la condition supérieure de l’Etat, qu’elle soit prise dans son acception théorique pour qualifier les attributs métaphysiques dont s’était parée la notion d’idéal démocratique ou qu’on la prenne dans son acception pratique pour définir la formule synthétique de l’orientation des intérêts particuliers que l’Etat détenait en dernier ressort.
Cette rupture ultime, Marcel Gauchet ne lui prête pas explicitement les atours de l’économie, mais on peut raisonnablement penser qu’elle a été précipitée par la crise pétrolière de 1973, moment qui n’a pu qu’accentuer le mouvement descendant de la souveraineté absolue de l’Etat dans la gestion de sa destinée. Cependant, on peut noter que les évènements de Mai 1968 en France, par leur antériorité, établissent un lien avec la perte de prestige étatique dont est synonyme le terme de décolonisation. Par ailleurs, ils signent aussi l’avènement des formes modernes de protestation et leur impriment une marque qui les distinguent de l’empreinte fortement économique que possédaient les mouvements miniers du début du XXè siècle ou encore les manifestations ouvrières menées par le Front populaire en 1936. Dans une perspective traditionnelle (cf. Autorité spirituelle et pouvoir temporel de René Guénon), on dira que les possibilités de dégénérescence s’épuisent et que, faisant suite à un mouvement qui a vu la reconnaissance extérieure du pouvoir passer de la sphère sacerdotale à la sphère royale puis à son pendant profane que représente la sphère étatique et enfin à sa perversion par l’emprise de la sphère économique, l’on se situe dans l’impératif de la remontée cyclique par la revivification spirituelle. Aussi, dans la continuité du mouvement entamé, celle-ci ne peut qu’advenir à partir du peuple, non pas dans le sens où la démocratie l’entend, mais en tant qu’il est le miroir symbolique où les états supérieurs trouvent leur appui tout comme la non-manifestation principielle trouve sn reflet opposé et complémentaire, et donc d’une certaine manière son voile, dans l’obscurité de la matière.
Dans son livre, Marcel Gauchet avance que la sécurité matérielle qu’assure l’Etat-Providence est susceptible d’expliquer que les aspirations citoyennes soient désormais disjointes du bien-être strictement économique. Il est vrai que la naissance de l’Etat-Providence est concomitante de l’identification d’une classe moyenne, classe issue pour une grande partie du peuple mais, notamment par le fait d’une certaine aisance matérielle, frappée du joug de la médiocrité selon les propos de René Guénon lui-même. Or c’est sans doute du sein de cette dernière qu’ont été portées sur la scène publique les revendications politiques importantes de ces dernières années. Mais peut-on réellement affirmer que celles-ci n’ont fait l’objet que d’un consentement approbateur dans leur légitimité à l’expression de la part des pouvoirs publics ? Si cela était le cas, il nous faudrait éluder les processus parfois difficiles d’élaboration des réformes ou bien encore les évolutions sociales progressives au sein de notre société sur la même période. Le droit de vote des femmes, les amendements au code de la nationalité, Le PACS ou encore Le Conseil Français du Culte Musulman ne seraient, pour prendre des exemples volontairement variés dans les domaines qu’ils touchent, que l’extériorisation immédiate d’attentes jusqu’alors demeurées à l’état de stricte latence dans la société française. Il semble alors difficile d’expliquer la manière dont se font les choix de domaines où l’Etat parvient à formuler une décision. Cette formulation doit en effet bien être l’aboutissement d’une dynamique que des acteurs s’attachent à activer sur un terme plus ou moins long. Cette dynamique, bien qu’émanant d’une base sociale commune, recèle des tendances contraires, les unes vouées à l’épuisement et les autres porteuses d’un redressement de valeurs au sens spirituel du terme.
Pour ce qui est du domaine religieux, là encore il faut arriver à une perception différenciée de la société car c’est cette différenciation qui rend possible l’ère nouvelle d’un régime politique susceptible de renaître à partir de bases démocratiques par une interprétation qualitative des attentes sociales. La situation de l’islam est à ce sujet bien différente de celle du christianisme. Il faut pouvoir garder en ligne de mire la spécificité respective des objets étudiés. Si le christianisme s’est quelque peu vidé de sa substance et que sa représentation dans la sphère publique emprunte souvent aux caractéristiques des manifestations culturelles, cela peut être dû en partie au fait que cette tradition religieuse est dépourvue de la structuration légale qui régit l’islam, comme le judaïsme d’ailleurs. Comparativement, il est intéressant de noter que ce dernier, alors que sa présence en France n’a rien de récent, a sans doute davantage su se concentrer sur la préservation de la part strictement religieuse de son identité, et ce en dépit de sa condition minoritaire. La cohérence intrinsèque d’une logique d’acteurs peut donc se révéler prépondérante pour son appréhension et par suite pour sa gestion politique. La vivacité de la présence musulmane en France a encouragé son émergence sur la scène publique mais l’étape décisive que constitue la création du CFCM, pour prendre un repère marquant à défaut d’être forcément efficace, s’est faite à l’issue de multiples atermoiements, dont certains sous la forme de débats juridiques suite à l’affaire des foulards de Creil notamment, débats citoyens qui n’ont pu faire l’économie de spécificités intrinsèquement religieuses
Ainsi, pour suivre les lignes théoriques de sociologues du droit tels que Jacques Commaille, c’est à l’émergence une nouvelle forme de régulation politique qu’il faut conclure. Le regret qu’exprime Marcel Gauchet à propos de la disparition d’un Etat décisionnaire doit pouvoir être perçu comme l’apparition de nouveaux canaux de décision. Ceux-ci prennent racine à la base de la société pour être portés au sommet de l’Etat. Mais c’est bien là que subsiste la sphère de décision ultime en fonction d’un agenda que seuls des mouvements sociaux mûrs et extraordinaires par leur ampleur sont capables de perturber. D’ailleurs, aux heures passées d’un Etat absolutiste déclinant dont les privilèges de la transcendance devaient être repris à bon compte par le nouvel Etat républicain, la Révolution Française était-elle autre chose qu’une forme paroxystique de mouvement social mûr et extraordinaire ? C’est que cette étape fondamentale de le dégénérescence du pouvoir royal s’imposait dans l’ordre d’une manifestation dont le dessein divin veut épuiser les possibilités avant d’en instaurer de nouvelles.
Aussi, ce gouvernement à partir des composantes sociales d’un territoire national donné n’a pas forcément les traits funestes que Marcel Gauchet veut bien lui prêter. Il faut plutôt y voir l’introduction inévitable du social dans le champ de la décision politique, introduction d’autant plus capitale que la société française s’est considérablement diversifiée depuis que l’Etat, avec la loi de séparation de 1905, s’est constitué en véritable garant moral de l’intérêt général. Mais ce plan moral de l’Etat doit aujourd’hui être dépassé pour que ce dernier demeure le digne représentant des intérêts de ses administrés. Le contexte conflictuel, entre l’Eglise et l’Etat, dans lequel a été élaborée la morale laïque n’est plus de mise aujourd’hui et le religieux n’a plus d’influences sensibles dans l’exercice du pouvoir. Il n’y a plus de différences à effacer au nom d’un nivellement égalitariste mais une mosaïque à recomposer au nom d’une équité unifiée.
N.h
La Tradition
Posté dans Références traditionnelles le 11 juin 2009
La tradition, ce terme dont le sens originel a tellement été galvaudé par son usage dans le discours actuel, René Guénon nous réconcilie pleinement avec la dimension profonde à laquelle il renvoie. Un recours à l’étymologie(du latin traditio, tradere, de trans « à travers » et dare « donner », « faire passer à un autre, remettre ») s’avère d’ailleurs à ce titre particulièrement intéressant pour la compréhension du mot tradition comme héritage immatériel que les écrits de René Guenon ont vocation à situer sur le plan spirituel. En dénommant “tradition” ce que communément nous appelons “religion”, il transcende l’ambivalence du lien auquel le terme “religion” renvoie (a la fois lien avec le divin et lien communautaire entre les hommes) pour envisager dans un même élan les formes multiples avec lesquelles Dieu a choisi de rendre possible à l’homme Sa connaissance dans la contingence que représente pour celui- ci les données de l’époque dans laquelle il vit. Abstraction faite de ces contingences, c’est donc à l’appréhension de l’unité fondamentale des traditions que nous invite René Guénon, manifestations de cette Tradition primordiale que notre père Adam a reçue comme legs de son Seigneur.
Ainsi, loin, très loin de la célébration de la survivance de pratiques ou croyances populaires, car il nous faudrait alors selon toute rigueur étymologique parler de superstition et non de tradition, c’est à la contemplation d’un dépôt sacré universel que nous sommes appelés.
N.h