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Exoterisme ..Ou «  La charia » pour « le soufisme »

Nous abordons ce sujet par un point de vue contemporain. Les différentes modes pseudos-spirituelles importées en occident moderne nous vantent les « bienfaits » du « sans forme », prônant le détachement de ces « vieilleries » sclérosantes que sont les règles du culte. Affichant un dédain de bon alois, les aficionados, à défaut d’être des disciples, de l’Union oublient qu’avant d’arriver, il faut démarrer et cheminer ….

S’ils avaient lu les écrits de S. Abd al-Wahid Yahya (René Guénon); ils sauraient qu’exotérisme et ésotérisme sont indissociables puisque ce sont les deux faces de la Tradition. S’ils l’ont lu, alors ils se méprennent sur le sens des ses propos. Ce qui est plus ennuyeux, c’est que leur « école » a de quoi plaire à beaucoup d’impétrants, nous pouvons dire que pour « recruter » ils utilisent la méthode de la publicité : séduire … En effet, quoi de plus tentant que croire être Réalisé, avoir atteint l’Union avec son Seigneur, pensant se mouvoir dans ce monde sans attaches. Arriver avant d’être partis, très infantile tout cela !

L’erreur schuonnienne a également marqué nos contemporains sur d’autres points puisque la plupart de ces « libres penseurs » confond l’Unité transcendante des formes avec un syncrétisme bien sentimental.

Nous devons réaffirmer que l’initiation au Tassawuf (soufisme) implique l’adhésion totale à l’Islam et à ses règles. « Beaucoup semble douter de la necessité, pour qui aspire à l’initiation, de se rattacher tout d’abord à une forme traditionnelle d’ordre exotérique et d’en observer toutes les prescriptions …. ». Ces propos de R.Guénon ne sont que le rappel des recommandations des Maîtres ,et notament d’un des plus grands, demandant à leurs disciples l’application de la charî’a selon leurs capacités à le faire.

« …L’existence uniquement profane, dont tout élément traditionnel est exclu, n’est réellement à cet égard que vide et néant. », la mise en oeuvre de la charî’a dans son quotidien permet d’abandonner le point de vue profane en obéissant dans chacun de ses actes à l’Ordre Divin. Même si des concessions « sont indispensables pour vivre dans ce milieu [occidental],encore faudrait il qu’elles soient réduites au strict minimum….. », il convient « …de réagir sous tous les rapports… ».

Le Shaykh dispensant les pratiques rituelles permet aux disciples de goûter à la sacralité si douce au Coeur et si pénible pour l’ego, la nafs (l’âme passionnelle). L’initiation effective nous projette dans cette sacralité dont est exclu « …un point de vue profane, qui n’est que le produit d’une dégénerescence spirituelle de l’humanité, et qui, par conséquent, est entièrement illégitime. ».

Exoterisme et esoterisme ne sont qu’UN. « …le noyau ne peut être atteint que par l’écorce ». Parvenu au noyau, « …il ne faudrait pas croire que cet exotérisme puisse être rejeté… ». Un Maître contemporain a dit : « ….Si vous me voyez ne pas appliquer la charia, fuyez …. ».

La clef de cette adéquation est pourtant simple. Le rattachement au Shaykh permet de « transformer » la charîa « ..dans une mesure correspondant au degré (station ou maqam) atteint par l’initié, puisque celui ci devient de plus en plus apte à en comprendre les raisons profondes, et que, par suite, ses formules doctrinales et ses rites prennent pour lui une signification beaucoup plus réellement importante que celle qu’elles peuvent avoir pour le simple exotériste, qui en somme est toujours réduit, par définition même, à n’en voir que l’apparence extérieure, c’est à dire ce qui compte le moins quant à la « vérité » de la tradition envisagée dans son intégralité. ».

La difficulté dans nos sociétés modernes où toutes traces de la tradition a disparu dans le quotidien est d’appliquer ce comportement dont nous ‘imprègne l’Islam malgré « ….les anomalies inhérentes aux conditions de notre époque… », l’abandon des habitudes profanes que certains nomment « culture occidentale » est requis pour passer de l’initiation virtuelle à l’initiation effective.

Atteindre l’Ihsan, le comportement noble, est à ce prix pour espérer se joindre à Lui. « Vous avez dans le Messager de Dieu un modèle excellent pour celui qui aspire à Dieu et au Jour dernier et qui invoque Dieu abondamment » nous dit Dieu dans Sa Révélation. Or le Messager de Dieu était la charî’a vivante …

M.p

Les passages en italique sont extraits de « Initiation et Réalisation Spirituelle » de René Guénon. Ch.VII, édit.Traditionnelles.

La dernière phrase en gras est le verset 21 de la sourate 33 du Qôran.

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L’italien, my name is Khan!

My name is Khan, film indien de Karan Johar avec Shahrukh Khan, Kajol et Jimmy Shergill (2010)

L’Italien, film français d’Olivier Baroux avec Kad Merad,Valérie Benguigui, Roland Giraud (2010)

La sortie de deux films récents sur nos écrans tend à démontrer une certaine tendance à l’adoucissement des mœurs dans la perception de l’Islam malgré un relais médiatique contraire tout de même assez persistant. Cela nous permet tout au moins de constater que la formation d’idées objectives est encore possible, ce qui permet d’avoir quelques raisons d’espoir d’échapper à la manœuvre hypnoïde émanant d’une volonté politique claire et délibérée.

Ces deux films se rejoignent par l’accent mis sur la religiosité de leurs deux protagonistes respectifs à savoir la sincérité spirituelle qui est la racine de leur engagement religieux. Bien sûr, cette sincérité correspond à un certain mode d’existence de la personne au moment où celle-ci décide de s’engager c’est-à-dire que la sincérité d’engagement d’un vendeur de voitures chez Maserati vivant en union libre comme dans le cas de L’italien variera somme toute assez considérablement de celui étant parvenu à la formulation consciente d’accéder à la connaissance de Dieu bien que la concentration et l’intensité dans la démarche du premier puisse tout à  fait à terme pallier la distance qui les sépare à un point de départ donné.

Dans ce film, la question religieuse est aussi intrinsèquement liée à la question de l’identité puisque le vendeur en question, fils d’algérien,  est issu de l’immigration. Néanmoins, il fait le choix de prendre un patronyme italien ainsi que tous les traits caractéristiques étant sensés aller avec. C’est ainsi l’injonction de son père victime d’une attaque cardiaque de faire le ramadan qui l’amène sur le chemin d’une rédemption intérieure au terme de laquelle, par le biais du jeûne et de la prière, il parvient à la fois à se faire confirmer l’amitié de son patron chez Maserati et l’amour de sa compagne qu’il finit par épouser. Les méandres qu’il doit traverser pour revenir à cette forme d’état primordial sont très bien résumées par une phrase de son autre ami, juif et artiste-peintre très porté dans son art sur les passeports et cartes d’identité de grandes personnalités : « C’est vrai que faire semblant d’être italien tout en faisant semblant de ne pas faire le ramadan, çà fait beaucoup… ».

Dans My name is Khan, on trouve une problématique similaire traitée sur le mode américain puisque il s’agit de l’histoire d’un immigré indien à San Francisco avec cette nuance que notre protagoniste est atteint du Syndrome d’Asperger, trouble du comportement lié à l’autisme. Par le paradoxe, ce procédé narratif permet de donner au personnage une sensibilité exacerbée et brute puisque non-inhibée par la facticité et la superficialité que revêtent beaucoup de nos interactions dans l’échange social.

Son histoire revêt deux aspects consécutifs, avant et après le 11 septembre 2001. Avant, sa vie est enjouée. Sa foi éclairée en partie par un enfance passée en Inde auprès d’une mère qui lui a appris à fuir le manichéisme auquel les conflits ethniques parviennent à contraindre beaucoup de ses compatriotes, son éducation et le caractère modéré de son handicap lui permettent d’épouser une indienne déracinée tout comme lui, coiffeuse de profession  et indoue de confession. Ici, le purisme nous permettra de noter qu’une personne juridiquement incapable, comme notre héros a toutes les chances de l’être, possède toutes les justifications possibles pour ne pas épouser de femme issue d’une religion abrahamique.

La survenue des évènements du 11 septembre 2001 à New-York marque une rupture dans l’itinéraire de Khan puisque le traumatisme ressenti dans la population américaine va avoir des conséquences directes sur sa vie personnelle. Le fils d’un premier mariage de sa femme sera en effet battu à mort parce qu’il est indien et donc comme telle assimilé à un musulman alors qu’en fait, fils d’une indoue, il n’est que la victime d’un amalgame poussé à son extrême à savoir un aveuglement meurtrier.

La mort de ce fils séparera le couple jusqu’à ce que notre héros, après moult glorieuses péripéties, parvienne à remplir le défi qu’avait imposé sa femme pour qu’ils puissent un jour dépasser le drame qui leur était arrivé. Ce défi, représentatif des échelons qu’il nous reste à gravir avant que le discernement dont fait preuve Khan lui-même par sa foi à l’égard de ses coreligionnaires ou pseudo-coreligionnaire soit l’apanage de ceux qui nous gouvernent, c’est rencontrer le président ( Barack Obama, symbole d’une nouvelle donne mondiale) et lui dire : « My name is Khan and I am not a terrorist ».

N.h

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Psychanalyse, psychologie et autres sectes pour la contre-initiation

La psychanalyse est l’inverse de la religion. En effet, elle présente la conscience comme un état se développant uniquement vers le bas; ainsi, le « subconscient » devient il un tout avec le « moi », le « surmoi », jusqu’à devenir même « inconscient » dans le vocabulaire des psychanalystes, donc la négation de la conscience.

Rappellons que la conscience est lié à l’état humain (c’est une des modalités de l’individualité liée au mental), « s’étendant »  indéfiniment . Il est remarquable que la psychanalyse ne considère que le « bas ».

« ….c’est à dire du côté qui correspond, ici dans l’être humain comme d’ailleurs dans le milieu cosmique, aux « fissures » par lesquelles pénètrent les influences les plus « maléfiques » du monde subtil, nous pourrions même dire celles qui ont un caractère véritablement et littéralement « infernal ». [règne de la quantité …. page 223.RG.Gallimard].

La psychologie, aujourd’hui intimement liée à la psychanalyse, adopte les mêmes théories.

Nous pouvons dire également que la philosophie profane participe à ce « renversement » des valeurs.

Notre première constatation est qu’il y a un « réseau » d’influences participant à la coupure de l’homme d’avec les états supérieurs de l’Etre, coupure qui permet de plonger l’homme dans « le bourbier » ne lui laissant aucune issue pour s’extraire de ses possibilités les plus basses pour cheminer vers Dieu.

Notre deuxième constatation est que ces influences sont si répandues qu’elles imprègnent également certaines sociétés initiatiques « tabaruks » (qui n’ont pas la vivification de l’influence spirituelle par un maître vivant). Ces sociétés initiatiques tabaruks tiennent légitimement le dépôt initiatique par une chaîne authentifiée remontant de Maîtres en Maîtres, de Prophètes en Prophètes jusqu’à la source Divine.

Notre troisième constatation est que notre monde est imbibé de ces suggestions par le biais de « pseudos » vérités (donc d’erreurs, puisque la Vérité est exclusive) diffusées par tous les médias relayant les milieux « scientifiques » et institutionnels, confinant l’homme à s’enfermer dans ses illusions.

Certains, au comble du désespoir, tentent de s’échapper de cette prison avec des moyens qui tuent : drogue, alcool pour « oublier »; d’autres tentent de s’enfuir par la spiritualité. Leur état d’ignorance est tel que la plupart sont récupérés par des sectes, elles mêmes outils relais de ce réseau maléfique, leur offrant une parodie de spiritualité.

René Guénon nous a donné les clefs de compréhension des codes de fonctionnement de cette véritable « armée contre initiatique ».

N’oublions pas que sans Maître vivant « nous voyageons avec satan » nous dit la Tradition, logiquement celui ci éduque par les codes de la dernière révélation : l’Islam.

M.P

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Considérations ésotériques sur la métaphysique

Il est une parole de René Guénon tirée de son livre  Initiation et Réalisation Spirituelle qui est une véritable invitation au seuil de la porte Divine, qui synthétise avec clarté nombre de considérations sur la métaphysique, et qui confronte le lecteur à l’orthodoxie de la doctrine traditionnelle d’une façon abrupte et sans équivoque possible ; en effet, René Guénon nous dit qu’aucune conception métaphysique n’est possible sans entrer dans la « Grande Solitude ».

Arrêtons-nous sur cette notion de « Grande Solitude » en précisant tout de suite qu’il ne s’agit pas d’isolement, car l’ascèse, loin d’être le fait de se réfugier sur une montagne, consiste au contraire à vivre notre modernité tout en conservant notre authenticité, et c’est un point très important à souligner, que le cheminant sur une voie spirituelle a une participation active au sein de la société dans laquelle il se trouve, « le corps dans la boutique, le cœur chez Dieu » disent les Soufis.

Alors de quelle solitude s’agit-il ? Disons tout de suite que le Soufi est intérieurement avec Dieu et extérieurement avec les hommes, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une solitude intérieure et non extérieure, et donc ce que l’on peut dire de la « Grande Solitude » est très exactement lié à la doctrine de l’unicité Divine, at-Tawhid. Précisons en quoi la doctrine de l’unicité Divine peut et même doit conduire l’être humain à un tel état, mais avant, souvenons-nous de l’insistance avec laquelle René Guénon a indiqué que le but final de l’initiation était la Délivrance vis-à-vis de la manifestation, Moksha, ou encore cette parole énigmatique relevée dans  Aperçus sur l’ésotérisme Islamique et Taoïsme, « Le Soufi n’est pas une créature », pour nous arrêter là et montrer à l’internaute l’élévation de la sphère dans laquelle est invité le lecteur guénonien.

Toutes les doctrines traditionnelles possèdent cette notion d’unicité Divine, et l’Islam est la forme qui insiste le plus sur cette affirmation, pour des raisons tenant à l’obscurcissement de la vision spirituelle des hommes durant notre période critique. Or selon la doctrine de l’unicité Divine, les créatures sont dénuées de force, ne peuvent ni nuire ni profiter, et ne possèdent pas d’existence autonome. Nombreuses sont les traditions prophétiques qui invitent à la sagesse, par la prise de conscience de l’indigence des créatures, et donc le détachement et l’autonomie vis-à-vis de celles-ci. Les Saints disent : « Les créatures sont la porte et le voile ». Ce qui est voilé, c’est l’agent unique, tel la conscience universelle trônant au centre d’un royaume peuplé de marionnettes qui tiendraient d’elle à la fois leur existence et leur activité. Il n’y a donc que Lui qui est Allah, et la Nafs, l’âme en tant qu’elle croit être séparée,  se pose en contre-pouvoir, mais bien-sûr de façon illusoire. En d’autres termes, l’être humain est éternellement seul face à son Seigneur, mais seule l’initiation peut lui restaurer la conscience de cet état, qui en même temps est libération, purification, unification, et dépouillement intérieur.

Ce qui vient d’être dit est précisément ce qui a fait dire à des Saints : « Mon ambition est de devenir l’unique esclave de Dieu », « Voir autre que Dieu revient à apostasier », « Quiconque tu détestes, tu ne détestes que Ton Seigneur » ou « Mes yeux n’ont jamais vu que Toi ».  René Guénon précise dans son livre « La métaphysique orientale » : « La connaissance métaphysique n’est pas quelque chose de nouveau », « elle n’est pas le produit de quoi que ce soit », et dit qu’il s’agit de la prise de conscience de « ce qui est ».  Voici donc, le fameux retournement. Ce n’est pas en tant qu’être humain que l’homme peut avoir cette connaissance. Ce point est essentiel. La Voie amène celui qui la parcourt à réaliser que lui et le monde ne sont pas ce qu’il croyait être, qu’il est, selon l’expression d’un Saint, « là où il a toujours été après n’être plus, là où il n’a jamais été » ; ou encore : « après qu’a disparu ce qui n’a jamais été, et que soit apparu ce qui n’a jamais disparu », « Dieu était seul, et aucune chose avec Lui, Il est maintenant tel qu’Il a toujours été ». Un Maître de la Voie de nos jours, dit en ces termes : « Celui qui est arrivé à voir l’Unité, ne voit plus qu’Elle. Il s’aperçoit que les formes humaines ne sont qu’illusions. Chaque étape est plus belle que la précédente . »

C’est l’état intérieur de celui qui est éveillé dans la Vérité, tandis que les autres êtres humains le perçoivent comme ils se perçoivent eux-même, c’est-à dire dans le monde. Cet état, qui en même temps est félicité, n’est pas descriptible et est à peine perceptible et réclame une grande vigilance, car il faut s’adresser à chacun selon son niveau, et mettre chaque chose à sa place. Jésus ne disait-il pas à Ses disciples : « Ne vous souciez pas de se que vous répondrez à vos accusateurs, car à ce moment-là ce n’est pas vous qui parlerez mais le Saint-Esprit ». Comprenons-que pour l’Homme qui est retourné au Centre du Monde, le souci est d’y demeurer et de s’y enraciner, et de laisser les évènements suivre leur cours sans les rechercher, ni les esquiver, ni s’y identifier. Le non –agir est en fait l’activité suprême, la plénitude de l’être, pour qui un « cœur chaud » et « voyant la lumière Mohamédienne en toute chose » n’est pas lettre morte.

Pourquoi de telles considérations dans un site internet qui se veut ancré dans l’actualité de l’œuvre de René Guénon ? C’est que l’humanité est actuellement dans une période critique, et ce à tous les niveaux. Il semble de plus que les solutions proposées sont le plus souvent destinées à aggraver l’état de confusion général, ne procédant jamais de l’intérieur mais de l’extérieur, ne consistant qu’en vaines réformes contingentes, écrans de fumée qui aggrave sans cesse cette myopie ambiante qui tend à solidifier et dissoudre ce monde, et qui fait apparaître l’autre monde au mieux comme un rêve lointain quand on est pas encore gagné par cette cécité générale et contagieuse. « Dieu ne change pas un peuple tant que celui-là ne change pas ce qu’il porte en lui-même » nous dit le Coran. Nous voyons maintenant pourquoi les considérations préliminaires sur la connaissance métaphysique ne sont pas déconnectées de notre préoccupation actuelle. La clé de la compréhension de cela est ce qui fut dit précédemment à propos de l’éveil de cet être engagé dans une voie spirituelle, qui comprend que lui et le monde ne sont pas ce qu’il croyait être. Pourquoi lutter quand on sait que la vie est un rêve, que l’éveil est meilleur et plus profitable, et qu’en plus il procure la Paix, qui elle par contre est le régulateur des activités le plus efficace ; le connaisseur de l’unité agit de la meilleure façon, impartial, sa volonté étant identifiée à celle du Divin. Nous voyons aujourd’hui des sages resplendissant de joie dans des conditions de vie difficile, or cette joie est justement, le médicament, la bonne santé, la guérison,…ce médecin qui est la lumière qui luit dans les ténèbres. «Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et Sa Justice, le reste vous sera donné de surcroît » dit l’Evangile, avertissant, « Celui qui cherche à conserver sa vie, la perdra ». La Solution vient donc toujours d’en haut, et il ne peut en être autrement, si ce n’est que illusoirement et temporairement. Mais n’est-ce pas cette emprise de l’illusion qui est condamné à disparaître ? Le triomphe de l’erreur si éclatant soit-il n’a qu’un temps, celui de la Vérité est pour toujours. Les Sages ont toujours cherché à tranquiliser les Cœurs en rappelant à l’Homme le caractère illusoire du Monde et en les guidant dans le chemin de restauration de leur perception de la Divinité. Ainsi, c’est à un changement d’orientation auquel est invitée l’humanité entière, et nous venons de voir à partir de l’œuvre de René Guénon pourquoi il ne peut pas en être autrement.

Y.P

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La modernité, religion et initiation

Face aux amalgames de plus en plus fréquents concernant la problématique « exotérisme et ésotérisme », pourtant très clairement expliquée par René Guénon, nous tenterons d’expliquer, dans une suite d’articles, la nécessite d’une compréhension profonde de la Tradition (dont l’Islam est la synthèse) dans son intégralité. Nous nous adressons aux cherchants, fuyant le prosélytisme.

Ce phénomène s’exprime différemment selon les lieux où il sévit, nous l’analyserons pour l’Europe à travers l’Islam.

Ces errements intellectuels, nous pouvons écrire égotiques car l’âme tourmentée et passionnée, nafs en arabe ou égo, se rebellera toujours devant la simplicité de la vérité,  sont le fruit d’une sentimentalité, d’une imagination caractérisant notre époque. La tentation est grande de rejeter la religion et son contenu rituel et comportemental en l’opposant au cheminement initiatique dont la technique en est justement la compréhension « intime ».

L’exemple du fruit reste la meilleure illustration, la Tradition est un fruit dont l’aspect religieux est l’écorce (exotérisme),  les techniques initiatiques la pulpe qui entourent un noyau (ésotérisme), véritable cœur du fruit. Pour atteindre ce cœur, le passage par l’écorce est une nécessité.

La perversion, par certains pseudo disciples ou news penseurs ou rénovateurs, des méthodes d’éducation des Maîtres véritables de notre temps qui tous, sans exceptions, insistent sur l’absolue nécessité de l’application des règles religieuses (sharia’a et Qôran), est née de la peur du « choc des civilisations », du manque de discernement également concernant les méthodes pédagogiques et d’ un besoin sectaire du pouvoir car le remplacement des règles communes connues par tous par des règles inventées par quelques uns est un moyen de s’improviser « maître » à bon compte, tentant de diriger ainsi la conscience des plus faibles parmi les cherchants.

Les Maîtres véritables se reconnaissent à l’effectivité de leur « enseignement », donc au changement profond des disciples qu’ils guident accédant à l’excellence comportementale (l’Ihsan), caractère propre au Prophète (p.s.l) dont les cheminants suivent l’exemple (sunna). les Maîtres en sont justement les héritiers reconnus par une chaîne de transmission (silsilla) attestée.

La confusion sur laquelle s’appuient les défenseurs de la culture du pays dans lequel prend racines l’Islam par l’enseignement des  confréries soufies provient de la différence, de formes, flagrante entre orient et occident.

Qu’est ce que la culture ? Pour un musulman c’est l’acquisition et la mise en pratique de l’ensemble des recommandations de Dieu, révélées par le Qôran et introduite dans le monde par la « pédagogie » prophétique en son temps et vivifiées aujourd’hui par les Maîtres, actualisées dans le contexte par les savants (le savant traditionnel a suivi un cursus complet dans les sciences religieuses, il s’appuie sur l’ensemble de la communauté des savants reconnus des différentes écoles).

Nous pouvons écrire la « culture musulmane », culture sacrée, universelle.

Cette culture, d’origine divine, est le remède au point de vue profane. Elle s’adapte à tous les contextes environnementaux, le musulman ‘inuit peut continuer à manger du phoque, le français de la poule au pot et le syrien de la kefta, l’egyptien s’habiller en djellaba, l’italien en vêtements sportwears décents!

La confusion est de croire que le point de vue profane est un modèle culturel à suivre.

Les particularités de chaque pays, contrées, n’entraînent que des différences de formes entre individus. Seules les formes habitées par la pureté de l’intention débarrassée des sugestions égotiques sont vivantes, cette pureté est le résultat de l’orientation vers Dieu. Les croyants (la Tradition nous indique qu’ils ne disent pas « je crois » mais obéissent) de tous pays et de toutes époques se rejoignent dans l’unité des coeurs, pas de l’uniformité.

En conclusion de cette introduction, nous dirons que le changement comportemental ne se fait pas dans la douceur pour les âmes rebelles et très facilement pour celles assoifées qui suivent avec patience les prescriptions des Maîtres autorisés, vivificateurs de leur temps. Un d’entre eux, considéré comme un homme réalisé, à ainsi formulé aux disciples de sa tariqâ : « La Voie est mohamédienne, suivez la sharia’a, la sunna, c’est la garantie de votre réussite…. ».  Le vin ésotérique ne peut être contenu que dans un flacon propre.

Faire l’amalgame entre l’exotérisme et l’ésotérisme, le profane et le sacré, la culture et la religion est une erreur, pour ne pas écrire un procédé malhonnête, qui tente d’introduire la division entre croyants. La culture de l’orient est le fruit du sacré toujours vivant, la culture de la modernité est forgée par la mort de la Tradition en occident. Même si des excès et des déviances entachent la visibilité des traces divines dans le quotidien de nos « grands frères orientaux », nous préfèrerons toujours la base de ce modèle à celui proposé par les piliers des débats culturels, « maîtres » de la culture occidentale, de la machine à diviser par l’opinion, nous entraînant hors du champs de la concentration nécessaire au dépouillement de l’âme. Les musulmans  français ou indonésiens sont facilement identifiables, reconnaissables comme croyants. Davantage de points communs subsistent entre eux qu’entre un français musulman et un français athée. Les athées de tous les pays fonctionnent dans la culture mondialiste, l’uniformisation, ils sont facilement repérables… Alors, oui, nous choisissons ces jeunes de banlieue avec leurs maladresses et leur potentiel, sans oublier que l’homme est le frère de l’homme,  que la patience et le respect vainquent toutes les résistances  ….

M.p

A suivre …..

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La religion dans la démocratie

Lecture critique de La religion dans la démocratie : Parcours de la laïcité de Marcel Gauchet, Gallimard, Paris, 1998

Pistes de réflexions politiques à partir de la pensée de René Guénon

Cette note critique, tout en se basant sur la réflexion de Marcel Gauchet, en  prendra volontairement le contre-pied. Cette orientation ne procède pas d’un entêtement délibéré mais plutôt de la volonté d’ouvrir des pistes de cheminement possible sur le sujet de la place de la religion dans la démocratie. Le cadre de référence choisi est identique à celui de Marcel Gauchet et épousera donc surtout les mouvements d’un parcours historique perçu à partir de la France. Bien sûr, il ne faut y voir aucune prétention à égaler la qualité des constructions théoriques du philosophe mais simplement la perspective de desserrer l’étau dans lequel la densité de son texte est susceptible de nous enfermer. Il pourrait en effet être préjudiciable d’y voir un outil d’appréhension infaillible des rapports entre religion et démocratie dans le contexte de la modernité. La pertinence et la cohérence des enchaînements de la réflexion doivent pouvoir laisser des interstices dont l’investissement est la condition même d’une possible compréhension de cette marche future de la démocratie qui échappe aux développements présents dans le livre.

Marcel Gauchet oriente sa démonstration dans le sens d’une déperdition progressive du sens de l’absolu. L’hétéronomie  qui présidait au destin d’une société d’ancien régime, où l’Eglise qui tenait lieu de délégation du royaume divin sur terre incarnait la référence ultime dans le jugement des affaires humaines, a laissé la place à l’autonomie du gouvernement de l’homme par l’homme. Cette formulation elle-même laisse entrevoir les écueils d’un dispositif qui cristallise de la sorte, sous l’étendard de l’idéal démocratique, les aspirations les plus élevées de l’homme dans l’au-delà républicain de la recherche de l’intérêt général.

Cependant, parce que selon lui cette recherche de l’intérêt général revêt encore quelque chose de l’ordre de la transcendance, une certaine nostalgie de l’idée originelle de la démocratie en France, celle qui pour le philosophe connaît son aboutissement en même temps que sa naissance avec la Révolution Française, semble poindre en filigrane chez Marcel Gauchet. Pour lui en effet ni la dimension eschatologique des idéologies postérieures qui s’inscrivent dans le déploiement historique, ni les prétentions de l’Art à atteindre l’objectivité à partir des manifestations d’une subjectivité n’ont pu faire perdurer ce qui subsistait d’une dimension pseudo-sacrée dans le profane.

On peut alors se demander si l’évolution actuelle que décrit Marcel Gauchet ne serait pas tout simplement la tentative d’une inversion de cette tendance plutôt qu’une dégénérescence. Si, comme il le dit, l’Etat n’est plus capable de se faire le chantre des aspirations du peuple en élevant la substance de leur revendication à l’universalité, on peut d’une part se demander si il l’a déjà véritablement été et d’autre part si la structure cyclique de la gestion des affaires humaines n’est pas entrée, après avoir été dissociée  du pseudo-sacré qui subsistait en elle après sa dissociation du sacré, dans une nouvelle phase où le tout, en l’occurrence l’Etat, serait le catalyseur immanent plutôt que la projection distante de ses parties.

Une des réserves qui peut être formulée à l’encontre de la capacité de l’Etat-Nation à être le porteur de l’intérêt général réside dans la nature même des conditions de sa naissance. L’universalisme républicain hérité  de la position d’arbitre d’un Etat absolutiste qui se situe au-delà des particularismes confessionnels constitue une construction culturelle inscrite dans un contexte historique  bien précis. Il s’agissait alors d’arbitrer, entre catholiques et protestants, des expressions divergentes d’un même substrat issu du christianisme. Il paraît difficile, dans le contexte multiculturel actuel de demeurer sur un postulat que Marcel Gauchet étend à la Révolution française et à  la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais là aussi, la prise en compte d’évènements historiques considérables, omis par Marcel Gauchet, peut venir contrarier la cohérence de sa démonstration.

Il en va ainsi de la révolution industrielle. Le XIXè siècle qui la voit éclore est aussi précisément celui qui voit naître les idéologies socialistes de la libération de l’homme dans le déploiement du temps historique. Ce siècle est aussi celui de l’apparition d’une discipline nouvelle dans le champ scientifique, la sociologie. Or celle-ci se donne précisément pour objet d’étudier les lignes de fracture dynamiques au sein d’une société qui jusqu’alors n’avait  véritablement pu se penser autrement que comme un tout homogène  régulé de manière indiscutable par la diffusion, à partie de son sommet, d’orientations qui ne pouvaient que satisfaire tout à chacun. Mais peut-être faut-il s’interroger sur les conditions d’élaborations de ces orientations.

La révolution industrielle consacre l’émergence d’un pouvoir économique qui se développe dans le même temps que l’essor du capitalisme. Et c’est bien ce pouvoir que va s’attacher à dénoncer le marxisme. La dérive oligarchique récente, que dénonce Marcel Gauchet dans la gestion étatique des affaires publiques, peut bien prendre racine dans l’émergence nouvelle d’une conscience de classe dominante. Il est alors facile de comprendre son incapacité à porter la voix populaire. Si, comme l’affirme Marcel Gauchet, la dislocation sociétale autour de crispations identitaires, que celles-ci soit strictement religieuses comme dans le cas de l’islam, plus largement politiques comme dans le cas du christianisme ou plus directement culturelles, doit être perçue comme l’évidement de l’idéal démocratique, c’est aussi en raison de la constitution originelle d’un Etat qui repose sur la formulation, sous couvert d’intérêt général, d’intentions particulières propres à une élite sociale qui pourra dorénavant asseoir la pérennisation de sa position par le biais de l’économique. Autrement dit, l’impossibilité constitutive, quasiment ontologique de la démocratie  à représenter clairement les intérêts d’une communauté nationale, provient de ce que celle-ci, si tôt qu’elle a délégué la représentation de ses revendications, s’en voit déposséder par la reformulation dénaturée que ces dernières vont subir dans les mains de responsables politiques qui ne sont pas mus par les seuls impératifs vertueux de la recherche de l’intérêt général. Car les collusions du politique et de l’économique ne sont plus à démontrer et l’indépendance théorique du pouvoir judiciaire ne saurait suffire à corriger la subtilité du processus de conversion en intérêts particuliers, au sommet de l’Etat, de l’expression illusoire de l’intérêt général.

Dans le même ordre d’idées, on peut noter que l’étape décisive de l’apparition de l’Etat-Providence au milieu du XXè siècle n’est autre que la manifestation politique de l’élaboration dans le champ de l’économie des théories keynésiennes de relance par la demande. Ces dernières avaient par ailleurs été élaborées dans la perspective de la modalisation d’une synthèse entre interventionnisme étatique et libéralisme économique, synthèse qui se voulait être le rempart aux déstabilisations anarchiques dont le capitalisme sauvage avait fait les frais au moment de la crise économique de 1929.

Enfin, la période post-colonialiste dans laquelle nous nous trouvons permet de porter un regard objectif sur la décolonisation. Celle-ci, dont une des motivations majeures était la diffusion par la force des valeurs civilisatrices de la démocratie a connu un cinglant échec. Elle a d’abord révélé l’incapacité de l’Etat à assurer une régulation qui se justifierait par le seul fait  qu’il soit le dépositaire attesté d’une raison supérieure mais elle a également sonné le glas de sa prétention à rendre effective dans le champ politique la délégation de pouvoir que les citoyens lui reconnaissaient.

L’échec de la colonisation a ainsi pu constituer un véritable laboratoire pour l’émergence d’expressions politiques plurielles au sein de la communauté nationale. Non seulement il y avait ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre mais elle a également mis a jour une multiplicité d’actions hostiles à l’Etat dans les territoires colonisés. Et cet état de fait s’est ressenti avec d’autant plus d’acuité que les populations jadis colonisées se sont retrouvées, aux alentours de ce tournant des années 70 dont parle Marcel Gauchet, sur le territoire national actualisé lui-même. Pour le philosophe, ce tournant matérialise la fin de la condition supérieure de l’Etat, qu’elle soit prise dans son acception théorique pour qualifier les attributs métaphysiques dont s’était parée la notion d’idéal démocratique ou qu’on la prenne dans son acception pratique pour définir la formule synthétique de l’orientation des intérêts particuliers que l’Etat détenait en dernier ressort.

Cette rupture ultime, Marcel Gauchet ne  lui prête pas explicitement les atours de l’économie, mais on peut raisonnablement penser qu’elle a été précipitée par la crise pétrolière de 1973, moment qui n’a pu qu’accentuer le mouvement descendant de la souveraineté absolue de l’Etat dans la gestion de sa destinée. Cependant, on peut noter que les évènements de Mai 1968 en France, par leur antériorité, établissent un lien avec la perte de prestige étatique dont est synonyme le terme de décolonisation. Par ailleurs, ils signent aussi l’avènement des formes modernes de protestation et leur impriment une marque qui les distinguent de l’empreinte fortement économique que possédaient les mouvements miniers du début du XXè siècle ou encore les manifestations ouvrières menées par le Front populaire en 1936. Dans une perspective traditionnelle (cf. Autorité spirituelle et pouvoir temporel de René Guénon), on dira que les possibilités de dégénérescence s’épuisent et que, faisant suite à un mouvement qui a  vu la reconnaissance extérieure du pouvoir passer de la sphère sacerdotale à la sphère royale puis à son pendant profane que représente la sphère étatique et enfin à sa perversion par l’emprise de la sphère économique, l’on se situe dans l’impératif de la remontée cyclique par la revivification spirituelle. Aussi, dans la continuité du mouvement entamé, celle-ci ne peut qu’advenir à partir du peuple, non pas dans le sens où la démocratie l’entend, mais en tant qu’il est le miroir symbolique où les états supérieurs trouvent leur appui tout comme la non-manifestation principielle trouve sn reflet opposé et complémentaire, et donc d’une certaine manière son voile, dans l’obscurité de la matière.

Dans son livre, Marcel Gauchet avance que la sécurité matérielle qu’assure l’Etat-Providence est susceptible d’expliquer que les aspirations citoyennes soient désormais disjointes du bien-être strictement économique. Il est vrai que la naissance de l’Etat-Providence est concomitante de l’identification d’une classe moyenne, classe issue pour une grande partie du peuple mais, notamment par le fait d’une certaine aisance matérielle, frappée du joug de la médiocrité selon les propos de René Guénon lui-même. Or c’est sans doute du sein de cette dernière qu’ont été portées sur la scène publique les revendications politiques importantes de ces dernières années. Mais peut-on réellement affirmer que celles-ci n’ont fait l’objet que d’un consentement approbateur dans leur légitimité à l’expression de la part des pouvoirs publics ? Si cela était le cas, il nous faudrait éluder les processus parfois difficiles d’élaboration des réformes ou bien encore les évolutions sociales progressives au sein de notre société sur la même période. Le droit de vote des femmes, les amendements au code de la nationalité, Le PACS ou encore Le Conseil Français du Culte Musulman ne seraient, pour prendre des exemples volontairement variés dans les domaines qu’ils touchent, que l’extériorisation immédiate d’attentes jusqu’alors demeurées  à l’état de stricte  latence dans la société française. Il semble alors difficile d’expliquer la manière dont se font les choix de domaines où l’Etat parvient à formuler une décision. Cette formulation doit en effet bien être l’aboutissement d’une dynamique que des acteurs s’attachent à activer sur un terme plus ou moins long. Cette dynamique, bien qu’émanant d’une base sociale commune, recèle des tendances contraires, les unes vouées à l’épuisement et les autres porteuses d’un redressement de valeurs au sens spirituel du terme.

Pour ce qui est du domaine religieux, là encore il faut arriver à une perception différenciée de la société car c’est cette différenciation qui rend possible l’ère nouvelle d’un régime politique susceptible de renaître à partir de bases démocratiques  par une interprétation qualitative des attentes sociales. La situation de l’islam est à ce sujet bien différente de celle du christianisme. Il faut pouvoir garder en ligne de mire la spécificité respective des objets étudiés. Si le christianisme s’est quelque peu vidé de sa substance et que sa représentation dans la sphère publique emprunte souvent  aux caractéristiques des manifestations culturelles, cela peut être dû en partie au fait que cette tradition religieuse est dépourvue de la structuration légale qui régit l’islam, comme le judaïsme d’ailleurs. Comparativement, il est intéressant de noter que ce dernier, alors que sa présence en France n’a rien de récent, a sans doute davantage su se concentrer sur la préservation de la part strictement religieuse de son identité, et ce en dépit de sa condition minoritaire. La cohérence intrinsèque d’une logique d’acteurs peut donc se révéler prépondérante pour son appréhension et par suite pour sa gestion politique. La vivacité de la présence musulmane  en France a encouragé son émergence sur la scène publique mais l’étape décisive que constitue la création du CFCM, pour prendre un repère marquant à défaut d’être forcément efficace, s’est faite à l’issue de multiples atermoiements, dont certains sous la forme de débats juridiques suite à l’affaire des foulards de Creil notamment, débats citoyens qui n’ont pu faire l’économie de spécificités intrinsèquement religieuses

Ainsi, pour suivre les lignes théoriques de sociologues du droit tels que Jacques Commaille, c’est à l’émergence une nouvelle forme de régulation politique qu’il faut conclure. Le regret qu’exprime Marcel Gauchet à propos de la disparition d’un Etat décisionnaire doit pouvoir être perçu comme l’apparition de nouveaux canaux de décision. Ceux-ci prennent racine à la base de la société pour être portés au sommet de l’Etat. Mais c’est bien là que subsiste la sphère de décision ultime en fonction d’un agenda que seuls des mouvements sociaux mûrs et extraordinaires par leur ampleur sont capables de perturber. D’ailleurs, aux heures passées d’un Etat absolutiste déclinant dont les privilèges de la transcendance devaient être repris à bon compte par le nouvel Etat républicain, la Révolution Française était-elle autre chose qu’une forme paroxystique de mouvement social mûr et extraordinaire ? C’est que cette étape fondamentale de le dégénérescence du pouvoir royal s’imposait dans l’ordre d’une manifestation dont le dessein divin  veut épuiser les possibilités avant d’en instaurer de nouvelles.

Aussi, ce gouvernement à partir des composantes sociales d’un territoire national donné n’a pas forcément les traits funestes que Marcel Gauchet veut bien lui prêter. Il faut plutôt y voir l’introduction inévitable du social dans le champ de la décision politique, introduction d’autant plus capitale que la société française s’est considérablement diversifiée depuis que l’Etat, avec la loi de séparation de 1905, s’est constitué en véritable garant moral de l’intérêt général. Mais ce plan moral de l’Etat doit aujourd’hui être dépassé pour que ce dernier demeure le digne représentant des intérêts de ses administrés. Le contexte conflictuel, entre l’Eglise et l’Etat, dans lequel a été élaborée la morale laïque n’est plus de mise aujourd’hui et le religieux n’a plus d’influences sensibles dans l’exercice du pouvoir. Il n’y a plus de différences à effacer au nom d’un nivellement égalitariste mais une mosaïque  à recomposer au nom d’une équité unifiée.

N.h

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L’Islam en France, un peu de douceur dans une société déshumanisée …

Chaque musulman est responsable de sa religion, devant Dieu, devant les hommes selon sa nature et sa place assignée. Sans prétendre me substituer aux savants, mon opinion aura une valeur de témoignage. Je suis français, occidental par ma naissance bien que né en Afrique du nord, musulman par choix.

Certains parlent de « conversion », je dirais mon « orientation » s’est opérée il y a quelques années déjà …

Serais-je un détraqué, masochiste ? Un faible d’esprit me retranchant derrière une communauté ? A lire les commentaires des médias, je ne peux  me retrouver dans des descriptions issues de rumeurs, nourries par la crainte, la peur, le rejet ou la haine. L’ignorance, tant décriée par les  journalistes ou intellectuels de tous bords, règne et impose sa loi en ce qui concerne la compréhension de l’Islam.

Cette situation dans une société « laïque », terme à définitions variables selon les circonstances, mène à des aberrations d’autant plus ennuyeuses qu’elles touchent à la capacité de compréhension dans la communauté musulmane elle même … !  Une frange des musulmans français, occidentaux, pensent en effet qu’il faut justifier notre religion par rapport à ce tissu d’erreurs … Transformant ainsi la Révélation divine en une sucrerie issue de l’imagination humaine, toute empreinte d’un affectif dommageable, vidant de son contenu la parole divine n’en laissant qu’une image déformée. Un peu comme un maquillage cachant maladroitement un visage abimé par l’outrage du temps alors que l’Islam est d’une éternelle jeunesse n’ayant besoin que de cœurs sincères pour  être relayé dans ce monde.

La rigueur nécessaire à l’application, selon sa compréhension, des règles pour gouter à l’absolu est alors taxé d’ « intégrisme » ou « d’obscurantisme » de la même façon que peut l’être l’approche contraignante, manichéenne, prosélyte d’une faction intégriste de la communauté ou de certaines sectes qui se parent des couleurs de l’islam comme elles auraient pu se parer en d’autres temps des couleurs du christianisme ou du judaïsme.

Le secret réside certainement dans l’idée de « compréhension selon sa nature ». Pour comprendre et gouter aux secrets de l’Islam, une part de recherche, d’étude, d’apprentissage du dogme est requise, sans cela l’imagination remplace le savoir et l’opinion se croit connaissance. Un effort conséquent est demandé aux croyant : l’étude de sa religion. Lecture du Coran, de la Sîra, du hadith, de la biographie des compagnons, des textes de nos pieux savants, des maîtres … Ce savoir illuminera le mental. Cet étude renforcée par les obligations cultuelles : prières, jeûne, aumônes, pèlerinage à la Mecque, profession de foi et par les invocations surérogatoires deviendra vivante, sera actualisée en permanence.

D’autre part, penser que l’Islam fait peur est un non sens … Un croyant peut-il penser que Dieu fait peur ? Que le Coran fait peur ? Que le Prophète fait peur ? ……Une incompréhension, née de la confusion et de l’ignorance associées à des réactions égotiques de rejet de l’effort nécessaire à se conformer aux obligations sacrées, mène à l’inversion.

S’appliquer à l’imitation du Prophète Mohammed (p.s.l) est le processus (transmis par une chaîne ininterrompue identifiable …) qui permet de vivre au quotidien le Coran. La méthode en est prophétique : Le Prophète a invoqué avec les premiers disciples pendant 13 ans dans la maison d’Al Arkam avant d’avoir l’autorisation de divulguer le Coran. L’invocation est la clef de l’Islam. Nouveau et dernier message de Dieu, celui-ci a été enseigné avec une admirable douceur et pédagogie dans un milieux des plus hostiles et ignorants sans aucune concession aux ordres divins.

Un noyau d’invocateurs a été, dans un premier temps, imbibé, transformé, le cœur de  chacun des compagnons s’illuminant, avant de pouvoir communiquer à « l’extérieur ». Le comportement devenant le porte-parole de la bonne nouvelle. Le support de la communication « horizontale » étant une modalité enfouie au fond des êtres, recouvertes du tissu des sens. Pour libérer cette « énergie » clairvoyante, seule en mesure de « percuter » les consciences, le Prophète nous indique la méthode purificatrice: le dhikr, répétition de la formule : La ilaha illa Allah.

L’Homme ne devient pas pour cela « plus intelligent » dans le sens moderne du terme mais plus aimant dans le sens traditionnel. Sa conscience se tourne (s’oriente) vers Dieu. Les épousailles commencent dés lors ; l’Unité, pour le moins la conscience de l’Unité, remplace progressivement la qualité « réflexive » du mental. Mental court-circuité par la fulgurance de l’Intellect directement relié à la Vérité. L’Homme goûte ainsi à l’Amour totalisant l’ensemble des vertus, la plus haute des stations spirituelles dans l’Hagiographie.

Comprenons bien que nous ne sommes pas dans le concept, mais dans un changement comportemental. Nous percevons maintenant l’inanité de cette théorie d’un Islam particularisé (par exemple « de France »). La fausseté de cette thèse repose sur une incompréhension profonde. L’extérieur procédant de l’intérieur, il y a impossibilité de conformer le sacré par rapport au profane, le moins ne peut que se résorber dans le plus. L’Islam, Universel par nature, ne peut que couler sans entraves, épousant toutes les formes qui se résorbent en lui.

Vivifié en permanence, l’Islam ne peut que rendre meilleur, au sens de sacralisé, l’individu qui devient ainsi une force positive dans son environnement, une valeur ajoutée à la société qui l’accueille. Le suc qui coule en lui se diffuse par capillarité et non par prosélytisme. Pour cela le dogme ne peut être transigé, garant de la véracité de la Révélation divine. Il en devient le cadre  nécessaire non négociable. Position comprise (du latin : comprehendo, unir ou lier; comprehendere, saisir, embrasser par l’intelligence) par l’invocateur musulman au centre, dans le cœur, de sa tradition, il en devient un fruit, les règles assimilées par lui seul, il ne les imposent pas. Le croyant, Homme de foi, sera un vecteur de la pollinisation divine.

La sève coulant de son cœur  imprègnera toutes formes, leur donnant un goût différent. L’Homme d’invocations n’impose rien, il est protégé du profane.

De  cette analyse, il en ressort que l’Islam en France est une notion plus juste traditionnellement que l’Islam de France qui peut s’avérer être une porte ouverte à toutes les inversions.

M.p

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La Tradition

La tradition, ce terme dont le sens originel a tellement été galvaudé par son usage dans le discours actuel, René Guénon nous réconcilie pleinement avec la dimension profonde à laquelle il renvoie. Un recours à l’étymologie(du latin traditio, tradere, de trans « à travers » et dare « donner », « faire passer à un autre, remettre ») s’avère d’ailleurs à ce titre particulièrement intéressant  pour la compréhension du mot tradition comme héritage immatériel que les écrits de René Guenon ont vocation à situer sur le plan spirituel. En dénommant « tradition » ce que communément nous appelons « religion », il transcende l’ambivalence du lien auquel le terme « religion » renvoie (a la fois lien avec le divin et lien communautaire entre les hommes) pour envisager dans un même élan les formes multiples avec lesquelles Dieu a choisi de rendre possible à l’homme Sa connaissance dans la contingence que représente pour celui- ci les données de l’époque dans laquelle il vit. Abstraction faite de ces contingences, c’est donc à l’appréhension  de l’unité fondamentale des traditions que nous invite René Guénon, manifestations de cette Tradition primordiale que notre père Adam a reçue comme legs de son Seigneur.

Ainsi, loin, très loin de la célébration de la survivance de pratiques ou croyances populaires, car il nous faudrait alors selon toute rigueur étymologique parler de superstition et non de tradition, c’est à  la contemplation d’un dépôt sacré universel que nous sommes appelés.

N.h

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